L’Agence régionale de santé enquête sur des tumeurs signalées chez des élèves d’un établissement du Val-d’Oise construit près d’un ancien site industriel pollué.

« Ce n’est pas normal de mourir à 13 ans » : une enquête sanitaire ouverte après trois cas de cancers pédiatriques dans une école de Franconville

L’Agence régionale de santé enquête sur des tumeurs signalées chez des élèves d’un établissement du Val-d’Oise construit près d’un ancien site industriel pollué. Les parents de Shiloh Diakité, morte d’un cancer du sein très rare, portent plainte pour homicide involontaire. 

Par Stéphane MandardPublié le 30 juin 2026 à 06h00, modifié hier à 10h06 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/06/30/ce-n-est-pas-normal-de-mourir-a-13-ans-une-enquete-sanitaire-ouverte-apres-trois-cas-de-cancers-pediatriques-dans-une-ecole-de-franconville_6717204_3244.html?srsltid=AfmBOoq5SLUcmt9NG-bGNTOPiX4y9B3J9LzriA3OnxeNndFDpPyp3T8L

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Diane Diakité, mère de Shiloh, morte à l’âge de 13 ans d’un cancer du sein très rare, à Franconville (Val-d’Oise), le 18 juin 2026.
Diane Diakité, mère de Shiloh, morte à l’âge de 13 ans d’un cancer du sein très rare, à Franconville (Val-d’Oise), le 18 juin 2026.  AGNÈS DHERBEYS/MYOP POUR « LE MONDE »

« Shiloh était une petite fille pétillante, jusqu’à ce qu’elle entre à l’école », dit sa mère, Diane Diakité, la gorge nouée, les yeux pleins de larmes. Dans l’entrée, dans le salon, dans la chambre, sur les murs de la cuisine, sur le bureau : les portraits de Shiloh, avec son sourire éclatant et ses grandes boucles, sont partout dans le petit appartement de Franconville, dans le Val-d’Oise. Sur son téléphone, Diane Diakité conserve d’autres photos, plus difficiles à regarder : Shiloh, le crâne rasé, les yeux cernés, une perfusion et un énorme pansement sur la poitrine. Shiloh est morte le 8 décembre 2021 d’un angiosarcome mammaire, un cancer du sein très rare.

« Ce n’est pas normal de mourir à 13 ans d’un cancer du sein. Je me battrai jusqu’au bout pour obtenir la vérité sur la mort de ma fille », promet Diane Diakité. Avec le père de Shiloh, elle s’apprête à déposer, mercredi 1er juillet, une nouvelle plainte contre X avec constitution de partie civile pour homicide involontaire. « Tant qu’on ne nous aura pas démontré le contraire, pour moi, la cause de la maladie de notre fille, c’est l’école », explique de sa voix douce Mobido Diakité.

Shiloh était scolarisée à l’école Gare-René-Watrelot de Franconville. Ouvert en 2006, l’établissement en brique rouge a été construit sur un site pollué dans un quartier pavillonnaire. « Notre combat n’est pas seulement pour notre fille, il est pour tous les enfants qui continuent d’aller dans cette école », explique Diane Diakité. Selon nos informations, au moins deux autres enfants scolarisés dans le même établissement ont développé des cancers depuis la mort de Shiloh. Un garçon est décédé en 2025 d’une leucémie. Un an plus tôt, un autre, Léo, alors âgé de 5 ans, a été diagnostiqué d’un rhabdomyosarcome, une tumeur des tissus mous, situé derrière le nez. Il est en rémission et toujours scolarisé à l’école Gare-René Watrelot de Franconville.

Un des nombreux portraits de Shiloh Diakité, chez les parents de l’enfant, à Franconville (Val-d’Oise), le 18 juin 2026.
Un des nombreux portraits de Shiloh Diakité, chez les parents de l’enfant, à Franconville (Val-d’Oise), le 18 juin 2026.  AGNÈS DHERBEYS/MYOP POUR « LE MONDE »

Contactée par Le Monde, l’académie de Versailles indique que la direction des services départementaux de l’éducation nationale du Val-d’Oise « a bien été informée, par une demande de transmission de documents émanant de l’ARS [agence régionale de santé] d’Ile-de-France, de trois cas de cancers pédiatriques signalés au sein de l’école Gare-René-Watrelot à Franconville ». En mai, la députée écologiste européenne et juriste Marie Toussaint, qui épaule les parents de Shiloh dans leurs démarches depuis 2023 avec l’association Notre affaire à tous, a saisi l’ARS d’une demande urgente d’investigations.

115 rendez-vous médicaux

Benzène, toluène, xylènes, trichloroéthylène, tétrachloroéthylène, hydrocarbures… Selon un diagnostic des sols mené en 2013 dans le cadre d’une campagne nationale, plusieurs substances cancérogènes ont été retrouvées dans le sous-sol de l’établissement (mais pas dans l’air des classes). Dans un courrier envoyé à Diane Diakité en 2023, le préfet du Val-d’Oise, Philippe Court, explique que la « source potentielle de pollution » est située à 25 mètres de l’école. Là se trouve une société qui a notamment exercé une activité de chaudronnerie et de traitement de surface entre 1966 et 1999 avec, en particulier, l’entretien de camions-citernes transportant du fioul domestique.

Derrière l’école, des garages se trouvent sur l’ancien site d’une société « source potentielle de pollution » selon le préfet, à Franconville (Val-d’Oise), le 18 juin 2026.
Derrière l’école, des garages se trouvent sur l’ancien site d’une société « source potentielle de pollution » selon le préfet, à Franconville (Val-d’Oise), le 18 juin 2026.  AGNÈS DHERBEYS/MYOP POUR « LE MONDE »

« L’ARS d’Ile-de-France a procédé à l’ouverture d’une investigation visant à identifier un potentiel surcroît de prévalence des pathologies signalées au sein de l’établissement scolaire », confirme au Monde l’autorité sanitaire. Les premières investigations ont été confiées au Centre régional de pathologies professionnelles et environnementales. Ce dernier doit entrer en contact avec les familles pour obtenir l’accès aux données médicales.

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Diane Diakité conserve soigneusement le dossier médical de Shiloh dans une chemise orange. Un chiffre résume le calvaire de la jeune collégienne : 115 consultations chez son médecin traitant en sept ans. Dès la première année de maternelle, Shiloh rentre à la maison « les yeux larmoyants, comme brûlés, le nez pris, incapable de respirer par la bouche ». Les symptômes disparaissent le week-end et pendant les vacances : « Va bien depuis qu’il n’y a plus école », écrit le médecin traitant le 22 juillet 2013.

Les dossiers des procédures judiciaires lancés par la famille Diakité suite au décès de leur fille Shiloh, à Franconville (Val-d’Oise), le 18 juin 2026.
Les dossiers des procédures judiciaires lancés par la famille Diakité suite au décès de leur fille Shiloh, à Franconville (Val-d’Oise), le 18 juin 2026.  AGNÈS DHERBEYS/MYOP POUR « LE MONDE »
Une photo de Shiloh Diakité lors d’une séance de chimiothérapie. A Franconville (Val-d’Oise), le 18 juin 2026.
Une photo de Shiloh Diakité lors d’une séance de chimiothérapie. A Franconville (Val-d’Oise), le 18 juin 2026.  AGNÈS DHERBEYS/MYOP POUR « LE MONDE »

Son état de santé se dégrade au fil des rentrées : elle s’endort en classe sur son bureau, elle est à bout de souffle après un tour de la cour. « Shiloh était devenue une loque », résume sa mère, qui a dû s’arrêter de travailler pour s’en occuper. A l’école, la directrice estime que « c’est du cinéma ». De l’eczéma, des croûtes sur la tête, des lésions sur le corps, du sang dans les selles : les consultations médicales et les arrêts-maladie se multiplient. Jusqu’à ce matin de mars 2021 où Diane Diakité remarque une tache sur le sein de sa fille. Elle pense tout de suite à un cancer. « Les cancers du sein n’existent pas chez les enfants », lui opposent plusieurs médecins, jusqu’à ce que le diagnostic tombe : angiosarcome mammaire de grade 2, un cancer qui n’a touché que huit femmes en France en quarante ans.

Diane Diakité a aussi conservé des mèches de cheveux de sa fille. Leur analyse, confiée au laboratoire indépendant toxSeek, a révélé la présence de plusieurs métaux lourds. Professeur de biochimie et toxicologie à l’université Paris Cité, Xavier Coumoul a étudié le dossier médical de Shiloh : « Même s’il est toujours très compliqué d’établir un lien de causalité, il me paraît plausible d’un point de vue scientifique que les polluants cancérogènes découverts à proximité de l’école soient en lien avec la survenue d’une maladie aussi rare qu’un angiosarcome. »

L’école Gare-René-Watrelot de Franconville (Val-d’Oise), le 18 juin 2026.
L’école Gare-René-Watrelot de Franconville (Val-d’Oise), le 18 juin 2026.  AGNÈS DHERBEYS/MYOP POUR « LE MONDE »

Cristina Greggio, la mère de Léo, aujourd’hui âgé de 6 ans et en rémission d’un cancer des tissus mous, ne connaissait pas l’histoire de Shiloh quand son fils est tombé malade. Elle sait en revanche qu’un autre enfant, scolarisé en maternelle, est décédé en 2025. Les parents de celui-ci, qui ont encore des enfants scolarisés à l’école Gare-Réné-Watrelot, ne souhaitent pas s’exprimer. « C’est un hasard malheureux, je ne pense pas du tout que l’école soit en cause. Ce sont trois formes de maladies différentes, commente Cristina Greggio. Les cancers des enfants se développent de plus en plus en France, c’est lié à notre mode de vie, à ce que nous mangeons, à ce que nous buvons. »

Sur les grilles de l’école, des panneaux préviennent que « la Ville investit » et que « des travaux de végétalisation des cours » sont prévus pour une durée de huit mois. « Les parents soutiennent le verdissement de l’école », dit Mme Greggio. Pourtant, ces travaux font bondir Mme Diakité : « Le maire piétine la mémoire de Shiloh ». Le diagnostic réalisé en 2013 insistait sur l’importance de « maintenir la dalle en bon état » afin de protéger la santé des enfants des polluants détectés dans les sols. Aujourd’hui, toutes les cours de l’école sont bétonnées.

Les parents de Shiloh Diakité conservent une photo du séquoia qui se trouvait dans la cour de l’école de leur fille, à Franconville (Val-d’Oise), le 18 juin 2026.
Les parents de Shiloh Diakité conservent une photo du séquoia qui se trouvait dans la cour de l’école de leur fille, à Franconville (Val-d’Oise), le 18 juin 2026.  AGNÈS DHERBEYS/MYOP POUR « LE MONDE »
Les parents de Shiloh Diakité conservent une photo du séquoia abattu, dont le tronc avait alors été couvert d’un chapeau, à Franconville (Val-d’Oise), le 18 juin 2026.
Les parents de Shiloh Diakité conservent une photo du séquoia abattu, dont le tronc avait alors été couvert d’un chapeau, à Franconville (Val-d’Oise), le 18 juin 2026.  AGNÈS DHERBEYS/MYOP POUR « LE MONDE »

Il y avait bien un séquoia plus que centenaire qui trônait au milieu de la cour de récréation, et au pied duquel jouaient encore les enfants lorsque Shiloh était scolarisée. Malade, il a été abattu en 2015 et son pied recouvert de goudron. L’arbre était le symbole de l’école et du quartier ; alors, on a conservé son tronc, et les enfants lui ont confectionné un chapeau.

Mais, à l’été 2023, Xavier Melki, le maire (Les Républicains), a fait raser ce qu’il restait du séquoia. « J’ai pleuré quand je suis passée devant l’école », se souvient Mme Diakité. Ses avocats considèrent que des prélèvements auraient pu avoir lieu sur le séquoia pour attester de la pollution de l’école. Sur les conseils d’un gendarme, la mère de Shiloh a porté plainte pour « modification de l’état des lieux d’un crime ». Contacté, le maire de Franconville n’a pas répondu à nos sollicitations.

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Stéphane Mandard

*Les cancers pédiatriques, parents pauvres de la recherche en oncologie

Depuis vingt-cinq ans, les avancées sont devenues beaucoup plus minces et les taux de guérison stagnent en comparaison des progrès réalisés dans les cancers des adultes. En cause, notamment, un marché moins rentable financièrement pour les industriels. 

Par Zeliha ChaffinPublié le 27 avril 2025 à 07h00, modifié le 27 avril 2025 à 12h07 https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/04/27/les-cancers-pediatriques-parents-pauvres-de-la-recherche-en-oncologie_6600555_3234.html

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Activités organisées par l’association Dessine-moi la high-tech, qui lutte contre les cancers de l’enfant. Ici au sein du département d’oncologie pédiatrique de l’Institut Gustave-Roussy, à Villejuif, le 14 février 2023.
Activités organisées par l’association Dessine-moi la high-tech, qui lutte contre les cancers de l’enfant. Ici au sein du département d’oncologie pédiatrique de l’Institut Gustave-Roussy, à Villejuif, le 14 février 2023. ELISA HABERER POUR « LE MONDE »

C’est un coup de rabot qui en dit long. Alors que le budget pour l’année 2025 vient à peine, le 6 février, d’être voté à l’Assemblée nationale et au Sénat, des associations de patients découvrent avec stupeur qu’un amendement visant à allouer 15 millions d’euros par an à la recherche clinique sur les cancers pédiatriques s’est évaporé du texte final. Face au tollé, le gouvernement rétropédale deux jours plus tard, assurant qu’il rétablira le financement disparu, le sujet étant considéré, affirment les pouvoirs publics, comme « une priorité » par l’Etat.

Si la nécessité d’accélérer les découvertes médicales pour soigner les enfants ne fait pas débat, les cancers pédiatriques font souvent figure de parents pauvres de la recherche en oncologie, où la très grande majorité des efforts demeure concentrée sur les cancers des adultes. « Depuis 2009, sur 150 médicaments anticancéreux développés pour l’adulte, seuls 16 ont été autorisés pour une indication spécifique de cancer pédiatrique », soulignaient dans une tribune publiée en septembre 2024 dans Libération, l’association de patients Eva pour la vie et la Fédération Grandir sans cancer.

Sous leur pression, le gouvernement a fléché, en 2018, à l’occasion de la loi de finances pour 2019, une enveloppe publique annuelle de 5 millions d’euros, destinée à la recherche fondamentale dans le domaine. Un premier pas encourageant pour approfondir l’état des connaissances scientifiques sur ces pathologies : jusqu’à cette date, ces dernières ne bénéficiaient pas de financements qui leur étaient spécifiquement consacrés.

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Les cancers pédiatriques sont pourtant la première cause de décès par maladie en France chez les enfants et les jeunes adolescents. Chaque année, ils frappent environ 1 800 enfants de moins de 15 ans et plus de 450 adolescents âgés de 15 à 17 ans. En moyenne, un nouveau-né sur 440 dans l’Hexagone sera atteint d’un cancer avant ses 15 ans. Grâce à la recherche et à l’accès aux tests d’imagerie et de diagnostic, qui permettent une prise en charge précoce, le taux de survie à cinq ans chez ces jeunes malades dépasse aujourd’hui 80 % dans les pays développés (contre 30 % dans les pays pauvres).

Pronostics sombres

« L’arrivée des premières chimiothérapies à partir des années 1970, et leur essor jusqu’aux années 2000, a constitué une révolution pour les cancers pédiatriques. Avant cela, les taux de guérison étaient catastrophiques », explique Marie Castets, chercheuse à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale et responsable d’une équipe de recherche en oncopédiatrie au centre Léon-Bérard, à Lyon.

Derrière cette statistique se cache toutefois une forte disparité, le taux de survie variant quasiment de 0 % à 100 %, selon les tumeurs. De nombreux cancers, notamment certains affectant le cerveau, affichent encore des pronostics sombres. Et pour ceux qui en réchappent, les séquelles développées à cause de la chimiothérapie, de la chirurgie ou de la radiothérapie sont loin d’être négligeables : amputations, troubles de la croissance, infertilité, lésions cardiaques, déficits neurologiques…

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Surtout, depuis vingt-cinq ans, les avancées sont devenues beaucoup plus minces et les taux de guérison stagnent en comparaison des progrès réalisés dans les cancers des adultes. Ces derniers ont considérablement profité du déploiement prometteur des immunothérapies et des thérapies ciblées ces deux dernières décennies. « Malheureusement, l’utilisation de ces traitements des adultes en oncopédiatrie s’est révélée beaucoup moins efficace », souligne Mme Castets.

Là réside, en partie, le problème. Car les traitements élaborés par les industriels pharmaceutiques sont, dans leur presque quasi-intégralité, d’abord conçus et pensés pour les adultes, avant d’être transposés aux enfants. Or, les cancers pédiatriques diffèrent de ceux de leurs aînés sur de nombreux plans, tant dans les types rencontrés que dans les caractéristiques biologiques des tumeurs. Les carcinomes, qui se développent dans les tissus épithéliaux, très fréquents chez l’adulte, sont ainsi peu répandus chez les plus jeunes.

Assimilés à des maladies rares

A l’inverse, les leucémies, les tumeurs cérébrales et les sarcomes sont beaucoup plus courants chez les enfants. Certains cancers, comme les blastomes (néphroblastome, neuroblastome, rétinoblastome…), sont même pratiquement inexistants chez les adultes. La maturité des organes et du système immunitaire, encore en développement chez les enfants, constitue également un autre facteur dont les conséquences peuvent s’avérer majeures dans la réponse aux traitements.

Autant de particularités qui plaident en faveur de la mise au point d’un arsenal thérapeutique spécifique. Les laboratoires pharmaceutiques sont toutefois peu nombreux à s’y atteler, malgré les incitations mises en place par les autorités sanitaires, notamment sur la durée de validité des brevets.

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Le marché des adultes, dont les cas sont beaucoup plus nombreux, s’avère de fait beaucoup plus rentable financièrement pour les industriels que celui des enfants, les cancers pédiatriques étant assimilés à des maladies rares. Et face aux réglementations encadrant la tenue d’essais cliniques, plus lourdes compte tenu du jeune âge des malades, et la difficulté de recruter des patients, peu de laboratoires sont réellement prêts à prendre le risque auprès de leurs investisseurs.

Afin d’encourager ces développements, la recherche publique s’organise pour faire avancer la compréhension de ces cancers et identifier de nouvelles cibles thérapeutiques susceptibles de susciter l’intérêt des industriels. En France, le réseau React4Kids, fondé en 2018 grâce à la mobilisation de chercheurs en oncopédiatrie, vient ainsi de lancer le premier entrepôt de données nationales sur les cancers pédiatriques, baptisé « Share4Kids ».

« Jusqu’à présent, il n’existait pas d’infrastructure mutualisant l’ensemble des données multiomiques et qui soit ouvert à toute la communauté scientifique. Cela va permettre d’attirer de nouvelles expertises au-delà des spécialistes en oncopédiatrie et de créer de nouvelles synergies qui accéléreront la recherche », détaille Mme Castets.

Zeliha Chaffin

**De nouveaux clusters de cancers pédiatriques détectés autour de La Rochelle

Une étude financée par la Ligue contre le cancer en Charente-Maritime a permis d’identifier au moins trois zones où le nombre de cancers de l’enfant et du jeune adulte est supérieur à ce qu’il devrait être statistiquement. La région de La Rochelle est fortement exposée aux épandages de pesticides. 

Par Stéphane Foucart et Stéphane MandardPublié le 26 mars 2025 à 05h15, modifié le 26 mars 2025 à 08h00 https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/03/26/de-nouveaux-clusters-de-cancers-pediatriques-detectes-autour-de-la-rochelle_6586310_3244.html

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Une parcelle agricole jouxtant un lotissement de maisons individuelles, à l’entrée de la ville de Saint-Rogatien, commune proche de La Rochelle, le 8 octobre 2024.
Une parcelle agricole jouxtant un lotissement de maisons individuelles, à l’entrée de la ville de Saint-Rogatien, commune proche de La Rochelle, le 8 octobre 2024.  MARLÈNE AWAAD POUR « LE MONDE »

Il n’y a pas un mais trois – peut-être quatre – clusters de cancers de l’enfant et du jeune adulte autour de La Rochelle. Une étude financée par le comité de la Ligue contre le cancer de Charente-Maritime et menée par le registre général des cancers de Poitou-Charentes a exploré les données recueillies entre 2008 et 2022 dans le département, pour identifier les communes ou les zones d’excès de risques de cancer, de la naissance à l’âge de 24 ans.

Le premier enseignement est qu’en moyenne l’incidence de ces cancers en Charente-Maritime n’est pas plus élevée que dans les trois autres départements couverts par le registre (Charente, Deux-Sèvres, Vienne). Mais l’examen de la répartition des cas indique plusieurs poches où le nombre de cas relevés est plus important qu’attendu. L’étude confirme ainsi les conclusions d’une précédente analyse centrée sur la commune de Saint-Rogatien entre 2008 et 2017 : elle indique que le nombre de cancers des enfants et jeunes adultes est de 7 contre 1,8 « attendus » sur la période considérée – soit un risque presque quadruplé, par rapport à la moyenne dans l’ancienne région Poitou-Charentes.

A Saint-Vivien, 8 kilomètres plus au sud, le nombre de cas relevés est de cinq (contre 1,1 « attendu »). La commune de L’Houmeau, qui jouxte La Rochelle, enregistre elle aussi un excès de cas (cinq, contre 1,8 « attendu »), mais « cet excès n’est pas statistiquement significatif, faute d’effectif suffisant, aussi [ils] ne le ret[iennent] pas comme agrégat dans [leur]analyse », explique Thomas Systchenko, hématologue au CHU de Poitiers, coauteur, avec Nolwenn Le Stang, de ces travaux.

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A l’ouest de Saintes, les auteurs identifient également une zone recoupant le territoire de plusieurs communes, dans laquelle le nombre de cas constatés est de 54, soit près du double du nombre de cancers attendus sur ce bassin de population, en se fondant sur la moyenne du registre.

« Si on ne cherche rien, on ne trouve rien »

« Nous identifions des zones où, selon la méthodologie utilisée, l’incidence s’écarte de manière significative de la moyenne, explique Thomas Systchenko. Cela ne nous permet pas d’exclure le hasard : celui-ci pourrait éventuellement être levé par des études supplémentaires, qui dépendent de la volonté des pouvoirs publics. » Pour Michaël Genin, biostatisticien à l’université de Lille, qui n’a pas participé à ces travaux, les méthodes utilisées sont conformes aux recommandations de Santé publique France, mais les résultats doivent être considérés avec « prudence », notamment en raison des faibles effectifs mais aussi du fait qu’« aucune donnée à l’échelle individuelle n’a été prise en compte dans l’analyse, comme les antécédents familiaux ou le stade du cancer ».

Aujourd’hui, les registres de cancers couvrent à peine un quart du territoire national. « Les pouvoirs publics doivent mettre les moyens pour étendre les registres dans toutes les régions, car, si on ne cherche rien, on ne trouve rien », commente Jean-Marie Piot, le président de la Ligue contre le cancer en Charente-Maritime, qui finance le registre des cancers de Poitou-Charentes à hauteur de 20 000 euros par an.

« Trois excès de risques sur la même agglomération, c’est une première en France, se désole Franck Rinchet-Girollet, le porte-parole de l’association Avenir Santé Environnement. Nous sommes tristes pour les familles et en colère contre l’agence régionale de santé et Santé publique France qui ne font strictement rien sur notre territoire en matière de prévention et de recherche pour connaître les causes de ces cancers. » Créée en 2018, après la déclaration d’un sixième cancer – celui de Pauline Brion, une Rogatienne de 15 ans morte en 2019 –, l’association a fait analyser des prélèvements urinaires et capillaires de 72 enfants résidant dans six communes de l’agglomération de La Rochelle. Ils ont mis en évidence la présence de plusieurs pesticides dont certains interdits depuis plusieurs années.

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Après la publication de ces résultats, en octobre 2024, et dans un contexte de fortes tensions locales avec le monde agricole, le préfet de Charente-Maritime, Brice Blondel, a sollicité la Commission nationale du débat public afin qu’elle propose un « cadre à la fois neutre, impartial, fondé sur une approche scientifique et une pleine transparence ». Une quarantaine d’acteurs (élus, scientifiques, associations, agriculteurs…) ont été auditionnés. Selon nos informations, une réunion de restitution doit être organisée en avril à la préfecture.

« On a déjà perdu sept ans »

« La première étape sera de se mettre d’accord sur la méthodologie retenue pour décompter les cas de cancers. Elle implique de se poser la question du bon maillon, car les résultats peuvent être contradictoires, que l’on zoome à l’échelle de la commune, de la communauté de communes, du département ou du quartier, indique Brice Blondel. Ensuite, bien évidemment, il faudra mettre en place un programme de recherche pour établir des corrélations et des causalités, mais cela prendra du temps. »

« On a déjà perdu sept ans, s’offusque Franck Rinchet-Girollet. Pourquoi l’Etat n’a-t-il pas appliqué le principe de précaution en restreignant les substances les plus problématiques ? Combien d’enfants malades faudra-t-il encore ? »Ces dernières années, outre les cas de cancers pédiatriques, les épisodes de pollution liée à l’usage des pesticides se multiplient autour de La Rochelle. En 2021, un captage d’eau potable a été fermé dans la commune de Clavette, proche de Saint-Rogatien, après la découverte de concentrations élevées de chlortoluron, un herbicide très utilisé pour les céréales et cancérogène suspecté.

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L’exploitation de la plaine céréalière d’Aunis mais aussi les vignobles de Saintonge sont régulièrement montrés du doigt pour des contaminations de l’environnement aux pesticides. En 2022, des niveaux jamais enregistrés en France de prosulfocarbe avaient été mesurés dans l’air de la plaine d’Aunis. L’agglomération de La Rochelle avait alors demandé, en vain, au gouvernement un moratoire pour cet herbicide utilisé pour traiter les céréales d’hiver.

A l’automne 2023, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a édicté des restrictions d’usage de ce produit très volatil. La même année, l’agglomération a été obligée de déconnecter quinze points de captage d’eau après la découverte d’un produit de dégradation du chlorothalonil, un fongicide interdit depuis 2020. La moitié ont été remis en service quelques mois plus tard. En 2024, l’eau du robinet a été de nouveau jugée« non conforme » après un pic de pollution du fleuve Charente au fosétyl, un traitement fongicide utilisé contre le mildiou, en particulier dans le vignoble du Cognaçais.

Stéphane Foucart et  Stéphane Mandard

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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