Une fausse solution: certains politiques proposent de généraliser la climatisation.

Climatisation : la grande diversion

Alors que la France bouillonne, certains politiques proposent de généraliser la climatisation. Une fausse solution qui cache bien des problèmes et permet de mettre un voile sur les ravages sociaux et écologiques qu’implique l’emballement des températures.

Jade Lindgaard

22 juin 2026 à 18h12 https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/220626/climatisation-la-grande-diversion?utm_source=quotidienne-20260622-204903&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20260622-204903&M_BT=115359655566

22 juin 2026 à 18h12 https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/220626/climatisation-la-grande-diversion?utm_source=quotidienne-20260622-204903&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20260622-204903&M_BT=115359655566

En 2050, le monde respire avec aisance. La température ambiante ne monte pas au-dessus des 25 °C grâce à un dôme géant de fraîcheur construit par les magnats de l’exploration minière sur Mars. Ils ont suivi l’appel d’Elon Musk à fabriquer un système géant de climatisation. Dans le firmament, les extraterrestres survolent une ex-planète bleue devenue grise sous son ciel artificiel. « Ah, ces humains, toujours une nouvelle dinguerie. »

Délirant ? Pas plus que l’idée qu’on va apaiser les souffrances causées par les canicules en climatisant tout et partout. « LA climatisation est LA solution », a déclarévendredi 19 juin le député Rassemblement national (RN) Franck Allisio. Le même jour, Marine Le Pen a réaffirmé devant des journalistes sa volonté d’appliquer un « grand plan clim » si elle était élue présidente de la République. Sur les chaînes d’info en continu, le sujet de la clim a été martelé pendant tout le week-end.

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Mais de quoi parle-t-on ? Du droit à la fraîcheur et à des températures qui ne mettent pas en danger la santé physique et mentale ? Des techniques variées de rafraîchissement des espaces de vie et de travail ? Ou de l’installation bête et méchante d’appareils électriques pour fabriquer du froid chez soi ?

Cette dernière option n’a rien d’indigne en soi : personne ne peut supporter longtemps de vivre dans un logement où la température ne descend pas en dessous de 30 °C. Il serait injuste de reprocher aux personnes subissant de telles conditions de chercher à y échapper. Les logements en béton massivement construits en France depuis le XXe siècle sont incompatibles avec le confort minimal de vie en situation de réchauffement climatique, à moins d’être entièrement rénovés, ce qui est expliqué depuis des décennies par les spécialistes mais si peu mis en œuvre par les gouvernements successifs.

Explosion de la consommation d’électricité

Néanmoins, prétendre régler le problème de l’adaptation aux dérèglements du climat en généralisant la climatisation individuelle est aussi idiot que dangereux. Cela relève de la pensée magique et du simplisme technologique.

D’abord parce qu’il ne sera jamais possible de tout climatiser. Et les rues, les voies ferrées, les étables, les champs où s’échinent les agricultrices et les agriculteurs, les chantiers du BTP ?

Les climatiseurs rudimentaires et bon marché qui se vendent de plus en plus en France refroidissent des habitations en réchauffant l’air des villes.

Par ailleurs, climatiser les passoires énergétiques, c’est garantir une explosion de la consommation d’électricité de celles et ceux qui y habitent, et donc de leur facture. Un vrai-faux cadeau fait aux ménages précaires.

En ville, seules les pompes à chaleur dites réversibles – car elles créent aussi du froid –, quand elles sont efficaces et bien réglées, peuvent soulager la pénibilité des températures extrêmes à l’intérieur du logement sans réchauffer son extérieur. Des appareils coûteux, qui fonctionnent de façon optimale dans des bâtiments qui ne sont pas des passoires énergétiques.

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Résultat : les climatiseurs rudimentaires et bon marché qui se vendent de plus en plus en France refroidissent des habitations en réchauffant l’air des villes, qui réchauffe à son tour les logements, lesquels montent la clim, qui fait remonter la température. Le cercle vicieux de la « maladaptation » tourne à plein. Et pour les naufragé·es des canicules présentes et à venir, c’est la triple peine : avoir trop chaud chez soi, dehors, et consumer son budget en factures d’électricité.

Ne plus construire en béton

Alors pourquoi ce lobbying proclimatisation ? C’est un beau marché émergent en France pour les industriels. C’est une apparente baguette magique pour résoudre d’un coup un problème complexe.

Les spécialistes du climat et de la transition énergétique parlent de maladaptation pour décrire les fausses solutions aux dérèglements du climat : capture et stockage du carbone, mégabassines, voitures électriques comme seule voie de décarbonation des transports, etc.

Le tout-clim est un exemple type de mauvaise argumentation. Il prend la place d’une discussion beaucoup plus urgente car systémique : la création d’un véritable service public de rafraîchissement – comme il faudrait un véritable service public de la rénovation ou du confort thermique.

Car, pour que tout le monde accède à la fraîcheur, il y a des alternatives à la climatisation : les réseaux de frais souterrains en ville, la végétalisation, la débitumisation des espaces qui peuvent le supporter – par exemple les cours d’école –, la généralisation des volets, la peinture réfléchissante sur les toits, la ventilation. Mais aussi l’ouverture gratuite des musées, des salles de concert.

La meilleure manière de rafraîchir un peuple écrasé sous le poids de la canicule, c’est de sauver et de renforcer les services publics.

Réglementer la circulation des voitures pour qu’elles soient le moins nombreuses possible à circuler en ville par fortes chaleurs, compte tenu de leur pouvoir réchauffant ; ne plus construire en béton pour cesser d’enfermer les gens dans de futurs logements qui ont le double inconvénient d’être trop chauds le jour pour leurs occupant·es et de relâcher la nuit encore plus de chaleur dans l’air (c’est le phénomène des îlots de chaleur urbains) ; réduire le temps de travail et décaler les activités aux moments de la journée où le soleil ne tape pas.

La climatisation n’est pas un ennemi démoniaque à combattre. Avec la hausse des températures, elle va devenir nécessaire pour garder vivables des bâtiments conçus pour un autre climat : écoles, administrations, cabinets médicaux, résidences pour personnes vulnérables, salles d’urgence, transports en commun.

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Écoles, universités, administrations, hôpitaux, transports en commun ? Les lieux les plus en souffrance face aux températures extrêmes sont les lieux du service public. Là où se déploient les politiques mises en œuvre par la collectivité au nom de l’intérêt général et de la devise républicaine, « liberté, égalité, fraternité », à laquelle il serait décidément bien utile d’ajouter l’objectif d’habitabilité, comme le proposent le juriste Laurent Neyret et le philosophe Baptiste Morizot.

Ainsi, si les mots ont un sens, et celui de « climatisation » n’en a pas moins que les autres, la meilleure manière de rafraîchir un peuple écrasé sous le poids de la canicule, c’est de sauver et de renforcer les services publics, les lieux de protection, de soin, de solidarité, de prise en charge du collectif.

Et, au passage, on voit bien la limite de la politique du « tout-électrique » et du « tout-nucléaire ». La France a beau être le pays le plus nucléarisé d’Europe, elle est aussi celui dont la capitale est la plus mortelle pour les gens par temps de canicule.

Au bout de cet argumentaire, il y a une bonne nouvelle : une autre climatisation est possible, sans mensonges ni promesses en carton de l’extrême droite.

Jade Lindgaard

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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