A69, une victoire pour le vieux monde

La décision du Conseil d’État de valider définitivement l’autoroute entre Castres et Toulouse dit l’ampleur des batailles qu’il reste à mener pour la défense concrète du climat. Et rappelle la férocité de l’adversaire et de ses grands projets inutiles.

Emmanuel Riondé

4 juillet 2026 à 17h12

LaLa gifle était attendue, elle n’en est pas moins cinglante. Par sa décision du 29 juin, le Conseil d’État a ouvert la porte à l’achèvement de l’A69 entre Toulouse (Haute-Garonne) et Castres (Tarn). Une douzaine de structures (associations, syndicats, entreprises, communes) s’étaient pourvues en cassation pour demander l’annulation de l’arrêt de la cour administrative d’appel de Toulouse. Cet arrêt qui, le 30 décembre 2025, avait cassé le jugement de première instance du 27 février, dans lequel le tribunal administratif avait annulé les autorisations environnementales ayant permis le lancement des travaux. 

La décision du 27 février avait offert une victoire de taille aux opposant·es au projet. Le Conseil d’État, lui, les a renvoyé·es dans les cordesPour la plus haute juridiction administrative, cette autoroute A69 répond bien à une raison impérative d’intérêt public majeur, justifiant de déroger au Code de l’environnement. Et il n’existe pas de « solution alternative satisfaisante » à sa construction. 

Plus de trois ans après le début des travaux, le ruban de bitume de 63 kilomètres peut et doit être construit, dit le Conseil d’État. Cette décision, prise dans le cadre d’une mission consistant à « vérifier l’application de la loi », est politiquement très bavarde : elle dit la permanence du vieux monde et sa radicalité.

Travaux sur le chantier en construction de l’autoroute A69 en août 2025.  © Photo Fred Marvaux / REA

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En ce début du mois de juillet 2026, la France vient de connaître cinq jours d’une canicule meurtrière. Des personnes âgées, des enfants, des gens fragiles ont perdu la vie. Près de 1 000 morts ont été enregistrées en une semaine, des animaux ont péri par dizaines de milliers

Après quelques jours de répit, un autre épisode caniculaire est annoncé en début de semaine prochaine. L’été démarre à peine. Nous savons que ces séquences éprouvantes vont désormais faire partie de notre existence avec une régularité et une intensité croissantes. Et nous savons quelles politiques nous y mènent.

Prendre soin du vivant

Dans ce contexte, depuis le début de la bataille de l’A69, les opposant·es n’ont cessé de dénoncer l’inanité d’un projet d’artificialisation des sols (près de 400 hectares). Ils et elles ont rappelé qu’en France, si l’on commence à manquer de services de soins à la hauteur des besoins de la population, les infrastructures routières existantes sont, elles, suffisantes. 

Qu’à l’heure où le dérèglement climatique s’accélère, l’urgence n’est pas de dérouler de nouveaux kilomètres de goudron pour les confier à des concessionnaires privés. Elle est de repenser radicalement les modèles de croissance, de production et de consommation. De reboiser. De prendre soin du vivant. De ralentir. 

Ces considérations, le vieux monde capitaliste les vomit, comme il l’a toujours fait. Seule demeure la boussole du profit maximum, en l’espèce sous couvert de « désenclavement », d’« équité des territoires », de « mesures de compensation environnementale », tout le charabia de la novlangue néolibérale. En réalité, un monde d’extraction et de prédation, d’intelligence artificielle et de destruction du vivant. 

Un monde de béton, dans le cas précis de l’A69, où le capital s’engraisse à petits coups de carte bleue posée sans contact aux péages automatisés. Un monde d’hommes aussi : la seule victoire judiciaire des opposant·es – la décision du 27 février 2025 annulant les autorisations – est le fait d’une formation de jugement composée uniquement de femmes. Avant et après, ce sont des magistrats hommes qui ont eu la main. 

Un monde enfin, c’est à noter, où l’on veut se presser de rouler à 130 km/h entre une ville qui vient de s’offrir au Rassemblement national (RN)et une autre qui reste aux mains de la bourgeoisie. Alors qu’on ferait mieux de faire durer le trajet et d’y glaner quelques alternatives politiques.

Violence

Entre Toulouse et Castres, ce vieux monde est incarné par de nombreux acteurs qui se croient encore dans les Trente Glorieuses : les laboratoires Pierre Fabre, archétype de la notabilité patronale en son fief régional ; le maire de Lavaur, l’ex-gudard Bernard Carayon, et son fils Guilhem, espoir de l’Union des droite pour la République (UDR) ; le nouveau et jeune (29 ans) maire RN de Castres Florian Azéma, qui dit imaginer pour sa ville « un horizon 2032, notamment avec l’autoroute A69 comme levier d’attractivité ».

Carole Delga figure aussi dans le scénario, incarnant une social-démocratie cautionnant les horreurs capitalistes. L’ensemble de la macronie, incarnée par le député du Tarn Jean Terlier, n’a pas non plus ménagé ses efforts. On peut enfin y ajouter La Dépêche du Midide la famille Baylet, toujours fidèle au rendez-vous. Toutes et tous, ont, avec l’État français, soutenu depuis le début ce projet d’autoroute.

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Voilà le vieux monde. Et voici sa violence : la criminalisation et la répression permanente des opposant·es par les services de l’État ; l’intimidation façon barbouzerie, par Atosca et ses sbires, y compris en donnant des coupsou en mettant le feu ; la destruction d’arbreset de zones humides ; l’entre-soi, le lobbying et les conflits d’intérêts. Dans le sprint final s’est ajouté le piétinement de la séparation des pouvoirs, avec l’adoption par le Sénat d’une « loi de contournement » qui aurait permis de passer outre à une annulation des autorisations environnementales. Elle n’aura donc pas été nécessaire.

Comme le rappellent les opposant·es rassemblé·es au sein du collectif La Voie est libre, le chantier « est toujours suspendu à des enquêtes pénales ». La lutte n’est pas finie ; elle ne l’est jamais, de toute façon.

Mais comment oublier qu’il y a presque douze ans, le 26 octobre 2014, à Sivens, au cours d’une mobilisation contre un projet de barrage, Rémi Fraisse, un jeune militant écologiste, était tué par une grenade policière ? C’était aussi dans le Tarn, à quelques dizaines de kilomètres du tracé de l’A69. Depuis, la crise climatique s’est aggravée. Et le vieux monde ne se sent toujours pas concerné.

Emmanuel Riondé

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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