Mais qui aurait pu prédire… une telle impréparation ?

Billet de blog

Le climatologue Gilles Ramstein reprend dans ce texte envoyé à {Sciences²} la question imprudente d’Emmanuel Macron, le 31 décembre 2022, sur la canicule de cet été-là. Pour lui renvoyer la question… sur l’impréparation du pays à des canicules prévues depuis le premier rapport du GIEC en 1990.

Publié hier à 08h31, modifié hier à 18h29  https://www.lemonde.fr/sciences-au-carre/article/2026/06/30/mais-qui-aurait-pu-predire-une-telle-impreparation_6717221_6565027.html

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Gilles Ramstein est climatologue, spécialiste de modélisation numérique du climat au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (CEA, CNRS, UVSQ).
Gilles Ramstein est climatologue, spécialiste de modélisation numérique du climat au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (CEA, CNRS, UVSQ). 

Avant le solstice d’été, nous avons vécu déjà deux canicules majeures, sur l’Europe du sud et de l’ouest. Or, ces canicules ne sont que la manifestation de ce que les climatologues, dont je fais partie, prévoient depuis des décennies et notamment dès le premier rapport du GIEC – le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat – publié en 1990. Plus intenses et plus fréquentes dans le contexte du réchauffement planétaire en cours, ces canicules peuvent aussi être, comme celles que nous subissons actuellement, inédites par les processus qui leur donnent naissance et les maintiennent dans la durée. Pour reprendre le vocabulaire de notre président, ce qui était peu prévisible, compte tenu del’alerte des scientifiques du GIEC, mais aussi du dernier rapport du Haut Conseil pour le climat, c’est l’impréparation de notre pays à un changement climatique clairement annoncé depuis 35 ans.

Les hôpitaux, les transports, les quartiers populaires, pour lesquels le gouvernement a si peu anticipé, sont devenus insupportables. Et ce n’est pas, le RN qui, hier encore, ignorait les problèmes écologiques et climatiques, soutenant les pires mesures allant à l’encontre de politiques d’atténuation qui nous sortira de l’ornière. Les journalistes ont-il déjà oublié que Marine Le Pen déclarait encore en 2023 « Le Giec a toujours été alarmiste » !

Les propositions du RN, malgré un large support médiatique qui ne se dément pas malheureusement depuis des années donnent à penser que des solutions individuelles sont l’alpha et l’oméga de cette crise. C’est une double illusion. Elle fait l’impasse sur les plus vulnérables qui ne pourront pas s’équiper de systèmes de refroidissement efficaces et pérennes. Pire encore, elles font l’impasse sur l’essentiel : se mettre collectivement en ordre de marche, avec une politique d’investissements massifs, cohérente et planifiée dans les secteurs public et privé. De tels investissements pour les deux réponses à cette situation inédite, l’atténuation de la menace climatique par la réduction des émissions de gaz à effet de serre et l’adaptation aux changements d’ores et déjà engagés et inéluctables, sont indispensables.

En une décennie, nous ne pouvons que constater la faillite de la politique gouvernementale à cet égard. Alors même que La Poste interdit de plus en plus à ses facteurs d’interagir avec les personnes chez elles, entendre le premier ministre, Sébastien Lecornu, les appeler à l’aide pour rendre visite aux plus vulnérables illustre tristement cette situation.

Après l’entrée au panthéon de l’historien Marc Bloch, on peut dire que si notre président a un certain talent pour honorer nos morts, il a failli pour ce qui est des vivants.

Alors que dans le crépuscule de ce second mandat, la prochaine campagne présidentielle s’ouvre, il faudra être attentif aux propositions politiques qui mettront en avant un véritable programme écologique et social associé à des financements à la hauteur des enjeux climatiques

Le gouvernement a su trouver des financements importants pour l’augmentation substantielle du budget de la défense, mais il s’agit aujourd’hui pour reprendre, encore une fois, les mots de notre président, d’une « guerre » contre le réchauffement climatique qui concerne tous les citoyens de notre pays et nécessite des investissements importants (1). Plus généralement, cette politique concerne l’Europe où le réchauffement se fait cruellement sentir et où les politiques de renoncements successifs menées par les forces conservatrices et l’extrême-droite doivent être stoppées et rapidement inversées si nous ne voulons pas nous trouver dans l’incapacité de gérer les prochaines canicules.

Répétons-le, les climatologues vous avertissent : les canicules d’aujourd’hui seront les températures estivales moyennes de demain, c’est dire que les canicules de demain seront bien pires que celle que nous vivons aujourd’hui.

Il est donc trop tard pour être pessimiste et il y a urgence à planifier, en France comme en Europe des politiques d’adaptation et d’atténuation déclinant dans nos villes et dans les régions les connaissances mises à disposition dans le dernier rapport du GIEC.

L’ignorance des enjeux est la base de l’inaction, et il est de plus en plus difficile de plaider l’ignorance pour ne rien faire. La vraie question que tout citoyen et responsable politique doit donc se poser est « comment aurait-on pu prévoir qu’on en serait arrivé à un tel niveau d’impréparation ? ».

Texte envoyé par le climatologue Gilles Ramstein, directeur de recherche au Laboiratoire des sciences du climat et de l’environnement (CEA, CNRS, Université Versailles Saint-Quentin).

(1) Pour éviter le chaos climatique et financier, Pierre Larrouturou (et non Bernard Larrouturou comme écrit par erreur dans un premier temps) et Jean Jouzel, éditions Odile Jacob

Canicule : la gestion de la crise révèle les limites de l’action publique

La réaction des pouvoirs publics à l’épisode caniculaire de ce mois de juin révèle la difficulté plus structurelle de l’Etat à anticiper, planifier et agir avant que des événements ne s’imposent. 

Par Publié le 27 juin 2026 à 11h00, modifié le 27 juin 2026 à 11h46 https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/06/27/canicule-la-gestion-de-la-crise-revele-les-limites-de-l-action-publique_6716355_823448.html

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Au service des urgences du CHU de Nantes, le 26 juin 2026.
Au service des urgences du CHU de Nantes, le 26 juin 2026.  STEPHANE MAHE/REUTERS

Chaque épisode caniculaire semble suivre le même scénario. Aux alertes météorologiques succèdent les mêmes images : des écoles contraintes de fermer leurs portes ou, à tout le moins, d’être réaménagées ; des hôpitaux mis en alerte ; des villes à la recherche d’îlots de fraîcheur ; des appels répétés à la vigilance ; des cellules de crise activées par le gouvernement et des dispositifs d’urgence mis en œuvre par les préfectures et les collectivités. Parfois largement imparfait, le protocole est désormais rodé. Peut-être trop…

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Derrière cette mécanique se dessine l’impression d’une puissance publique condamnée à courir derrière les événements et à réagir plutôt qu’à anticiper. A chaque crise, l’urgence semble irrémédiablement l’emporter sur la préparation. La canicule actuelle n’échappe pas à cette logique. Surtout, sa gestion semble révéler une crise plus profonde de l’action publique et sa difficulté plus structurelle à anticiper, planifier et agir avant que des événements ne s’imposent.

« La gestion de la canicule est un nouveau symbole de l’impuissance publique à gérer les crises et, plus globalement, à conduire des politiques publiques », estime l’ancien député Les Républicains François Cornut-Gentille, auteur de Savoir pour pouvoir. Sortir de l’impuissance démocratique (Gallimard, 2021). « Gouverner, c’est prévoir », dit effectivement la maxime. La formule n’a sans doute jamais autant été d’actualité. Mais elle n’a peut-être jamais été non plus aussi difficile à traduire dans les faits.

Le « temps long » à la peine

« L’impuissance publique est organisée par les acteurs publics eux-mêmes, avant tout par défaut d’anticipation, regrette le politiste belge François Gemenne, coauteur en 2023 du 6e rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Toutes les données sont disponibles depuis de nombreuses années sur les effets par exemple du changement climatique ou sur l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des événements extrêmes. »

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Pour le sociologue et politiste Patrick Le Galès, le principal écueil réside dans la perception du rôle de l’Etat : « On pense trop souvent, et à tort, que l’Etat peut tout faire et intervenir partout sur tout un tas de domaines. Certes, l’Etat ne dispose pas d’une capacité d’action illimitée, mais quand il agit il peine à être ambitieux, à le faire efficacement et dans la durée », poursuit ce professeur à Sciences Po, en prenant donc l’exemple des politiques publiques d’adaptation au changement climatique.

Outre la question des moyens (toujours autant contraints par la situation budgétaire du pays), « l’impuissance publique est avant tout un problème de pratiques politiques et administratives », estime la cofondatrice du centre de réflexion Le Sens du service public, Emilie Agnoux. « Les responsables politiques comme les administrations ont beaucoup de difficultés à se projeter sur le temps long, juge-t-elle. Ils sont en permanence absorbés par les gestions des crises et du quotidien alors que les attentes et les besoins des citoyens nécessitent des réponses de long terme. » Et l’instabilité politique et institutionnelle n’a fait qu’accentuer cette dynamique.

Renvoi des responsabilités

L’action publique est aussi entravée par des « difficultés persistantes de coordination » entre les différents acteurs publics et, en particulier, par le « problème toujours majeur » du rapport entre l’Etat et les collectivités, souligne Patrice Duran, professeur émérite à l’Ecole normale supérieure Paris-Saclay. « Depuis une vingtaine d’années, on observe une logique de recentralisation à travers les mécanismes financiers et l’imposition de normes », confirme Patrick Le Galès. Une logique recentralisatrice qui, selon lui, a un « coût » et des effets contre-productifs : « En cherchant à renforcer sa capacité d’action, l’Etat perd la confiance des acteurs locaux qui sont pourtant censés mettre en œuvre les politiques publiques nationales. La dynamique fragmente l’action collective et affaiblit donc la puissance publique. »

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Conséquence, selon les observateurs : les réponses à une crise ou à un problème de politique publique se perdent souvent dans un jeu de renvoi des responsabilités qui nourrirait lui-même le sentiment d’impuissance. Les débats sur la gestion de la canicule en ont donné une illustration. D’un côté, les collectivités se sont dites « impuissantes » et ont dénoncé l’insuffisance des moyens accordés par l’Etat pour mener la transition écologique dans leurs territoires. Dans leur viseur particulièrement : la réduction récente de l’enveloppe consacrée au fonds vert permettant de soutenir les investissements dans la transition écologique.

De l’autre, le gouvernement a pu chercher à renvoyer aux élus locaux une partie de la responsabilité de l’inadaptation des équipements publics et notamment des établissements scolaires. Deux positions à première vue irréconciliables, mais un même constat, toujours, celui d’une action publique qui révèle encore ses fractures.

Canicule : l’exécutif attaqué sur son bilan écologique et sur sa réactivité

Une nouvelle cellule interministérielle de crise se réunira lundi après-midi. Alors que Sébastien Lecornu assume une communication limitée pour ne pas donner de « signe de fébrilité », Emmanuel Macron s’irrite des critiques et assure avoir fait « un gros travail ». 

Par  et 

le 29 juin 2026 à 06h30, modifié le 29 juin 2026 à 13h38 https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/06/29/canicule-l-executif-attaque-sur-son-bilan-ecologique-et-sur-sa-reactivite_6716869_823448.html

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Le premier ministre, Sébastien Lecornu, à l’Assemblée nationale, à Paris, le 9 juin 2026.
Le premier ministre, Sébastien Lecornu, à l’Assemblée nationale, à Paris, le 9 juin 2026.  JULIEN MUGUET POUR « LE MONDE »

Si la vague de chaleur extrême qui s’abat sur la France depuis la mi-juin a reflué, dimanche 28 juin, ses répercussions sanitaires et environnementales n’en sont qu’à leurs prémices. La tension sur le système hospitalier pourrait perdurer plusieurs jours après la canicule. Dimanche, l’agence Santé publique France a déjà recensé « environ 1 000 décès supplémentaires » par rapport à la moyenne des derniers mois. Cette évaluation parcellaire de la surmortalité causée par les températures record depuis le 24 juin fait l’effet d’un détonateur dans le débat politique.

« Il faudra faire toute la lumière sur le bilan humain très lourd qui s’annonce pour déterminer les responsabilités politiques ayant mené à cette situation dramatique », a prévenu dimanche, sur X, la secrétaire nationale des Ecologistes, Marine Tondelier. « C’est odieux, c’est insupportable, sachant que la plupart de ces morts auraient pu être évitées depuis des années », a appuyé le même jour sur BFM-TV le député (Rassemblement national) de la Somme Jean-Philippe Tanguy.

Le premier ministre devrait présider, lundi 29 juin, une quatrième cellule interministérielle de crise en fin d’après-midi pour « un premier bilan précis de ce qui a fonctionné et dysfonctionné cette semaine [celle du 22 juin] », selon son entourage. Avec l’espoir d’éteindre les critiques, nombreuses, sur l’incurie de l’Etat face au réchauffement climatique. Le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, a défendu la mobilisation de ses services dans la gestion de cette canicule « inédite »« Non, ce n’est pas un fiasco », a-t-il affirmé samedi dans Le Parisien.

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Au sommet de l’Etat, on redoute aussi bien la succession des épisodes de chaleur que leurs effets en cascade, dramatiques pour la biodiversité, l’agriculture, l’habitat, les infrastructures et la production d’énergie. « A moyen terme, ça a un effet négatif sur la croissance », avait d’ores et déjà prévenu le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, le 20 juin sur France Inter.

Sévère retour de bâton

De son côté, le chef de l’Etat s’agace de voir son action en matière de transition écologique réduite à néant par ses contempteurs. Il juge que la France s’est dotée, sous son impulsion, d’un cadre normatif bien plus ambitieux que n’importe quel autre pays industrialisé pour baisser ses émissions de CO₂. « S’il y a un pays au monde qui a porté le combat de l’atténuation, c’est bien la France, avec l’accord de Paris [signé en 2015]vante Jean-Noël Barrot, le ministre des affaires étrangères. Si on ne l’avait pas fait, si on ne l’avait pas intégré comme exigence dans nos accords commerciaux, les épisodes de canicule seraient plus nombreux et plus fréquents. »

Emmanuel Macron pense lui-même avoir fait « un gros travail », selon ses dires, jeudi, à Antibes (Alpes-Maritimes). « Ça fait maintenant plusieurs années que nous avons accompagné une transition de nos habitats, de nos bâtiments publics, de nos infrastructures publiques, qui correspond à l’adaptation », a-t-il argué. Mais ce constat contraste avec la réalité de millions de Français livrés à eux-mêmes pour surmonter les chaleurs accablantes de ces derniers jours dans leur logement, à l’école, dans les hôpitaux ou sur leur lieu de travail. « Nous n’avons pas fini ce travail, il faut avoir cette humilité », a concédé le chef de l’Etat.

Emmanuel Macron, lors d’une conférence de presse à l’issue du sommet du G7 à Evian-les-Bains (Haute-Savoie), le 17 juin 2026.
Emmanuel Macron, lors d’une conférence de presse à l’issue du sommet du G7 à Evian-les-Bains (Haute-Savoie), le 17 juin 2026.  KAMIL ZIHNIOGLU POUR « LE MONDE »

Après la crise des « gilets jaunes » et l’échec de la convention citoyenne pour le climat, le second quinquennat d’Emmanuel Macron devait replacer l’écologie au cœur de ses préoccupations. « La politique que je mènerai dans les cinq ans à venir sera donc écologique ou ne sera pas », avait-il proclamé dans l’entre-deux-tours de la présidentielle de 2022, multipliant les promesses vertigineuses – 1 milliard d’arbres plantés d’ici à 2032, 40 000 écoles rénovées d’ici à dix ans, 50 parcs éoliens en mer et six réacteurs nucléaires EPR 2 d’ici à 2050…

Mais la crise agricole, la dissolution de l’Assemblée nationale et le déficit public ont enclenché un sévère retour de bâton. Pour avancer sur une politique de transition acceptable, le locataire de l’Elysée privilégie désormais le concept de souveraineté, comme pour le plan d’électrification conçu en réponse à la crise du détroit d’Ormuz, fin avril.

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Sébastien Lecornu, de son côté, ne s’est jamais montré très allant sur la question – il a pourtant été secrétaire d’Etat auprès du ministre de la transition écologique Nicolas Hulot, de juin 2017 à octobre 2018. Il aura fallu attendre le dixième jour de la vague de chaleur pour que le premier ministre « valide », samedi 27 juin, une commande de 30 000 climatiseurs pour les hôpitaux.

Quand le président du groupe MoDem à l’Assemblée nationale, Marc Fesneau, met en garde le premier ministre, quelques jours avant les fortes chaleurs – « les incendies arrivent ! » –, ce dernier lui réplique : « Ne parle pas de malheur ! » A l’époque, il est accaparé par le drame de la mort de Lyhanna et les difficultés de son ministre de la justice et ami, Gérald Darmanin. Pris de court par cette vague de chaleur, le premier ministre pose un premier acte le 20 juin, veille de la Fête de la musique, en réunissant à Matignon une cellule interministérielle de crise. Les plans Orsec et Orsan sont activés, qui délèguent aux préfets la gestion opérationnelle, pour « un pilotage au plus près des territoires ».

« Cécité collective »

De fait, Sébastien Lecornu gère les crises comme elles arrivent et, souligne son entourage, toujours selon le même « réglage », limitant son expression publique à des messages sur X et aux séances de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale et au Sénat. Il s’agit, indique-t-on rue de Varenne, de ne pas « donner de grand coup de volant à chaque crise », qui pourrait être interprété comme un « signe de fébrilité ».

Le premier ministre fixe les grandes lignes et laisse ses ministres expliquer l’action du gouvernement. Ils ont été prévenus, le 24 juin : ils pourraient avoir à se priver de vacances si la canicule était amenée à se prolonger. Mais il néglige le côté humain. Le millier de morts dû aux fortes chaleurs n’a suscité à ce jour aucun message de compassion de la part du premier ministre ou du chef de l’Etat.

Dans le propre camp présidentiel, l’ex-première ministre Elisabeth Borne (2022-2024) a nettement désapprouvé la méthode de son successeur, dimanche, sur France 3. La planification écologique « est un sujet qui doit être porté par le premier ou la première ministre », estime-t-elle, et pas seulement « au moment des pics de chaleur ». L’ancienne ministre de l’écologie, qui est à l’origine du fonds vert, destiné à accompagner les collectivités locales dans leurs investissements, a regretté le peu d’implication de ses trois successeurs : « Après mon départ de Matignon, je ne suis pas sûre que la planification écologique et énergétique ait été portée avec la même énergie. »

Sans majorité au Parlement ni marges de manœuvre financières, l’actuel premier ministre ne bénéficie certes pas de la même conjoncture qu’Elisabeth Borne. Issu de la droite, il est à la tête d’un gouvernement dominé par le parti Les Républicains (LR), parfois tenté de relativiser le réchauffement climatique. « Les LR ont hacké le gouvernement : ils y occupent les postes-clés, contrôlent l’agenda parlementaire et pèsent sur les nominations », constate l’ex-ministre de la transition écologique Agnès Pannier-Runacher (septembre 2024-octobre 2025), qui dénonçait, en septembre 2025, la « cécité collective » face à l’« urgence écologique et climatique ».

L’actuel gouvernement dispose pourtant de toutes les informations attestant de l’urgence écologique. « Les rapports du GIEC [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] ont décrit très précisément ce qu’on est en train de vivre aujourd’hui, rappelle Marine Braud, ancienne conseillère d’Elisabeth Borne au ministère de l’écologie, experte des enjeux environnementaux. Mais nos décideurs politiques ont une méconnaissance réelle du sujet. Focalisés sur le présent, ils ont beaucoup de mal à voir l’avenir. »

« Changer les arbitrages »

La succession de huit ministres de l’écologie en neuf ans n’a pas facilité la mise en place de politiques publiques de long terme. « Les nouveaux ministres n’ont aucun regard sur ce qu’ont fait leurs prédécesseurs, ils découvrent chacun leur tour la pierre philosophale », ironise un député Renaissance. Le périmètre actuel du ministère de la transition écologique est le plus réduit depuis 2017. A l’hôtel de Roquelaure, Christophe Béchu (2022-2024) avait la tutelle sur les collectivités locales, le transport et le logement, c’est-à-dire tous les leviers nécessaires à l’atténuation du réchauffement climatique et à l’adaptation. Aujourd’hui, Monique Barbut n’a sous son autorité que les politiques de l’eau, de la biodiversité et du climat.

Monique Barbut, ministre de la transition écologique, à l’Assemblée nationale, à Paris, le 24 juin 2026.
Monique Barbut, ministre de la transition écologique, à l’Assemblée nationale, à Paris, le 24 juin 2026. THOMAS SAMSON /AFP

Le maire Horizons d’Angers est à cet égard « le seul qui a essayé de mettre le sujet de l’adaptation du pays sur la table, en créant [en 2023] le plan d’adaptation pour une France à + 4 °C en 2100 », relève le député européen Renaissance Pascal Canfin. Ressorti des cartons en 2025 par la ministre Agnès Pannier-Runacher, ce plan n’a cependant entraîné « aucune mesure obligatoire, ni été accompagné de moyens financiers », regrette l’eurodéputé.

« On a un mur d’investissements devant nous », a lâché Monique Barbut, prête à démissionner si elle n’obtenait pas le budget nécessaire à l’adaptation. Pour l’ingénieur Jean-Marc Jancovici, spécialiste des questions d’énergie et de climat, la France a les moyens d’assurer la transition écologique. Simplement, « en ce moment, on les affecte à autre chose, observait-il sur France 2 le 27 juin. On pourrait changer les arbitrages, ça s’appelle la politique ». Et, alors que les experts du GIEC prévoient des périodes de soixante jours d’affilée à 35 °C, « on est entré dans un nouveau monde », prévient Pascal Canfin : des immeubles entiers ne seront plus habitables, des écoles devront fermer, le travail ne sera plus possible certains jours…

Les candidats à la présidentielle de 2027 s’empareront-ils de l’enjeu de l’adaptation, qui n’a jamais été porté dans le débat public ? Rien ne permet de l’assurer. « Les politiques suivent les médias. En septembre, les médias vont zapper, donc les politiques aussi, prédit Xavier Bertrand, président LR de la région Hauts-de-France. L’anticipation ne fait pas partie de la culture de la classe politique. » Les Français eux-mêmes tournent la page dès les premiers frimas. Un trait d’esprit a d’ailleurs cours, à ce sujet, parmi les experts du climat : « Si l’élection présidentielle avait lieu fin août, on aurait déjà un président écologiste. »

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Pour approfondir  (1 article)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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