Les projets photovoltaïques prennent insuffisamment en compte les enjeux de biodiversité
L’Observatoire des ENR et de la biodiversité a partagé ses résultats sur les mesures ERC mises en œuvre par les projets photovoltaïques au sol. Ces mesures sont insuffisantes et 22 % des centrales croisent des aires protégées.
Biodiversité | 18.06.2026 https://www.actu-environnement.com/ae/news/photovoltaique-biodiversite-mesures-erc-aires-protegees-48164.php4#xtor=EPR-50

© KonradSeulement 15 des 100 projets étudiés ont fait une demande de dérogation « espèces protégées » au stade de l’étude d’impact.
LES POINTS À RETENIR
- 22 % des centrales photovoltaïques françaises croisent au moins une aire protégée.
- Les parcs naturels régionaux concentrent 14 % des centrales situées en aires protégées.

« Il est nécessaire d’éviter en priorité des aires protégées lors de la planification d’un projet de centrale photovoltaïque », indique Éva Mériaux, cheffe de projet Énergies renouvelables et biodiversité au sein de Patrinat, centre d’expertise et de données sur la nature.
C’est la conclusion de bon sens à laquelle parvient la scientifique après avoir présenté les résultats de deux études à l’occasion d’un premier webinaire organisé par l’Observatoire des énergies renouvelables (ENR) et de la biodiversité ce mercredi 17 juin. L’une porte sur les bilans des pratiques et des mesures relevant de la séquence Éviter-Réduire-Compenser (ERC) au sein des études d’impact de ces projets.
L’autre sur l’implantation des centrales photovoltaïques (PV) vis-à-vis des aires protégées.
De nombreux projets dans les parcs naturels régionaux
La première de ces études (1) , publiée le 9 juin, a analysé 100 études d’impact, réalisées entre 2016 et 2025, et sélectionnées parmi 537 dossiers disponibles en respectant la distribution proportionnelle par régions (2) . Ces études ont été réalisées par 61 maîtres d’œuvre et 70 bureaux d’études.
Il en ressort un portrait type du projet PV moyen : une durée d’exploitation de 29,5 ans, une puissance de 13,1 mégawatts-crête (MWc), une surface de la zone d’implantation potentielle du projet (ZIP) de 30,8 hectares (ha), une surface clôturée de 14,6 ha et une surface de panneaux de 6,4 ha. D’autres chiffres relatifs à ce portrait type ont été produits : une distance au poste source de raccordement de 6,7 kilomètres, une distance inter-rang de 3,1 mètres, un point le plus haut du parc de 2,8 mètres et le plus bas de 90 centimètres.
La deuxième étude a établi que 295 centrales photovoltaïques sur les 1 339 recensées en France, soit 22 %, croisent des aires protégées. Parmi celles-ci figurent en tête les parcs naturels régionaux (14 % des centrales implantées en aires protégées), suivis par les sites Natura 2000 (10 %). Toutefois, 45 % des aires d’adhésion des parcs nationaux abritent une centrale. La proportion de centrales situées en zones de protection forte est faible, 1 % dans des zones couvertes par un arrêté de protection de biotope.
60 % des projets impactent un habitat d’intérêt communautaire
Selon les résultats de la première étude, le nombre d’habitats naturels recensés par projet va de 1 à 38, avec une moyenne de 11,4 habitats. Les plus fréquents sont les suivants par ordre décroissant : fourrés tempérés, friches, pelouses calcaires, prairies de fauche, boisements mésotrophes et eutrophes, pinèdes méditerranéennes, réseaux routiers, formations à Pteridium aquilinum (fougères), forêts caducifoliées thermophiles. Les régions du sud de la France se caractérisent par une plus grande variété d’habitats.
Nombre de mesures ERC par catégories selon la classification des études d’impacts.© Patinat
Parmi ces cent projets, 60 ont sur leur site au moins un habitat d’intérêt communautaire (HIC). Au total, 170 HIC ont été renseignés dans les projets. Parmi les 21 sites (seulement) pour lesquels une information sur la perte de surface a été produite, quinze sites en perdaient effectivement. « D’où l’importance de renseigner les surfaces d’habitats et les pertes estimées après réalisation du projet ! », pointe Éva Mériaux.
L’analyse des inventaires du milieu naturel réalisés dans le cadre des études d’impact montrent qu’une grande majorité des projets contiennent des informations sur les taxons amphibiens, reptiles, oiseaux, mammifères et insectes. Les mollusques et arachnidés sont en revanche moins bien couverts. Le recensement moyen par site est de 147 espèces floristiques, 44 espèces d’insectes, 41 espèces d’oiseaux, neuf espèces de chiroptères, neuf espèces d’autres mammifères, trois espèces de reptiles et deux d’amphibiens. Quant aux espèces protégées, 60 % des projets indiquent avoir des impacts bruts sur celles-ci, avec 22 espèces protégées par projet en moyenne. « Seulement 15 projets ont fait une demande de dérogation d’espèces protégées au stade de l’étude d’impact », précise la scientifique.
23 % des projets prévoient des mesures de compensation
Quant aux mesures ERC, auxquelles s’ajoutent les mesures d’accompagnement et de suivi pour former la séquence ERCAS, 80 projets avaient au moins une mesure d’évitement, 100 projets une mesure de réduction, 23 projets une mesure de compensation, 82 projets une mesure d’accompagnement, 70 projets une mesure de suivi. Les mesures les plus fréquentes dans les études d’impact sont l’évitement des incidences sur des populations connues d’espèces protégées ou à fort enjeu et/ou de leurs habitats (évitement), l’adaptation de la période de travaux sur l’année (réduction), la création ou la renaturation d’habitats (compensation), la mise en place d’un comité de suivi des mesures (accompagnement) et le suivi écologique post-chantier (suivi).“ La compensation, on ne sait pas très bien faire, au final. ”Alice Baudouin
Sur le plan géographique, « aucune mesure de compensation n’a été recensée pour les projets dans la moitié nord de l’Hexagone », indique Éva Mériaux, la majeure partie étant localisée en région Nouvelle-Aquitaine. Les mesures portaient principalement sur les espèces protégées (65 %), ensuite sur les zones humides (9 %), puis sur les deux (4 %). Elles consistent, par ordre de fréquence, après la création ou la renaturation d’habitats, en la réouverture du milieu par débroussaillage, la mise en place de pratiques de gestion alternatives, le réensemencement de milieux dégradés et la restauration de haies, l’abandon de toute gestion, la création de gîtes artificiels pour la faune, la restauration de ripisylves, la restauration de corridors écologiques, et le changement de pratiques culturales.
« La compensation, on ne sait pas très bien faire, au final, estime toutefois Alice Baudouin, co-gérante de Faunova et spécialiste des chiroptères. L’absence de perte nette est rarement démontrée, certaines fonctionnalités comme celle liée aux ressources alimentaires sont très difficiles à étudier et à compenser, il y a de plus en plus de difficultés à trouver des parcelles, et jardiner la nature ne se révèle pas toujours très pertinent ».
Face aux insuffisances constatées dans les études d’impact sur les surfaces d’habitats naturels touchés par les projets, et sur les inventaires des espèces, Éva Mériaux avance une piste d’amélioration : « Il apparaît nécessaire de croiser les enjeux des sites avec les mesures ERCAS pour mesurer la proportionnalité des mesures proposées ».
1. Consulter l’étude
https://observatoire-energies-renouvelables.biodiversite.gouv.fr/ressources-biblios/analyse-des-mesures-erc-proposees-dans-les-etudes-d-impact-des-projets-photovoltaiques-periode-2016-2025
2. Les projets sont plus nombreux en Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, Provence-Alpes-Côte-d’azur et Auvergne-Rhône-Alpes que dans les autres régions.

Laurent Radisson, journaliste
Rédacteur en Chef de Droit de l’Environnement