Pédophilie : des psychiatres appellent à combattre le mal à la racine

Quentin Haroche

30 juin 2026 https://www.jim.fr/viewarticle/pédophilie-des-psychiatres-appellent-combattre-mal-2026a1000kye?ecd=wnl_all_260705_jim_jim-pro_etid8476065&uac=368069PV&impID=8476065&sso=true

Les récentes affaires d’actes pédophiles commis notamment dans le cadre périscolaire nous ont tristement rappelé que les agressions sexuelles visant des enfants étaient loin d’être un phénomène isolé. On estime ainsi à 160 000 le nombre d’enfants victimes d’agressions sexuelles chaque année en France. Face à ce phénomène plus qu’inquiétant, nombreux sont les médecins qui se demandent quel rôle ils peuvent jouer dans la lutte contre la pédophilie. De par leur proximité avec les familles, les médecins peuvent être à même de repérer les cas de maltraitance sur les enfants et de les signaler aux autorités (bien que ce ne soit pas pour le moment une obligation). Des signalements qui permettent bien sûr (en théorie) de mettre des enfants à l’abri et hors d’état de nuire des criminels, mais également peut être d’éviter l’émergence de futurs pédophiles.

Selon un collectif de psychiatres mené par le Pr Florence Thibault de l’hôpital Cochin, mieux repérer et prendre en charge les victimes de pédophilie permettrait en effet de diminuer le risque qu’ils ne deviennent à leur tour des agresseurs. Dans un plaidoyer adressé ce lundi à l’AFP, ces psychiatres expliquent ainsi que l’Etat doit se donner les moyens de renforcer le repérage des enfants victimes d’agressions sexuelles, afin de mettre fin à la « fabrique des agresseurs ». A cet égard, plusieurs études ont démontré que les auteurs d’actes pédophiles ont bien souvent été victimes d’agressions sexuelles durant leur enfance.

Être victime d’un acte pédophile multiplie par 3,5 le risque d’en commettre à son tour

« Un enfant qui a subi des agressions sexuelles dans son milieu familial, sera susceptible de montrer son sexe, faire des attouchements sur d’autres enfants : 30 % à 40 % des agresseurs sont d’anciennes victimes » explique ainsi le Pr Thibault, une proportion qui monte à 70 % chez les mineurs auteurs d’agressions sexuelles. Selon une étude publiée dans The Lancet en 2017, un homme qui a subi des actes pédophiles durant son enfance présente un risque 3,5 fois plus élevé de devenir à son tour un criminel sexuel. Les psychiatres citent notamment le cas de l’affaire Lyhanna, du nom de cette petite fille violée et assassinée le mois dernier : plusieurs membres de la famille du principal suspect ont également été mis en cause pour des actes pédophiles.

Le Pr Thibault demande donc à l’Etat de mettre en place un « dépistage systématique à plusieurs étapes de la vie » et « une prise en charge gratuite des victimes comme des auteurs, pour qu’il y ait moins d’agresseurs ». « Une prise en charge des enfants agresseurs centrée sur leur mémoire traumatique est très efficace » explique ainsi le Dr Muriel Salmona, psychiatre spécialiste du traumatisme et ancienne membre de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise).

« Identifier une victime c’est identifier un agresseur, et le plus souvent d’autres victimes de cet agresseur… mais aussi possiblement ceux qui l’ont agressé, lui » poursuit la psychiatre. Mais le repérage de ces actes de violences sexuelles sur des enfants est rendu d’autant plus difficile qu’ils sont souvent commis dans un cadre intra-familial. Selon des travaux menés par la Ciivise en 2023, dans 60 % des cas, les auteurs d’infractions sexuelles sur des enfants sont des membres de la famille de la victime. 

Aider les personnes aux penchants pédophiles à ne pas passer à l’acte

Des psychiatres vont plus loin en réclamant non seulement une meilleure prise en charge des victimes, notamment pour les empêcher de devenir des criminels en puissance, mais également des auteurs d’infractions et des potentiels pédophiles. Depuis 2021, le dispositif « STOP » permet déjà aux personnes se sentant sexuellement attirées par des enfants de recevoir une aide par téléphone et en toute discrétion, pour éviter de passer à l’acte. Un système que les psychiatres estiment encore sous-dimensionné, alors que selon certaines études, entre 5 et 10 % des hommes adultes ressentent une attirance sexuelle pour les enfants. 

« Cela fait 40 ans qu’on demande en vain un numéro vert anonyme et gratuit, accessible 24h/24 et de grandes campagnes de prévention » explique le Pr Thibault, qui regrette que le dispositif « STOP » n’ait que « des petits moyens et un numéro compliqué à mémoriser ». Elle rappelle que des traitements hormonaux faisant baisser les taux de testostérone ou des thérapies comportementales peuvent permettre de réduire le risque de passages à l’acte. 

Cette prise en charge médicale des pédophiles avant leurs actes criminels est également promue par le Pr Antoine Pelissolo, chef du service de psychiatrie de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil. « Pour progresser, il nous faut accepter une idée très inconfortable : il existe, dans toute société, des individus, qui sont dans la très grande majorité des cas des hommes, présentant des attirances sexuelles envers les enfants, des difficultés majeures de contrôle pulsionnel, et des trajectoires de violence ou de vulnérabilité pouvant conduire à des passages à l’acte » plaidait le psychiatre dans une tribune publiée le mois dernier dans le journal Le Monde. 

Citant l’exemple allemand, où un programme d’aide aux personnes ayant des penchants pédophiles est en place depuis 2005, le Pr Pelissolo explique que « l’idée est de proposer une prise en charge confidentielle à des personnes attirées par les enfants avant tout passage à l’acte ». « Une société mature ne se contente pas de dénoncer et de punir après coup la pédocriminalité, mais se donne les moyens d’empêcher que les crimes aient lieu » conclut le Pr Pelissolo.

Pédophilie : des psychiatres appellent à combattre le mal à la racine

Quentin Haroche

30 juin 2026

Les récentes affaires d’actes pédophiles commis notamment dans le cadre périscolaire nous ont tristement rappelé que les agressions sexuelles visant des enfants étaient loin d’être un phénomène isolé. On estime ainsi à 160 000 le nombre d’enfants victimes d’agressions sexuelles chaque année en France. Face à ce phénomène plus qu’inquiétant, nombreux sont les médecins qui se demandent quel rôle ils peuvent jouer dans la lutte contre la pédophilie. De par leur proximité avec les familles, les médecins peuvent être à même de repérer les cas de maltraitance sur les enfants et de les signaler aux autorités (bien que ce ne soit pas pour le moment une obligation). Des signalements qui permettent bien sûr (en théorie) de mettre des enfants à l’abri et hors d’état de nuire des criminels, mais également peut être d’éviter l’émergence de futurs pédophiles.

Selon un collectif de psychiatres mené par le Pr Florence Thibault de l’hôpital Cochin, mieux repérer et prendre en charge les victimes de pédophilie permettrait en effet de diminuer le risque qu’ils ne deviennent à leur tour des agresseurs. Dans un plaidoyer adressé ce lundi à l’AFP, ces psychiatres expliquent ainsi que l’Etat doit se donner les moyens de renforcer le repérage des enfants victimes d’agressions sexuelles, afin de mettre fin à la « fabrique des agresseurs ». A cet égard, plusieurs études ont démontré que les auteurs d’actes pédophiles ont bien souvent été victimes d’agressions sexuelles durant leur enfance.

Être victime d’un acte pédophile multiplie par 3,5 le risque d’en commettre à son tour

« Un enfant qui a subi des agressions sexuelles dans son milieu familial, sera susceptible de montrer son sexe, faire des attouchements sur d’autres enfants : 30 % à 40 % des agresseurs sont d’anciennes victimes » explique ainsi le Pr Thibault, une proportion qui monte à 70 % chez les mineurs auteurs d’agressions sexuelles. Selon une étude publiée dans The Lancet en 2017, un homme qui a subi des actes pédophiles durant son enfance présente un risque 3,5 fois plus élevé de devenir à son tour un criminel sexuel. Les psychiatres citent notamment le cas de l’affaire Lyhanna, du nom de cette petite fille violée et assassinée le mois dernier : plusieurs membres de la famille du principal suspect ont également été mis en cause pour des actes pédophiles.

Le Pr Thibault demande donc à l’Etat de mettre en place un « dépistage systématique à plusieurs étapes de la vie » et « une prise en charge gratuite des victimes comme des auteurs, pour qu’il y ait moins d’agresseurs ». « Une prise en charge des enfants agresseurs centrée sur leur mémoire traumatique est très efficace » explique ainsi le Dr Muriel Salmona, psychiatre spécialiste du traumatisme et ancienne membre de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise).

« Identifier une victime c’est identifier un agresseur, et le plus souvent d’autres victimes de cet agresseur… mais aussi possiblement ceux qui l’ont agressé, lui » poursuit la psychiatre. Mais le repérage de ces actes de violences sexuelles sur des enfants est rendu d’autant plus difficile qu’ils sont souvent commis dans un cadre intra-familial. Selon des travaux menés par la Ciivise en 2023, dans 60 % des cas, les auteurs d’infractions sexuelles sur des enfants sont des membres de la famille de la victime. 

Aider les personnes aux penchants pédophiles à ne pas passer à l’acte

Des psychiatres vont plus loin en réclamant non seulement une meilleure prise en charge des victimes, notamment pour les empêcher de devenir des criminels en puissance, mais également des auteurs d’infractions et des potentiels pédophiles. Depuis 2021, le dispositif « STOP » permet déjà aux personnes se sentant sexuellement attirées par des enfants de recevoir une aide par téléphone et en toute discrétion, pour éviter de passer à l’acte. Un système que les psychiatres estiment encore sous-dimensionné, alors que selon certaines études, entre 5 et 10 % des hommes adultes ressentent une attirance sexuelle pour les enfants. 

« Cela fait 40 ans qu’on demande en vain un numéro vert anonyme et gratuit, accessible 24h/24 et de grandes campagnes de prévention » explique le Pr Thibault, qui regrette que le dispositif « STOP » n’ait que « des petits moyens et un numéro compliqué à mémoriser ». Elle rappelle que des traitements hormonaux faisant baisser les taux de testostérone ou des thérapies comportementales peuvent permettre de réduire le risque de passages à l’acte. 

Cette prise en charge médicale des pédophiles avant leurs actes criminels est également promue par le Pr Antoine Pelissolo, chef du service de psychiatrie de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil. « Pour progresser, il nous faut accepter une idée très inconfortable : il existe, dans toute société, des individus, qui sont dans la très grande majorité des cas des hommes, présentant des attirances sexuelles envers les enfants, des difficultés majeures de contrôle pulsionnel, et des trajectoires de violence ou de vulnérabilité pouvant conduire à des passages à l’acte » plaidait le psychiatre dans une tribune publiée le mois dernier dans le journal Le Monde. 

Citant l’exemple allemand, où un programme d’aide aux personnes ayant des penchants pédophiles est en place depuis 2005, le Pr Pelissolo explique que « l’idée est de proposer une prise en charge confidentielle à des personnes attirées par les enfants avant tout passage à l’acte ». « Une société mature ne se contente pas de dénoncer et de punir après coup la pédocriminalité, mais se donne les moyens d’empêcher que les crimes aient lieu » conclut le Pr Pelissolo.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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