Canicule : l’hôpital public réclame un plan d’investissement massif
Quentin Haroche
Selon la FHF, il est nécessaire de débloquer deux à trois milliards d’euros supplémentaires par an et un milliard d’euros immédiatement pour que les hôpitaux puissent faire face aux canicules.
L’hôpital entre deux vagues de chaleur. Après la canicule exceptionnelle de la semaine dernière, la baisse des températures en France depuis ce dimanche a fait diminuer la pression sur les services d’urgences hospitalières. Une période d’accalmie de courte durée, puisqu’un nouvel épisode de fortes chaleurs heureusement de moindre intensité, devrait démarrer dès ce week-end.
Entre ces deux épreuves, l’hôpital réfléchit à la manière de mieux se préparer à ces épisodes caniculaires, qui risquent de devenir de plus en plus fréquents. Ce mercredi, la Fédération hospitalière de France (FHF) a ainsi appelé l’Etat à lancer un grand plan d’investissement pour mieux adapter les établissements hospitaliers publics au réchauffement climatique. « S’il n’y a pas de plan massif d’investissement, nous serons dans l’incapacité de pouvoir adapter nos structures au changement climatique » a souligné la déléguée générale de la FHF Zaynab Riet.
Des hôpitaux absolument pas prêts face aux canicules
Cet appel à l’aide de la FHF part d’un constat simple et malheureusement partagé : les hôpitaux français ne sont absolument pas prêts à faire face aux températures tropicales que nous avons connues la semaine dernière. « Nous avons construit une partie de nos hôpitaux pour le climat des années 1980 » constate Zaynab Riet.
La FHF a ainsi réalisé durant la canicule une enquête flash auprès d’environ 150 établissements hospitaliers pour mettre en lumière cette impréparation. « Les remontées du terrain évoquent des chambres non climatisées, des températures très élevées dans les services, des groupes froids en panne, des équipements en surchauffe, des ascenseurs en panne ou à risque d’y être, des data centers surchauffés et des services inadaptés aux canicules »rapporte la FHF. Zaynab Riet fait ainsi état des besoins « très importants de climatiseurs mobiles, de ventilateurs, de brumisateurs, de consommation d’eau, de zones rafraîchies, de films protecteurs occultants, d’équipements de protection des locaux et d’adaptation des tenues de travail ». Selon la Drees (le service des statistiques du ministère de la Santé), 58,5 % des établissements hospitaliers étaient considérés comme « vétustes » en 2023, contre 45 % en 2014.
Pour mieux préparer les hôpitaux aux prochains épisodes caniculaires, la FHF estime qu’il faudrait relever le budget d’investissement hospitalier de 5,5 milliards d’euros actuellement à 7 à 9 milliards. Pour parvenir à ce chiffre, la fédération hospitalière s’appuie notamment sur un rapport de l’inspection générale des affaires sociales (IGAS) de 2023 qui estimait les fonds nécessaires à la rénovation énergétique des hôpitaux à entre 1 et 2,5 milliards d’euros par an jusqu’en 2050.
La climatisation n’est « pas une solution miracle » selon la FHF
Sans attendre les débats et arbitrages budgétaires de la fin de l’année, la FHF réclame en urgence que l’Etat débloque les 1,1 milliard d’euros mis en réserve dans le budget de la Sécurité Sociale pour faire face aux éventuels dérapages budgétaires, afin de financer rapidement les mesures d’adaptation adéquates. Mais la FHF a bien conscience que la situation budgétaire est difficile (l’Assurance Maladie affiche un déficit de 16 milliards d’euros et les hôpitaux publics de 2,9 milliards) : elle propose donc de réaliser près de 1 milliard d’euros d’économie en agissant sur la pertinence des soins (640 millions d’euros sur les prescriptions de médicaments et 300 millions sur l’imagerie). Mais ces souhaits sont bien sûr par définition aléatoires.
Si le gouvernement n’a pas encore réagi aux demandes de la FHF, il a répété à plusieurs reprises ces derniers jours qu’il avait déjà pris des mesures ces dernières années pour mieux préparer l’hôpital aux fortes chaleurs. Ce sont ainsi 6 milliards d’euros sur dix ans qui ont été dégagés pour rénover le parc immobilier hospitalier, dont 600 millions consacrés à la rénovation énergétique. La ministre de la Santé Stéphanie Rist a également annoncé la semaine dernière avoir débloqué 100 millions d’euros pour adapter les hôpitaux aux canicules dès cet été et notamment pour financer l’achat de près de 30 000 climatiseurs.
La FHF a d’ailleurs relancé le débat visiblement sans fin dans notre pays sur la nécessité ou non de climatiser les lieux publics et notamment les hôpitaux. Alors que de plus en plus de voix se font entendre parmi les médecins hospitaliers pour généraliser la climatisation, la FHF estime que « la climatisation est une solution immédiate, mais non la solution miracle ». « Ce qui doit être climatisé doit l’être quand c’est nécessaire, mais avant de climatiser, des investissements prioritaires s’imposent (volets et stores occultants, isolation, brise-soleil, brasseur d’air, végétalisation) » plaide la FHF.
Etrange position quand on sait que la température est parfois montée jusqu’à 35°C dans certaines chambres d’hôpital non climatisées la semaine dernière.