60 % des locaux de nos hôpitaux sont considérés comme vétustes.

La mortalité à l’hôpital à cause de la chaleur, un sujet sensible déjà documenté lors de la canicule de 2003

Le bâti hospitalier, dont 60 % des locaux sont considérés comme vétustes, n’est pas adapté aux fortes températures. Des médecins alertent sur des cas de patients dont l’état s’est aggravé après leur prise en charge. Un phénomène déjà étudié lors de l’épisode caniculaire de l’été 2003. 

Par Camille Stromboni

Publié le 04 juillet 2026 à 14h00, modifié le 04 juillet 2026 à 17h16 https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/07/04/la-mortalite-a-l-hopital-a-cause-de-la-chaleur-un-sujet-sensible-deja-documente-lors-de-la-canicule-de-2003_6720662_3224.html#:~:text=la%20canicule%202003.-,»,vivant%20à%20domicile%20(65%20%25).

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Des pompiers arrivent au service d’urgence du CHU de Nantes, le 26 juin 2026.
Des pompiers arrivent au service d’urgence du CHU de Nantes, le 26 juin 2026.  STEPHANE MAHE/REUTERS

Souffrance du malade dans une chambre à 40 °C, rallongement du temps d’hospitalisation pour récupérer, difficultés à travailler et soigner à des températures insupportables… Dans les témoignages des patients comme des soignants, les quatorze jours de cette canicule de juin, d’une intensité extrême, ont fait surgir, dans une lumière crue, l’inadaptation du bâti hospitalier face à la chaleur.

C’est l’une des « fragilités » que le premier ministre, Sébastien Lecornu, a concédées, lors d’une cellule de crise interministérielle lundi 29 juin, à l’heure d’un premier bilan. Concernant cette « capacité de rafraîchissement des établissements de santé », il a évoqué « un défi logistique » et une « priorité absolue en cas de reprise du phénomène ». Dans la foulée de cette crise, l’exécutif a promis 100 millions d’euros pour équiper au plus vite les établissements face à la chaleur cet été. A plus long terme, l’enveloppe déjà dévolue à cette adaptation du bâti hospitalier doit être doublée, passant de 300 millions d’euros à 600 millions, pour les dix prochaines années. Une annonce qui a laissé de nombreux acteurs hospitaliers sur leur faim, au vu des besoins d’investissements, avec quelque 60 % du bâti hospitalier considéré comme vétuste.

Mais derrière cette question du bâti, il est un sujet, plus sensible, que soulèvent seulement jusqu’ici des praticiens hospitaliers en première ligne : celui de l’aggravation de l’état de certains patients, et même des décès intervenus en raison de la chaleur à l’intérieur de l’hôpital. Aucun indicateur ne permet, pour l’instant, de mesurer ce phénomène, soit des hyperthermies dites « nosocomiales », car acquises à l’hôpital. « Nous déclarerons la totalité des situations de ce type comme des événements indésirables graves liés aux soins », précise Nicolas Revel, directeur de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP).

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Chez les urgentistes, on le rappelle, « on savait bien que cela existait, cela a été documenté dès la canicule de 2003, souligne Yann Penverne, président de SAMU-Urgences de France. Cela reste profondément choquant, c’est anormal que ça puisse se produire, et cela appelle à des mesures fortes désormais ».

« Surmortalité intra-hospitalière »

Selon un article de recherche publié en 2006 dans la revue La Presse médicale, intitulé « Canicule de l’été 2003 : étude descriptive des décès par coup de chaleur au CHU de Nantes », le résultat est net sur cette mortalité dite « secondaire », intervenue entre le 6 et le 15 août 2003, et évaluée via une analyse rétrospective. « Dix-sept patients sont décédés d’un coup de chaleur acquis à l’hôpital (19 % de l’ensemble des décès) », écrivent les auteurs de l’article, cosigné par plusieurs urgentistes nantais, dont Claire Ferron.

« Ce phénomène a été responsable d’une augmentation de 25 % du nombre de décès intra-hospitaliers observés sur la même période au cours des années précédentes », évaluent-ils. Et de conclure : « Le coup de chaleur acquis à l’hôpital apparaît comme une nouvelle forme de pathologie nosocomiale, responsable d’une surmortalité intra-hospitalière pendant la canicule 2003. »

Parmi les observations effectuées lors de cette étude, il apparaît que le coup de chaleur est survenu en moyenne 163 heures (soit 6,8 jours) après l’admission à l’hôpital, pour des personnes décédées dont l’âge moyen s’élève à 83 ans, pour la plupart vivant à domicile (65 %). 88 % étaient dépendants d’une « aide extérieure dans la vie quotidienne, en raison d’une incapacité physique ou d’un déficit cognitif ». Tous avaient des antécédents médicaux, la pathologie la plus fréquente étant cardiovasculaire. Tous avaient été initialement admis aux urgences sans critères de coup de chaleur.

Camille Stromboni

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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