L’arbre un allié qui fait baisser la température,

Nathalie Machon, écologue : « On ne survivra pas sans les arbres »

L’intensité de la vague de chaleur s’accroît ce dimanche 21 juin. Si la situation est particulièrement insoutenable en ville, un allié naturel existe, qui fait baisser les températures quand on lui donne plus de place : l’arbre. Mais lui aussi souffre du changement climatique.

Amélie Poinssot

21 juin 2026 à 11h46 https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/210626/nathalie-machon-ecologue-ne-survivra-pas-sans-les-arbres?utm_source=quotidienne-20260621-173006&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-%5BQUOTIDIENNE%5D-quotidienne-20260621-173006&M_BT=115359655566

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L’épisodeL’épisode caniculaire qui frappe actuellement l’Hexagone est « étendu, durable et intense », selon les mots de Météo-France. C’est déjà la deuxième vague de chaleur précoce que le pays traverse depuis le début du printemps. Ce dimanche 21 juin, alors que 35 départements sont en vigilance rouge canicule et 45 autres en vigilance orange, la situation est particulièrement insoutenable en ville, où de nouveaux records de température sont attendus. 

L’environnement urbain n’est pourtant pas condamné à emmagasiner la chaleur et à empêcher le rafraîchissement une fois la nuit tombée. Si elles étaient davantage végétalisées, les villes pourraient contenir ces températures extrêmes. Et apporter bien d’autres bénéfices.


L’extension de la promenade du Paillon, au cœur de Nice, compte plus de 5 000 arbres et arbustes d’espèces méditerranéennes et intègre un système de collecte et de stockage des eaux de pluie. Octobre 2025.  © Photo Syspeo / Sipa

C’est ce que défend la scientifique Nathalie Machon, spécialiste de la biodiversité en ville au Museum d’histoire naturelle de Paris. Coautrice d’un ouvrage récemment paru aux éditions Quæ, Écologie urbaine. Connaissances, enjeux et défis de la biodiversité en ville, elle est également à la tête du programme de sciences participatives « Sauvages de ma rue », qui permet de recueillir des données sur la flore des villes dans la France entière. Entretien.

« Mediapart » : En cette nouvelle vague de chaleur, faut-il considérer l’arbre comme notre meilleur allié ?

Nathalie Machon : Oui, il est notre meilleur allié, même si certaines essences le sont plus que d’autres. Avoir un maximum d’espaces végétalisés dans les villes, mais aussi des arbres sur les toits, fait baisser la température de l’air ambiant. Sur une toiture, 60 à 80 centimètres de terre suffisent pour planter des arbres. Au sol, il faut faire de la place afin que la plante puisse pousser. Si le goudron arrive au ras du tronc, cela ne va pas l’aider.

Des gens hospitalisés dans une chambre avec vue sur un arbre guérissent plus vite que ceux qui ont vue sur un immeuble…

Mais il ne faut pas planter n’importe quoi. Certaines espèces, comme l’ailante, sont invasives : si vous en plantez un, vous en avez dans tout le quartier. D’autres, tel l’eucalyptus, peuvent dégager des composés organiques volatils qui s’ajoutent à la pollution. Il faut des espèces adaptées aux fortes températures, comme celles qui poussent dans les régions méditerranéennes : des chênes verts, des oliviers… Tout en évitant les pins et autres conifères, qui brûlent très facilement en cas d’incendie. On estime qu’un tiers des arbres plantés en ville sont vulnérables et vont avoir des difficultés à survivre, surtout s’ils manquent d’eau.

Les arbres souffrent-ils en période de canicule ?

Les arbres sont plutôt résistants à la chaleur, contrairement aux pelouses, qui peuvent griller très vite. Mais ils souffrent en réalité depuis longtemps du changement climatique. Avec une espérance de vie de plusieurs centaines d’années, ceux qui ont été plantés à Paris avant 1900 ont déjà dû s’adapter à une hausse de 2 °C ! Les petites plantes à la durée de vie plus limitée souffrent moins de ces différences de température.

Peut-on mesurer l’apport des arbres sur la température en ville ? À combien s’élève la différence entre un quartier très bétonné et un quartier arboré ?

C’est très difficile, parce que de nombreux paramètres entrent en jeu. Des mesures ont montré, à partir de détecteurs infrarouges à Paris, qu’à 23 heures, la température sur un toit d’immeuble était supérieure d’environ 10 degrés à celle d’un espace végétalisé.

Lors de la canicule de 2003, c’est dans les rues où il n’y avait pas d’arbres qu’il y a eu le plus de morts.

Les arbres nous rendent des services incroyables. Ils puisent de l’eau, laquelle repart par évapotranspiration à travers le feuillage, ce qui rafraîchit l’air. Cette infiltration rend en outre les sols plus poreux, ce qui est beaucoup mieux pour absorber l’eau de pluie.

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Les arbres absorbent du CO2 et rejettent de l’oxygène : c’est ce qu’il nous faut pour lutter contre le changement climatique ; ils assainissent l’air en absorbant des particules fines et des polluants… Et ils sont beaux, ce qui n’est pas négligeable. Il faut savoir que des gens hospitalisés dans une chambre avec vue sur un arbre guérissent plus vite que ceux qui ont vue sur un immeuble… Des études ont également montré que le taux de cortisol, l’hormone du stress, était plus élevé après une promenade dans un espace dominé par le béton que dans un espace à la végétation diversifiée.

Planter des arbres entraîne certes des coûts et des contraintes importantes. Mais on ne peut pas s’en priver. On ne survivra pas sans les arbres. Les municipalités qui les coupent pour mettre de jeunes pousses à la place mettent leur population en danger. Un arbre met plusieurs dizaines d’années à produire de l’ombre, il ne faut pas dégarnir d’un coup des rues entières sous prétexte que certains sont devenus gênants ou que leurs racines déforment les trottoirs.

Ne convient-il pas, dans ces cas-là, de « débitumer » ?

Tout à fait. Cela se fait de plus en plus dans les cours d’école, et cela aide, par ailleurs, à éviter les inondations.

Mais tout le monde n’a pas d’arbres près de chez lui. Des études statistiques ont montré que lors de la canicule de 2003, c’est dans les rues où il n’y avait pas d’arbres qu’il y a eu le plus de morts. Une recherche scientifiquemenée à Londres a également montré que les arbres urbains permettaient de réduire la mortalité due à la chaleur.

Avec le programme « Biodiversité en ville » mené par le Museum d’histoire naturelle, je travaille précisément sur la question de l’accès aux arbres dans les quartiers prioritaires de Paris, mais aussi sur la différence de perception des espaces verts. Certains habitants préfèrent des jardins très entretenus, avec une pelouse bien tondue… Or, une végétation pas trop gérée nous rend bien plus de services qu’un beau terrain de golf !

Reste donc à multiplier les arbres en ville ?

Ce n’est pas si simple. L’arbre tout seul ne fait pas grand-chose. Il a besoin de manger, il a besoin d’interactions avec d’autres plantes pour résister aux maladies… Ce sont plutôt des écosystèmes qu’il faut favoriser, avec beaucoup d’espèces différentes et beaucoup de liens entre elles, afin de former des tissus solides. Quand on a de tels écosystèmes, si une espèce disparaît, une autre prend le relais : ce sont des milieux plus résilients, malgré les difficultés que pose l’environnement urbain.

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Ce n’est donc pas une essence, mais des mélanges d’essences qu’il faut planter. Si vous ne mettez que du platane dans une même rue, c’est le meilleur moyen pour qu’une maladie se propage et entraîne son dépérissement.

Différents arbres ensemble, c’est un habitat pour les insectes, les oiseaux et toutes sortes de bestioles ; cela permet une régulation des populations entre elles, et cela évite une surpopulation de « nuisibles ». Il y a des animaux qui mangent les guêpes, ce pauvre renard qui mange les rongeurs et dissémine des graines, la chauve-souris qui avale les moustiques… Tous les maillons sont importants, c’est pourquoi le moindre espace urbain doit être végétalisé. L’ensemble de ces coins de verdure contribuera à un écosystème fonctionnel, pour tout le monde, humains et non-humains.

Certaines villes ont-elles, plus que d’autres, intégré la nécessité de cette végétalisation ?

En France, Nantes est la plus en pointe sur ce sujet. Elle décline toutes sortes d’espaces verts partout où c’est possible. Lyon aussi a commencé à se transformer, tout comme Strasbourg, la métropole grenobloise, ainsi que Marseille, même si des zones y restent très urbanisées.

À Paris, environ 100 000 arbres ont été plantés en vingt ans. 14 % de la surface parisienne est aujourd’hui couverte par un arbre. Une proportion qui monte à 20 % si l’on inclut le bois de Vincennes et le bois de Boulogne. Certes, c’est moins que Londres, et très loin de Berlin, qui est une ville très arborée…

Mais aujourd’hui, aucun maire ne peut prétendre qu’on n’a pas besoin d’arbres en ville. Nous le ressentons toutes et tous : nous avons bien de la peine ces jours-ci à traverser une place non végétalisée.

Amélie Poinssot

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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