Anne Bouverot et David Djaïz : « La souveraineté numérique, ça ne veut pas dire l’indépendance totale »
Publié le jeudi 18 juin 2026 à 08:21 https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-jeudi-18-juin-2026-6940415?at_medium=newsletter&at_campaign=inter_quoti_edito&at_chaine=france_inter&at_date=2026-06-18&at_position=1
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Anne Bouverot, co-présidente du Conseil de l’IA et du numérique, et David Djaïz, essayiste et cofondateur de l’indice de résilience numérique, sur France Inter. ©Radio France
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L’invité de 8h20 : le grand entretien
Anne Bouverot, coprésidente du Conseil de l’IA et du numérique, et David Djaiz, essayiste et cofondateur de l’indice de résilience numérique, analysent les enjeux de souveraineté numérique de la France après le blocage des modèles IA d’Anthropic par Washington.
Avec
- David Djaïz Essayiste et enseignant
- Anne Bouverot Envoyée spéciale du président de la République pour le Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle
« La souveraineté, ça ne veut pas dire l’indépendance totale », estime Anne Bouverot, coprésidente du Conseil de l’IA et du numérique, sur France Inter, jeudi 18 juin, six jours après le blocage d’Anthropic aux étrangers décrété par le gouvernement américain. L’ingénieure, également présidente du conseil d’administration de l’ENS, a été chargée par Emmanuel Macron de l’organisation du sommet de l’IA à Paris en 2025.
« La souveraineté, c’est d’abord la liberté, la réversibilité, la diversité », renchérit David Djaïz, également sur France Inter. Pour l’essayiste et PDG d’Ascend Partners, l’objectif n’est « pas d’essayer de faire forcément des géants comme Amazon au niveau français ou au niveau européen, ça n’a pas énormément de sens, mais c’est d’essayer d’avoir la liberté de construire notre propre modèle ».
À écouter
Souveraineté numérique : la classe politique française réagit au blocage d’Anthropic
« On va continuer à travailler avec ces géants de la technologie américaine et avec bien d’autres entreprises », mais « il faut qu’on ait une stratégie de comment est-ce qu’on veut se positionner, il faut qu’on ait plus de capacité, il faut qu’on ait plus de Mistral, d’OVH, de Scaleway, il faut qu’on passe les contrats avec ces entreprises pour les aider à se développer », affirme Anne Bouverot. Elle appelle aussi à travailler « avec nos partenaires, les Canadiens, les Allemands, d’autres Européens, pour développer des capacités qu’on n’arriverait pas à développer tout seul pour concurrencer ces géants américains ».
« Un signal très fort »
La décision du gouvernement américain quant à Anthropic est « un signal très fort qu’il faut qu’on interprète comme un appel à agir » pour « que les Européens, les Canadiens travaillent ensemble sur ces sujets », estime Anne Bouverot. Pour David Djaïz, cet événement montre qu‘il « faut qu’on reprenne en partie le contrôle de nos infrastructures ».
L’essayiste rappelle que « depuis la fin des années 2000, on est extrêmement dépendant pour le stockage de nos données » de trois entreprises américaines : Amazon, Google et Microsoft. D’après une étude de la Cigref, « chaque année, il y a 265 milliards d’euros qui quittent les poches des entreprises européennes pour aller vers ces géants », souligne-t-il. « Il y a une urgence absolument vitale à reprendre le contrôle parce que sinon, d’ici cinq ans, c’est rien de moins que 8 à 10% de la richesse européenne qui partira en rente d’infrastructures pour les grandes sociétés technologiques américaines », affirme-t-il.