Magali Reghezza-Zitt, géographe, membre du Haut conseil pour le climat de 2019 à 2023, et Jean-Baptiste Fressoz, historien des sciences, directeur de recherche au CNRS, sont invités sur France Inter ce lundi.
Publié le lundi 22 juin 2026 à 08:21
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L’invité de 8h20 : le grand entretien
« On est en train de vivre l’une des années les plus froides du reste de notre vie », alerte ce lundi sur France Inter Magali Reghezza-Zitt, géographe et ancienne membre du Haut conseil pour le climat de 2019 à 2023, qui publie Bienvenue en 2055 : Dans un monde neutre en carbone, aux éditions du Seuil. Ce lundi, 49 départements français sont placés en vigilance rouge canicule, et 40 en vigilance orange. Des records de températures ont été relevé localement dimanche, jusqu’à 42,2°C dans le Cher, et la nuit a été exceptionnellement chaude, selon Météo France.
Un événement qualifié d’exceptionnel, « comme en 2019, comme en 2022, comme en 2023, comme en 2024 », énumère la géographe. « Oui, effectivement, on bat des records, et ce n’est pas un scoop, puisque les scientifiques l’annoncent depuis 30 ans. » « Cet événement qu’on appelle historique, il est effectivement historique puisque ni vous ni moi ne l’avons jamais vécu, mais ça va devenir un événement quasi normal en 2050 », prévient la scientifique, qui rappelle la nécessité de freiner le réchauffement climatique. « Tant qu’on rajoute de l’essence dans le moteur du réchauffement climatique, le climat se réchauffe, et plus le climat se réchauffe, plus ces événements vont devenir fréquents, précoces, intenses et longs. »
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« Ce n’est pas un épisode, c’est quelque chose qui s’ouvre et qui n’a pas de fin, estime, de son côté, Jean-Baptiste Fressoz, historien des sciences, directeur de recherche au CNRS, auteur de Sans transition (Seuil). C’est évident, et ça, on le sait depuis plus que 30 ans en vérité, depuis les années 70, on sait exactement ça ».
Des décennies d’alerte de climatologues, de scientifiques du GIEC, pour qui la question était pas de savoir « quand, mais pas de savoir si », souligne Magali Reghezza-Zitt, qui déplore
« Je vous rappelle que sur ce plateau même, certains politiques ont expliqué que le GIEC exagérait », déplore la géographe. En 2023, le député Rassemblement national du Loiret, Thomas Ménagé, estimait que ces experts « ont parfois tendance à exagérer » en reconnaissant que « c’est leur rôle ». « Mais il n’est pas le seul » à tenir ce genre de propose, regrette la maître de conférence.
Un bilan sur la santé « qui risque d’être absolument épouvantable » à la fin de l’été
« Cette canicule, elle m’angoisse aussi parce que », malgré les rapports du Haut conseil pour le climat, dont elle a été membre entre 2019 et 2022, ou encore le rapport de Météo France a sorti en 2025 sur la trajectoire climatique, « les scientifiques continuent de se faire insulter, se font traîner devant les tribunaux, on entend de la désinformation permanente », insiste Magali Reghezza-Zitt.
La géographe s’inquiète aussi « pour les gens qui travaillent, pour les enfants, pour toutes ces victimes, pas simplement de santé physique mais mentale, les gens, par exemple, qui aujourd’hui ne peuvent pas aller se soigner parce que, simplement, aller à l’hôpital pour faire sa chimiothérapie c’est compliqué, il faut penser à tous ces malades, on ne commence qu’à voir aujourd’hui le début d’un bilan qui risque d’être, à la fin de l’été, absolument épouvantable ».
Si le taux de mortalité de cette canicule ne sera connue que plus tard, Jean-Baptiste Fressoz rappelle qu’« en 2003, il y avait eu 15 000 morts, en 2022 il y en avait eu moins de 10 000, parce qu’il y avait eu des efforts d’installation de pièces fraîches dans les EHPAD, etc., donc il n’y aura peut-être pas forcément le même nombre de morts qu’en 2003, par contre c’est quand même catastrophique à tout point de vue ».
La climatisation « une manière d’adapter un bâti », mais « ça consomme de l’énergie »
« La climatisation » dans les logements « va être amenée à se développer », avait annoncé mercredi dernier Vincent Jeanbrun, ministre de la Ville et du Logement, lors de sa présentation de mesures pour faciliter l’adaptation des logements au réchauffement climatique. « La climatisation, c’est un bon exemple où on voit que transition et adaptation, ça ne se rejoint pas forcément », réagit lundi sur France Inter Jean-Baptiste Fressoz.
« Oui, c’est une manière effectivement d’adapter un bâti qui n’était pas fait pour vivre 50 degrés à Paris, après, ça réchauffe l’environnement urbain, ça consomme de l’énergie, ça utilise des substances chimiques qui ne sont pas toutes sympathiques, des fluides frigorigènes fluorés », détaille le directeur de recherche. Il se rapporte à « un rapport récent de l’État qui expliquait que ces fluides frigorigènes sont les premières sources d’émissions de PFAS ».
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L’historien déplore que les politiques, dès les années 80, ont fait « le pari du changement climatique en disant on pourra s’adapter », sans mettre tous les moyens sur la transition dans un premier temps. « Le problème de l’adaptation, c’est qu’aujourd’hui, on met des pansements, lance Magali Reghezza-Zitt. On gère l’urgence, on gère des crises, et pour l’instant on a la chance d’avoir des services de secours qui tiennent, on a la chance d’avoir des hôpitaux qui tiennent, on a la chance d’avoir une solidarité nationale qui fait que ça tient encore ». Mais selon elle, « l’adaptation, ce n’est pas juste de mettre en place des solutions purement réactives, et puis s’adapter à quoi ? Parce que quand on aura 50 degrés en 2050, ça ne sera plus la même limonade ». Au-delà de ça, « tant qu’on fait de l’adaptation sans derrière mettre en place les moyens d’arriver à cette fameuse neutralité carbone, ça ne marche pas », estime la maître de conférences.