Plus d’un enfant sur 100 décède au cours de sa première semaine de vie en France
Quentin Haroche
La mortalité périnatale a continué d’augmenter en 2024 selon une étude de la Drees.
La chute de la mortalité infantile dans une grande partie du monde au XXème siècle constitue l’un des plus grands succès de la médecine moderne. En France, la mortalité avant un an a ainsi baissé de 97 % au cours du siècle passé. Mais ces dernières années, notre pays a connu une hausse inquiétante de la mortalité infantile. L’an dernier, l’Insee indiquait ainsi que le taux de mortalité avant un an avait atteint 0,41 % en 2024 chez les enfants nés vivants. Et ce mardi, la Drees (le service des statistiques du ministère de la Santé) nous apprend que la mortalité périnatale (mortalité durant la première semaine de vie) était également en augmentation.
Selon la Drees, ce sont 7 398 enfants issus d’une grossesse qui a duré au moins 22 semaines d’aménorrhée qui sont nés sans vie (mortinatalité) ou qui sont morts au cours de leur première semaine de vie (mortalité néonatale précoce), soit un taux de mortalité périnatale de 1,12 %. Si le nombre d’enfants morts avant une semaine a diminué de 13,5 % depuis 2014, il a baissé moins vite que celui des naissances (- 19,3 %). Par conséquent, après avoir stagné entre 2014 et 2021, le taux de mortalité périnatale est en augmentation depuis 2021.
Le taux de mortalité est 63 fois supérieur en cas de naissance prématurée
La mortinatalité (naissance sans vie) compte pour 82 % de la mortalité périnatale. La mortinatalité se décompose entre les interruptions médicales de grossesse (IMG), qui correspondent à 39 % de la mortinatalité (mais seuls les IMG survenus à partir de 22 semaines d’aménorrhée sont comptabilisés dans la mortinatalité) et les morts fœtales spontanées (MFS), c’est-à-dire les naissances sans vie, qui correspondent donc à 61 % de la mortinatalité. Le taux de mortinatalité pour les grossesses ayant atteint les 22 semaines est de 0,92 % et a augmenté depuis 2021.
La mortalité néonatale précoce, soit les décès au cours de la première semaine de vie d’enfants nés vivants, correspond quant à elle à 18 % de la mortalité périnatale et à 0,2 % des grossesses ayant atteint les 22 semaines d’aménorrhée. Les deux tiers (62 %) des décès néonataux précoces surviennent au cours des deux premiers jours de vie.
La Drees a identifié plusieurs facteurs liés à un taux de mortalité périnatale élevé. La prématurité est, sans surprise, le facteur le plus important. 84 % des décès périnataux surviennent lors de naissances prématurées (avant 37 semaines d’aménorrhée) et la moitié lors de naissances très prématurées (avant 28 semaines). La mortalité est ainsi 63 fois supérieure lors d’une naissance prématurée (12,6 % de mortalité) que lors d’une naissance à terme (0,2 %). Le taux de mortalité baisse drastiquement avec la durée de grossesse, passant de 99,4 % à 22 semaines d’aménorrhée à 2,1 % à 35 ou 36 semaines. Depuis 2014, la mortalité des grands prématurés (22 à 28 semaines d’aménorrhée) a diminué mais ces cas restent rares (moins de 1 % des naissances). En revanche, la mortalité des prématurés (30 à 35 semaines d’aménorrhée) a augmenté.
Les grossesses multiples bien plus à risque de morts prématurées
Les grossesses multiples sont également un facteur de risque important de mortalité périnatale. 3,67 % des naissances multiples conduisent à la mort d’un enfant à la naissance ou durant sa première semaine de vie, contre 0,97 % des naissances uniques, soit un taux de mortalité périnatale 3,8 fois plus élevé. L’âge de la mère joue également un rôle important : le taux de mortalité périnatale est respectivement de 1,81 % et de 1,76 % lorsque la mère a moins de 20 ans ou plus de 40 ans, alors qu’il n’est que de 0,99 % chez les mères âgées de 20 à 40 ans. Ces dix dernières années, le nombre de mères de plus de 40 ans a autant augmenté que celui des mères de moins de 20 ans a diminué, ce qui n’a donc entraîné aucun effet sur le taux de mortalité périnatale global.
Enfin, le contexte socioéconomique joue également. Le taux de mortalité périnatale atteint ainsi 1,2 % dans les 20 % de communes les plus pauvres de France contre 0,95 % dans les 20 % de villes les plus riches. Ceci se répercute sur le taux de mortalité périnatale entre les régions. Il est ainsi, en moyenne, supérieur de 60 % dans les départements d’outre-mer (hors Réunion) par rapport à la métropole.
Dans les classements internationaux, qui se basent la mortalité périnatale (hors IMG pour les grossesses ayant atteint les 24 semaines d’aménorrhée), la France se retrouve au 16ème rang européen, avec un taux de mortalité périnatale supérieur à ceux de la Suisse, de l’Espagne, de l’Italie et des pays scandinaves.
La Drees a bien du mal à expliquer la tendance à la hausse de la mortalité périnatale dans notre pays. « L’évolution de certains facteurs de risque (âge maternel plus élevé, surpoids et obésité, inégalités socio-économiques et territoriales) peut expliquer en partie l’augmentation de la mortalité périnatale en France, mais ne permet pas d’expliquer le classement de la France parmi les autres pays européens dont les populations sont similaires » commente le service des statistiques. La qualité de la prise en charge des grossesses et des nouveau-nés en France ces dernières années est-elle en cause ou le postulat d’une similarité des populations est-il erroné?
Rappelons qu’en février dernier, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a lancé un chantier de rénovation de la périnatalité en France, qui vise à améliorer l’offre de soins dans le but de faire diminuer la mortalité infantile dans notre pays.