« Canicules de 2003 à 2026 : chronique de l’inaction de l’Etat par un “salaud de toubib” »
Date de publication : 22 juin 2026 https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=eb3d221c29a1b2347079c354be363ff8&id_newsletter=23980&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=23980&from=newsletter&slnk=10
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C’est ce que titre Libération, qui note que « plus de 20 ans après la canicule meurtrière de 2003, le médecin généraliste Christian Lehmann dresse un constat amer : rien n’a changé. Entre système de santé à flux tendu et discours officiels creux, les gouvernements enchaînent les vagues de chaleur comme les promesses ».
Christian Lehmann revient ainsi sur la canicule de 2003 : « Fin juillet 2003. Généraliste dans les Yvelines, Florence, tout juste revenue de vacances, s’étonne du faible nombre d’appels et de consultations reçus à son cabinet en cette période estivale, alors que les informations télévisées montrent depuis plusieurs jours des urgences débordées, des brancards entreposés dans les couloirs où s’entassent vivants et morts ».
Le médecin explique qu’« elle monte dans sa voiture, passe à l’hôpital local où la situation est catastrophique. Elle prend sur elle de faire le tour de l’ensemble des maisons de retraite de la région, et, dans chacune d’entre elles improvise un plan d’urgence, en tentant de tenir compte des contraintes matérielles de locaux et de la pénurie de personnel.
Souvent, il lui faut batailler pour faire déplacer les patients, vider les chambres surchauffées des derniers étages installées dans des combles réaménagés, instaurer des passages supplémentaires d’aides-soignantes ou d’auxiliaires de vie pour faire boire les patients, quitte à éliminer certains soins, à diminuer le nombre de mobilisations de patients grabataires dans leurs lits au risque de favoriser l’apparition d’escarres ».
Christian Lehmann observe qu’« à force de «bonne gouvernance», de gestion au millimètre, à force de rogner sur les coûts, on en est arrivés là, à l’époque déjà, dans l’ensemble du système de santé français, de l’hôpital public jusqu’à la maison de retraite : fonctionner à flux tendu, ne pas remplacer les personnels, fermer des lits ou des services dès que le taux de remplissage n’atteint pas les 100% ».
Le médecin note que « 10 jours plus tard, le ministre de la Santé Jean-François Mattei intervient en polo dans son jardin, sur son lieu de vacances : «Je ne pense pas du tout qu’il y ait eu de sous-estimation. Pour sous-estimer, il faut être averti, or, cette canicule n’était pas prévisible.» Le tollé est aussi grand que sa déconnexion et dans les semaines qui suivent, alors que les morgues ont reçu plus de 15.000 victimes de la canicule en France, le ministre rend public un rapport qu’il a commandé en urgence sur «Le système de santé pendant la canicule», permettant de désigner un bouc émissaire : les médecins généralistes ».
Christian Lehmann indique que « nombre d’entre eux étaient en vacances, ils ne travaillent pas jour et nuit et donc ne participent pas à la permanence des soins «qui est une obligation déontologique». Dans la foulée, avec un collègue, je publie dans Libération une tribune «Salauds de toubibs», qu’il est glaçant de relire aujourd’hui tant la situation ne s’est pas améliorée, voire s’est dégradée ».
Le médecin écrit que « la situation a encore empiré. Les canicules commencent au printemps. Les gouvernements qui se sont succédé ont utilisé l’écologie comme un gadget électoral sans jamais prendre en compte réellement les alertes du Giec ».
« Et alors que, comme pendant la précédente vague de chaleur de fin mai 2026, je vois quotidiennement des patients faire des malaises, être victimes de coups de chaleur ou d’insolation, en particulier dans des locaux non climatisés, dans les écoles, les collèges et les lycées, ou dans des métiers particulièrement exposés comme le BTP, Emmanuel Macron appelle sur France 2… à la vigilance », continue Christian Lehmann.
Il conclut : « Dans les jours qui viennent, je vais encore contribuer à l’«insoutenable» croissance des arrêts de travail. (…) Arrêts de travail, droit de retrait, grève générale.
Combien de morts avant que nous prenions collectivement conscience que l’inconséquence de l’Etat nous envoie dans le mur ? ».
« “Il ne faudra pas avoir la main qui tremble” : face à la canicule, l’avertissement de la ministre de la Santé »
Date de publication : 22 juin 2026 https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=3b3d0fba53ecbf3b73b694485a36ace6&midn=23980&from=newsletter
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Nicolas Berrod et Julien Duffé notent dans Le Parisien qu’« alors que la canicule entre […] dans une phase aiguë qui devrait durer plusieurs jours, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, médecin rhumatologue de profession, appelle les Français à adapter leurs comportements. Elle estime que le pays est mieux préparé que lors du précédent épisode historique d’août 2003 ».
Stéphanie Rist déclare ainsi concernant la Fête de la musique ce 21 juin : « Ce n’est pas un message moralisateur, mais scientifique. L’alcool bloque une hormone qui retient l’eau dans le corps, donc vous vous déshydratez davantage. Or, quand on boit de l’alcool, on n’a plus la sensation d’avoir spécialement chaud donc on bouge davantage, on danse par exemple et on se déshydrate doublement ».
« C’est là qu’interviennent les coups de chaud qui se traduisent par des maux de tête, des confusions, voire des malaises et des pertes de connaissance. Même lorsqu’on est jeune et en bonne santé, cela peut avoir des conséquences graves », souligne la ministre.
Elle ajoute : « La Fête de la musique est toujours un moment de tension pour le système de santé, mais celle-ci m’inquiète particulièrement en raison de la canicule. Je réunirai à nouveau les acteurs pour m’assurer de la pleine mobilisation du système de santé et de nos capacités de prise en charge ».
« La mission de l’État est d’informer les autorités locales, pour qu’elles puissent décider s’il faut renforcer les équipes. Vous ne pouvez pas dire qu’il faut le faire à l’échelle nationale, car la Fête de la musique n’entraîne pas habituellement de pic d’activité dans les urgences dans certains territoires, et il n’y aura pas de vigilance orange ni rouge partout », précise-t-elle.
Les journalistes interrogent : « Vous répétez souvent les conseils de bon sens, comme de boire de l’eau. Mais est-ce encore utile ? ».
Stéphanie Rist observe qu’« on a beau savoir qu’il faut boire beaucoup d’eau quand il faut chaud, je ne suis pas sûre que tout le monde le fasse. Donc, mon travail, c’est de rappeler ces mesures car elles évitent un possible passage aux urgences ».
« Et un coup de chaud n’arrive pas qu’aux personnes âgées. […] On ne va pas s’arrêter de vivre parce qu’il fait très chaud, mais je continuerai de répéter qu’il faut boire de l’eau et respecter les mesures de prévention », continue la ministre.
Elle déclare en outre que « lorsqu’il fait chaud, il faut mettre son corps au ralenti, donc ne pas faire de sport. La chaleur a une action sur les muscles, et notamment sur le cœur. Même si on est très sportif, qu’on est marathonien, on court un risque ».
Nicolas Berrod et Julien Duffé remarquent par ailleurs que « de nombreux hôpitaux sont de véritables fournaises. Comment est-ce possible, en 2026, en France ? ».
Stéphanie Rist répond que « beaucoup d’hôpitaux sont d’anciens bâtiments, qu’il va falloir adapter au fur et à mesure au changement climatique. Cela ne se fait pas en deux jours, mais j’ai annoncé 6 milliards d’investissement pour la rénovation sur les dix prochaines années ».
Elle précise en outre : « Nous avons mis en place des mesures d’attractivité pour le personnel, qui permettent de faire venir plus du monde et d’avoir des équipes un peu moins en tension. Mais il reste évidemment très difficile en ce moment de travailler dans les hôpitaux, surtout ceux qui n’ont pas de climatisation ».
Nicolas Berrod et Julien Duffé interrogent : « Et conseillez-vous aussi de ne pas laisser ses enfants à l’école, quand c’est possible ? ».
Stéphanie Rist indique que « des discussions ont lieu et des consignes sont données, établissement par établissement, pour fermer des classes, voire des écoles entières. Toutes les écoles ne sont pas dans la même situation, il n’y a pas de généralisation. […] Mais, effectivement, il y a une vigilance sur les journées de lundi et mardi qui vont être très, très chaudes. Je crois qu’il ne faudra pas avoir la main qui tremble : s’il faut fermer, on doit fermer ».
Les journalistes poursuivent : « Beaucoup d’experts disent que la France n’est pas prête à faire face à une telle canicule… ».
La ministre déclare que « notre société est vraiment mieux préparée. En 2003, j’étais médecin à l’hôpital et je me souviens qu’on ne comprenait pas ce qui arrivait. On ne savait pas, par exemple, que certains médicaments combinés avec les hautes températures pouvaient entraîner des symptômes graves, parfois des décès ».
« On a donc beaucoup appris d’un point de vue scientifique et médical. Un grand plan a été décrété, notamment pour que chaque Ehpad compte au moins une pièce rafraîchie. Ces pièces sont aussi ouvertes aux personnes âgées de l’extérieur », indique-t-elle.