« Une bombe sanitaire » : la chaleur tue chaque année plus de 5 000 personnes en France, selon une étude d’Oxfam
Alors que nous connaissons le deuxième épisode de forte chaleur de 2026, Oxfam publie jeudi son rapport « Santé et climat, la fièvre monte ». L’ONG compile rapports et travaux scientifiques pour documenter sur 70 pages les effets déjà forts du réchauffement climatique sur notre santé.
Par Rémi Brancato • Publié le jeudi 18 juin 2026 à 07:44

La canicule provoque un afflux de patients souffrant de la chaleur dans les hôpitaux. ©Maxppp – Guillaume Bonnaud
La chaleur provoque désormais 5 398 décès chaque année en France, alerte jeudi 18 juin une étude d’Oxfam consacrée à l’impact du changement climatique sur la santé, consultée par France Inter. Alors que la France vient de connaître la vague de chaleur la plus précoce de son histoire, la répétition des épisodes caniculaires est « une bombe sanitaire passée sous les radars du gouvernement », alerte l’ONG.
Contrairement aux idées reçues, les effets de ces épisodes caniculaires ne se limitent pas à la déshydratation des personnes âgées. Selon le rapport, la chaleur augmente de 7% le risque de décès par infarctus, dont les femmes meurent deux fois plus, lors des 1% des journées les plus chaudes de l’année. Les canicules de plus de sept jours augmentent de 70% le risque d’insuffisance rénale aiguë.
« Il y a urgence à agir »
La canicule de mai dernier a provoqué davantage de coups de chaleur chez les enfants et les 15-44 ans, selon Santé publique France. Pour Cécile Duflot, la directrice générale d’Oxfam France, les politiques publiques françaises sont inadaptées. « La prévention sur les personnes âgées a plutôt bien progressé, mais on a laissé de côté les moins de 45 ans qui ont été plus victimes lors de cette vague de chaleur », dénonce-t-elle. « Des enfants, des adolescents peuvent par exemple avoir des activités sportives intenses et être victimes de coups de chaleur. Il s’agit d’une urgence vitale », alerte Cécile Duflot. « On a un plan grand froid, mais on n’a pas de plan grand chaud global », poursuit-elle avant de conclure : « On n’est pas prêts. »
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Canicule : la Fondation pour le Logement fustige les « mesurettes » du gouvernement sur l’adaptation des logements
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Selon Oxfam, le réchauffement climatique aggrave également les inégalités. À l’été 2025, la chaleur a été 31% plus meurtrière dans les 10 départements les plus pauvres de l’Hexagone et de Corse que dans les 10 départements les plus riches. Le risque de surexposition aux fortes chaleurs est dix fois moins important pour les habitant.es des 20% des quartiers urbains les plus favorisés. « Il y a urgence à agir », insiste Robin Ehl, chargé de campagne et de plaidoyer d’Oxfam France, qui appelle à accélérer la rénovation des logements. « Quand on rénove une seule passoire thermique, on peut économiser 400 euros de frais de santé par an », explique-t-il.
La fragilité du système de santé
Le rapport pointe également la fragilité du système de santé face au réchauffement climatique. 37% des hôpitaux (Hexagone et Corse) sont situés dans des zones inondables, rapporte Oxfam. « Continuer à demander des économies à l’hôpital alors que les besoins augmentent est irresponsable et dangereux pour la sécurité des personnes », assure Robin Ehl.
Face à cette triple crise, climatique, sanitaire et sociale, Oxfam a calculé que 17 mois de bénéfices de TotalEnergies suffiraient pour couvrir l’ensemble des investissements nécessaires à l’adaptation du secteur jusqu’en 2050. « La crise climatique et la crise du système de santé s’ajoutent l’une à l’autre et conduisent à la catastrophe si rien n’est fait », écrit Oxfam.
Climat : la France cuit, et le gouvernement se félicite

La France connait pour la seconde fois avant l’été de très fortes chaleurs. – © Thibaut Durand / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Par Hortense Chauvin
18 juin 2026 à 09h28Mis à jour le 19 juin 2026 à 10h23 https://reporterre.net/Climat-la-France-cuit-et-le-gouvernement-se-felicite-des-maigres-avancees
En pleine vague de chaleur, le ministère de la Transition écologique s’est félicité, le 17 juin, de l’avancée de son plan d’adaptation au changement climatique. Une stratégie mal financée et largement insuffisante, rétorquent les associatifs.
Dans le contexte, l’exercice d’autocongratulation pouvait sembler légèrement décalé, voire inopportun. Alors que le pays cuit, pour la seconde fois en moins d’un mois, sous des températures dantesques, le ministère de la Transition écologique a présenté à la presse, le 17 juin, un premier bilan de son plan national d’adaptation au changement climatique (Pnacc), adopté en mars 2025.
Dans un salon doré de l’hôtel de Roquelaure, à Paris, préservé de la chaleur étouffante de la ville et donnant sur un luxuriant jardin, Monique Barbut et son cabinet se sont félicités de l’avancée de ce plan « ambitieux sur son ampleur, mais aussi sur sa cohérence ». Il aurait, en un an et quelques, déjà changé « concrètement la vie des gens, des entreprises et des collectivités ».
Lire aussi : « Le nombre de jours de vagues de chaleur sera multiplié par dix à l’horizon 2100 »
Parmi ses motifs de fierté, le ministère a cité l’introduction par décret dans le Code de l’environnement, en janvier, de la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (Tracc). Ce scénario de référence, établi à partir des politiques climatiques actuelles des États, projette un réchauffement de +4 °C de la France hexagonale d’ici la fin du siècle. Son inscription dans le Code de l’environnement devrait permettre « d’intégrer » le « réflexe » de l’adaptation dans « tous les champs de l’action publique ».
Le ministère s’est également réjoui de l’adoption de nouveaux textes réglementaires, notamment d’un décret obligeant les employeurs à aménager les postes de leurs salariés en cas de fortes chaleurs.
Le ministre de la Ville et du Logement, Vincent Jeanbrun, a aussi annoncé quelques mesures [1], notamment la baisse de 5,5 % de la TVA pour les pompes à chaleur réversibles, et l’intégration systématiquement du « confort d’été » dans les projets de rénovation des quartiers prioritaires.
Surtout, a insisté le ministère de la Transition écologique, 85 % des actions listées dans le plan national d’adaptation au changement climatique sont depuis mars 2025 « engagées », c’est-à-dire réalisées ou en cours de réalisation. « 85 %, c’est encourageant comme chiffre », veut croire le cabinet de Monique Barbut.
Un chiffre « trompeur »
Y a-t-il de quoi s’enorgueillir ? Non, tranchent des associatifs. Ce pourcentage ne signifie pas que la France est bien préparée au changement climatique, ou même en voie de l’être. La majorité des mesures prévues dans le plan sont « de petites actions à réaliser par l’administration, et ne sont pas du tout à la hauteur des enjeux, pointe Robin Ehl, chargé de campagne et de plaidoyer pour Oxfam France. Il s’agit souvent d’organiser des réunions, de créer des groupes de travail ou de préparer des rapports ».
« Même si toutes les mesures du plan étaient appliquées et bien appliquées, elles seraient insuffisantes pour faire face aux conséquences du changement climatique », abonde Elsa Ingrand, chargée de campagne chez Notre affaire à tous.
Les 85 % suggèrent que « l’État agit, alors qu’il analyse juste les problèmes »
En ce qui concerne l’approvisionnement en eau potable des départements et territoires d’outre-mer, l’action imaginée par le gouvernement consiste par exemple à lancer une étude de vulnérabilité. Cette case de la « to-do list »environnementale du gouvernement pourra être cochée à la publication de l’étude, en 2027. « Mais est-ce qu’on aura vraiment garanti l’accès à l’eau de ces territoires ? Pas du tout », pointe Robin Ehl.
Idem pour l’adaptation des hôpitaux à la chaleur : le Pnacc propose de saisir le Haut Conseil de la santé publique afin de réaliser une analyse des risques pour la santé humaine liée aux conséquences du changement climatique. « Est-ce que ça va aider les soignants qui suffoquent sur leur lieu de travail ? Est-ce que ça va soulager les malades ? Pas dans l’immédiat », poursuit Robin Ehl.
Le pourcentage de « 85 % de mesures engagées » mis en avant par le gouvernement est selon lui « trompeur » : « Il suggère que l’État agit, alors qu’il analyse juste les problèmes. » Et pendant ce temps, « les retards s’accumulent ».
Pour Monique Barbut, « on ne peut pas aller plus vite que la musique »
« On a besoin d’études pour avoir une meilleure connaissance de l’impact du réchauffement climatique sur les territoires français, reconnaît Adeline Paradeise, juriste chargée de contentieux et de plaidoyer chez Notre affaire à tous. Mais on a aussi besoin d’actions. » Rénovation généralisée des bâtiments, mise à disposition des bâtiments climatisés ou naturellement frais (comme les églises) aux personnes mal logées, installation de volets occultants… « Les solutions existent déjà, mais les pouvoirs publics décident de ne pas s’en emparer. »
Le plan du ministère risque par ailleurs de se heurter à l’assèchement des budgets destinés à l’adaptation au changement climatique, en particulier du Fonds vert. Créé en 2023, ce mécanisme, qui soutient les collectivités territoriales dans leurs investissements au service de la transition écologique, est l’une des charpentes du Pnacc. En deux ans, son enveloppe a fondu de deux tiers, passant de 2,4 milliards d’euros en 2024 à 837 millions d’euros en 2026. Des coupes budgétaires annoncées en juin pourraient à nouveau retrancher 162,5 millions d’euros à ce dispositif.
Nombre de rapports jugent les investissements du pays « très insuffisants »
En rognant sur le budget de l’adaptation, le gouvernement joue un jeu dangereux. Dans un avis de 2025, le Haut Conseil pour le climat jugeait les investissements du pays « très insuffisants », et rappelait que les différer entraînerait « une augmentation des coûts à long terme ». Une analyse confirmée par des rapports de l’Assemblée nationale, du Sénat, du Programme des Nations unies pour l’environnement, de la Banque mondiale et de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).
« Il faut changer de paradigme, et voir ces financements comme un investissement sur le long terme », insiste Elsa Ingrand. D’après une étude publiée en 2023 dans la revue Nature Climate Change, chaque euro investi dans la prévention des inondations permettrait par exemple d’éviter 4 euros de dommages.
Interrogée sur l’écart entre l’intensification rapide du changement climatique et la lenteur avec laquelle le pays s’y adapte, Monique Barbut a répondu qu’« on ne [pouvait] pas aller plus vite que la musique ». La France, défend-elle, est l’un des premiers pays à s’être saisi de la question. « Ça ne veut pas dire qu’on a tout fait, je suis d’accord. » Il suffisait de mettre le nez dehors, en cette après-midi suffocante de juin, pour s’en rendre compte.
« Le nombre de jours de vagues de chaleur sera multiplié par dix à l’horizon 2100 »
17 juin 2026 à 07h00Mis à jour le 18 juin 2026 à 16h51 https://reporterre.net/Valerie-Masson-Delmotte-Le-depassement-de-40-oC-autrefois-rarissime-est-en-train-de
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Des travailleurs sur un chantier à Nantes, le 26 mai 2026, alors que la ville bat des records de chaleur. – © Loïc Venance / AFP
Face à des canicules toujours plus précoces, Valérie Masson-Delmotte critique un « déni de responsabilité » de la part des politiques et s’inquiète d’une « trumpisation » en France, entre coupes budgétaires et licenciement de scientifiques.
Les prochains jours s’annoncent suffocants. Le 17 juin, 24 départements ont été placés en vigilance jaune canicule par Météo-France, à l’approche de ce qui se dessine comme la toute première vague de chaleur de l’année 2026. Et sa précocité, au même titre que le coup de chaud observé en mai, interroge. Jusqu’à présent, l’Hexagone n’avait connu que quatre vagues de chaleur à cette période de l’année. C’était en 2005, 2017, en 2022 et en 2025. Autrement dit, toutes des années récentes.
Faut-il y voir le signe d’un emballement du changement climatique ? À quoi ressembleront les étés d’ici 2100, si la trajectoire actuelle se poursuit ? Et les politiques à la manœuvre en France sont-elles à la hauteur des enjeux que posent ces canicules ? La paléoclimatologue de renommée internationale et membre du Haut Conseil pour le Climat, Valérie Masson-Delmotte, répond à Reporterre.
Reporterre — Quinze jours à peine après l’épisode de chaleur de mai, inédit par sa précocité, les températures s’envolent à nouveau. Des pics à 40 °C sont attendus dimanche dans l’Hexagone. Est-ce historique, ou simplement une « nouvelle normalité » ?
Valérie Masson-Delmotte — Deux épisodes de chaleur si tôt dans la saison, c’est exceptionnel. Exceptionnel, et en même temps attendu. Bien sûr, il y a une part de hasard dans la formation ou non d’un dôme de chaleur en fonction de la circulation atmosphérique. Toutefois, une des conséquences directes d’un climat qui se réchauffe, c’est l’augmentation de la fréquence et de l’intensité de ces phénomènes. Des configurations météorologiques tout à fait banales peuvent donner lieu à des événements exceptionnels.
Ces épisodes peuvent-ils être le signe d’un emballement du réchauffement climatique ?
Non, personnellement, je n’utilise jamais ce terme. Car, pour l’instant, ce que l’on observe au niveau planétaire est cohérent avec les projections climatiques antérieures. Beaucoup de personnes l’utilisent non pas au regard de l’état du climat, mais par rapport à l’expérience vécue des événements extrêmes toujours plus fréquents et intenses. En France, notamment, le réchauffement est beaucoup plus prononcé en été qu’il ne l’est sur la moyenne annuelle. Le fait d’affronter plus souvent des températures dépassant 30, 35, voire 40 °C donne un sentiment d’emballement alors que c’est juste la fréquence de l’apparition de ces extrêmes qui augmente.
D’autant que des effets amplificateurs se greffent aux vagues de chaleur successives. Les dômes de chaleur conduisent non seulement à un réchauffement de l’air, mais aussi à l’assèchement très rapide des sols. En temps normal, les sols sont remplis d’humidité et peuvent évaporer ou transpirer pour limiter le réchauffement de surface. Là, ce facteur limitant disparaît.
« Les dômes de chaleur conduisent à un réchauffement de l’air, mais aussi à l’assèchement très rapide des sols »
Même chose avec les vagues de chaleur marines, en Méditerranée, dans le golfe de Gascogne et parfois même dans la Manche. Pour peu qu’elles persistent, elles nous privent de l’effet rafraîchissant de l’eau de mer lié à la circulation de la brise. Résultat : la nuit, les températures baissent beaucoup moins que d’ordinaire. C’est ce que l’on appelle les nuits tropicales. L’été dernier, on en avait observées un nombre impressionnant du côté de Nice.
Si la trajectoire actuelle se maintient, la France pourrait connaître un réchauffement à 4 °C à la fin du siècle. À quoi ressembleront les mois de juin à ce moment-là ?
À l’horizon 2100, le nombre de jours de vagues de chaleur sera multiplié par dix. Et ce, sur une saison qui s’élargira plus tôt au printemps et plus tard en automne. C’est vraiment une augmentation extrêmement forte de l’occurrence de ces événements chauds.
Je ne peux pas vous décrire à quoi ressemblera le mois de juin en 2100, mais globalement, il faut s’imaginer des sols secs deux mois de plus dans l’année, beaucoup moins d’enneigement en montagne, des glaciers en recul massif, des risques de feux de forêt beaucoup plus élevés sur l’ensemble du territoire, une augmentation des précipitations très intenses, et une montée du niveau de la mer dépassant potentiellement 60 centimètres. En d’autres termes, les extrêmes seront dopés.
« La pire configuration possible pourrait conduire une ville comme Paris à atteindre 50 °C »
Dès 2050, si le réchauffement planétaire atteint 2 °C, la pire configuration possible pourrait conduire une ville comme Paris à atteindre 50 °C. En comparaison, le record de température en France a été enregistré en 2019, près de Montpellier, et s’élève à 46 °C. En région parisienne, il avoisine 42 °C. Le dépassement de 40 °C, autrefois rarissime, est en train de devenir fréquent.
Comment éviter ce scénario ?
La réduction des émissions de gaz à effet de serre, notamment liées à la combustion des énergies fossiles, est cruciale. Si l’on atteint un pic et que l’on engage une baisse nette au niveau mondial, on pourra en observer les effets positifs en une vingtaine d’années seulement. En revanche, tant que ce ne sera pas le cas, le climat continuera d’accumuler de la chaleur et les extrêmes poursuivront leur intensification sur terre comme en mer.
En septembre, vous disiez à Reporterre : « L’été 2025 nous montre à quel point nous ne sommes pas prêts pour faire face au dérèglement climatique. » Vous critiquiez notamment la stratégie du gouvernement, se cantonnant à de la gestion de crise. Neuf mois plus tard, votre opinion a-t-elle changé ?
La planification et la déclinaison du plan national d’adaptation au changement climatique ont un peu avancé depuis. Seulement, ça ne suffit pas. Des points m’inquiètent réellement. Au moment des alertes canicules du mois de mai, le gouvernement a empêché le lancement de la campagne de prévention sur les risques liés à la chaleur. Elle était pourtant prête. C’est très préoccupant.
« L’égalité des chances est sapée par les conditions de repos dont dispose chaque élève chez lui »
Dans les écoles, des aménagements — aussi simples que des volets ou des ventilateurs — manquent à l’appel pour limiter les conditions dégradées dans les salles de classe exposées au sud avec des baies vitrées. C’est révélateur d’un manque de préparation.
Encore une fois, le gouvernement a réagi à la dernière minute. En mai, des lycéens ont passé leur bac professionnel sous des températures insupportables. Et les épreuves orales du bac général devraient aussi se dérouler — y compris en après-midi — à partir de lundi. L’égalité des chances est sapée par les conditions de repos dont dispose chaque élève chez lui. Sans parler des enseignants et de tout le personnel de ces établissements bien densément peuplés qui, eux aussi, souffrent de ces conditions.
Alors oui, certaines choses ont évolué… mais pas du tout suffisamment. Il n’y a pas de prise de conscience assez claire que ces événements records seront sûrement dans quelques dizaines d’années des événements jugés frais. Nos infrastructures, notre aménagement du territoire, notre organisation de société… Tout ça a été pensé pour un climat qui n’existe plus.
Prenons par exemple les normes thermiques pour le confort des logements. La référence, encore en vigueur, est la canicule de 2003. Certes, elle était exceptionnelle en intensité comme en durée, mais elle s’est produite au cœur du mois d’août. On parle là d’un record datant d’il y a plus de vingt ans.
Cette canicule n’est pas représentative des vagues de chaleur des vingt à trente prochaines années, c’est-à-dire l’échelle de temps associée à la rénovation ou à la construction d’un bâtiment. Intégrer dans notre système de pensée les vagues de chaleur d’une France à +4 °C, ça pose des questions beaucoup plus vives que de simplement se dire qu’on tire les leçons de 2003.
Vous parlez d’ailleurs parfois de « déni collectif » sur ces questions-là.
Oui. Certaines personnes ont pris conscience des risques liés à la chaleur. Notamment les personnes âgées, fragiles ou les femmes enceintes, pour qui la canicule rime souvent avec enfermement. En revanche, on a encore tendance à sous-estimer nos vulnérabilités face à la crise climatique. Quand survient un événement auquel on n’est pas prêt, et qu’il révèle notre inadaptation et engendre des pertes en termes de qualité de vie ou de production agricole, une sorte de déni collectif se met en place. Une fois l’épisode terminé, on se dit que l’essentiel de l’activité peut continuer. On promet de se préparer un peu mieux pour le prochain, mais en fin de compte, on repart comme avant.
« Ce déni collectif est notamment à l’œuvre du côté des responsables politiques et des médias »
Ce déni collectif est notamment à l’œuvre du côté des responsables politiques. Le gouvernement est sur le pont le temps de l’épisode, il fait de la gestion de crise, sans qu’aucun changement structurel ne soit mis en place. Il est aussi à l’œuvre dans les médias. En mai, les journaux et les télés ont parlé des décès liés à une activité sportive, au travail d’un homme dans le bâtiment ou aux noyades. Et effectivement, c’est choquant.
Mais presque personne ne parle de la surmortalité des personnes fragiles, âgées. Quelque 5 700 décès liés aux chaleurs extrêmes ont été enregistrés l’été dernier. Trois quarts d’entre eux concernent des personnes de plus de 75 ans, avec une majorité de femmes âgées. Et pourtant, on n’a jamais un visage, jamais un portrait. Comme si on voulait les rendre invisibles.
À quelques mois de l’élection présidentielle, l’influence croissante de l’extrême droite sur le déni de ces événements extrêmes vous inquiète-t-elle ?
Dans les déclarations de campagne qu’on entend foisonner, je n’entends presque pas de propositions abordant l’adaptation au changement climatique. Au contraire, on assiste plutôt à une surenchère pour essayer de déconstruire, détricoter le droit de l’environnement. Cela m’inquiète profondément. J’ai peur que l’on sombre dans une forme de « trumpisation », avec un déni complet intégrant des censures, des coupes budgétaires, des licenciements de scientifiques, des destructions de systèmes d’observation.
« Plus on tergiverse, moins on se prépare, et plus complexe sera la capacité à y faire face »
À ma connaissance, les différentes personnalités politiques françaises s’accordent toutes à dire que, oui, il y a un changement climatique dû aux activités humaines. En revanche, il y a souvent un silence assez profond, notamment de l’extrême droite, sur la manière d’y faire face. Foisonnent plutôt des propositions visant à maintenir le statu quo, à mettre des petits pansements par-ci par-là pour maintenir le système tel qu’il est, le plus longtemps possible. Il ne s’agit plus du déni brutal sur la réalité du réchauffement climatique, que l’on pouvait observer il y a quelque temps encore. En revanche, c’est un déni de responsabilité, de devoir à agir.
Ces vagues de chaleur répétées sont la réalité du changement climatique qui se rappelle à nous. Même si l’on construit un déni, même si l’on a des visions idéologiques qui ne l’intègrent pas, cette réalité se rappelle à nous. Plus on tergiverse, moins on se prépare, et plus complexe sera la capacité à y faire face.
Face aux vagues de chaleur, « notre système de santé n’est pas prêt »

Par Gaspard d’Allens et Clarisse Albertini (infographie)
18 juin 2026 à 00h05Mis à jour le 19 juin 2026 à 08h00 https://reporterre.net/Les-vagues-de-chaleur-une-hecatombe-sanitaire-grandissante
Les fortes températures, de plus en plus précoces, provoquent chaque année 5 398 décès en France, selon Oxfam. Elles affectent en priorité les personnes précaires, âgées et les femmes.
C’était il y a à peine quelques semaines, quand nous subissions le premier coup de chaleur d’un été qui s’annonçait déjà suffocant. Un journaliste de RMC nous enjoignait à arrêter de pleurnicher. « Tu mets un t-shirt, t’arrêtes de chouiner et basta ! » Et d’ajouter : « L’actualité “il fait chaud” dès qu’on dépasse 30 °C, ça suffit ! J’entends parler de sécurité. Mais sécurité de quoi ? »
Pour trouver des réponses à ses interrogations, sans aucun doute légitimes, nous lui conseillons vivement de lire le copieux rapport d’Oxfam « Santé et climat : la fièvre monte, quand le réchauffement climatique menace notre santé », publié le 18 juin.
« Une hécatombe sanitaire grandissante »
Les chiffres inédits de l’étude donnent à voir la catastrophe sanitaire qu’entraînent les températures caniculaires. Et surtout, ces données pointent, de façon implacable, l’inégalité sociale provoquée par le réchauffement climatique. « Notre système de santé n’est nullement prêt à répondre à cette hécatombe sanitaire grandissante », alerte l’ONG.
5 398 décès chaque année
Chaque année, la chaleur provoque 5 398 décès en France, en moyenne. Les fortes températures aggravent le risque d’accident vasculaire cérébral (AVC) et les maladies cardiovasculaires. Elles sont dangereuses pour la santé du cœur, elles compliquent les grossesses, multiplient les symptômes des maladies chroniques, accroissent la perte de sommeil, renforcent les syndromes d’anxiété et malmènent aussi notre santé mentale.

À titre d’exemple, pour chaque augmentation de la température de 1 °C, les risques d’AVC augmentent de 3,8 %. Le risque de mourir d’un infarctus du myocarde est aussi 7 % plus élevé lors des 1 % des journées les plus chaudes de l’année. Les principales victimes ? D’abord et avant tout les femmes, souvent mal diagnostiquées et mal soignées, d’autant plus dans les périodes de canicules où les services de santé peuvent être saturés.
La surexposition des personnes précaires
Rien qu’au cours de l’été 2025, 13 095 personnes souffrant d’une hyperthermie, d’une déshydratation ou d’une hyponatrémie (une diminution du sodium) ont dû être hospitalisées. Les populations les plus précaires et les plus vulnérables, déjà touchées par un système de soins défaillant, sont, là aussi, les premières concernées. À l’été 2025, la mortalité liée à la chaleur a été 31 % plus élevée dans les 10 départements les plus pauvres que dans les 10 départements les plus riches.
Une « triple peine » touche violemment ces populations précaires, rapporte l’étude d’Oxfam. « Elles sont surexposées aux risques climatiques, elles ont un état de santé dégradé et une inégale capacité à se protéger par rapport aux autres. »
Une « triple peine » pour les populations précaires
Le risque d’une surexposition aux fortes chaleurs est ainsi dix fois moins important pour les habitantes et habitants des 20 % des quartiers urbains les plus favorisés par rapport aux 20 % des quartiers les plus défavorisés. En cause ? Le déficit de végétalisation, les logements mal isolés, le manque de lieux de baignade et d’îlots de fraîcheur, etc.
Les personnes précaires sont aussi les plus mal en point et donc les plus fragiles face aux aléas climatiques, comme le rapporte Noémie Letellier, chargée de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), citée dans le rapport. « Globalement, plus le revenu d’une personne est élevé, plus elle a de chances d’être en bonne santé. Inversement, une personne défavorisée a plus de risque d’être en mauvaise santé, ce qui rend les conséquences du changement climatique plus dangereuses. C’est l’une des raisons pour lesquelles le changement climatique reproduit et aggrave les inégalités sociales de santé », explique la chercheuse.
Un hôpital en surcharge
Oxfam insiste sur le fait que le réchauffement climatique vient mettre en difficulté un système de santé déjà « dégradé ». « Il augmente les besoins de soin alors qu’un quart des lits d’hôpital a été supprimé depuis les années 2000. » Aujourd’hui, 59,5 % des bâtiments hospitaliers sont vétustes et le manque de personnel et d’investissements est aussi criant. « La crise climatique et la crise du système de santé, dont l’hôpital public, s’ajoutent l’une à l’autre et conduisent tout droit vers la catastrophe, si rien n’est fait », alerte Oxfam.
Car, au-delà des vagues de chaleur, le changement climatique a aussi d’autres conséquences dramatiques sur la santé, comme les incendies. En 2022, l’année des mégafeux dans les Landes, les feux de forêt ont émis quatre fois plus de particules fines que tous les poids lourds dans l’Hexagone et en Corse. « En fin de compte, les fumées des feux de forêt sont responsables de 2 830 décès par an en France », constate Oxfam.
Il en va de même pour certaines maladies vectorielles comme le chikungunya. En raison notamment du réchauffement climatique, « le moustique tigre qui n’était présent que dans un seul département de l’Hexagone en 2004 en a depuis colonisé 79 ». La France est particulièrement touchée. En 2025, on a compté plus de personnes infectées en Corse et dans l’Hexagone que dans toute l’Union européenne en dix ans, selon l’ONG.
Faire payer les pollueurs
Pour pallier cette situation qui renforce les inégalités de notre société, Oxfam a une solution toute trouvée. Un crédo qu’elle rappelle rapport après rapport : faire payer les pollueurs, taxer les grandes firmes et les ultrariches.
« 0,1 % des personnes les plus riches au monde émet en une journée ce qu’une personne des 50 % les plus pauvres émet en une année. 308 millionnaires émettent autant de gaz à effet de serre que 118 pays », souligne l’ONG. Bien à l’abri, ces ultrariches ne souffrent pourtant pas des conséquences sanitaires du réchauffement climatique.
« 17 mois des bénéfices de TotalEnergies suffiraient »
« Pour financer certaines actions d’adaptation de la santé au changement climatique, dont le coût pour la France a été évalué à 853 millions d’euros par an, des sources de financement existent, martèle Oxfam en pointant les récents profits de TotalEnergies. À l’heure où les conséquences du changement climatique sur la santé se démultiplient, 17 mois des bénéfices de TotalEnergies suffiraient pour financer les actions d’adaptation de la santé jusqu’en 2050. »
Accélération du changement climatique : l’hypothèse qui inquiète les scientifiques

Des tournesols brûlés sous 43 °C aux abords de Puy-Saint-Martin (Drôme), le 22 août 2023. – © Jeff Pachoud / AFP
Par Vincent Lucchese
12 juin 2026 à 15h05Mis à jour le 13 juin 2026 à 07h10 https://reporterre.net/Acceleration-du-changement-climatique-l-hypothese-qui-inquiete-les-scientifiques
C’est un indicateur climatique peu connu, et il part en vrille. Son nom : le déséquilibre énergétique de la Terre. Sa conséquence : il pourrait accélérer le réchauffement climatique bien au-delà de nos prévisions.
Le réchauffement climatique risque-t-il de s’accélérer bien au-delà de nos prévisions ? La question, éminemment complexe, agite de plus en plus la communauté des climatologues. Au cœur de leurs préoccupations, on trouve un indicateur climatique moins connu que la température ou la concentration de CO2 : le déséquilibre énergétique de la Terre (abrégé EEI, pour Earth’s Energy Imbalance).
Cette notion permet d’appréhender le système climatique dans son ensemble en mesurant la différence entre l’énergie qui entre sur la planète (via le rayonnement solaire) et l’énergie qui en sort (via le réfléchissement des rayons du soleil ou l’émissions de rayonnement infrarouge par la Terre). S’il sort moins d’énergie qu’il en entre, par exemple parce qu’on émet des gaz à effet de serre qui en piègent une partie, l’excédent d’énergie, converti en chaleur, réchauffe le système.
Un excédent d’énergie imprévu par les modèles
Problème : cet EEI, estimé par observation satellitaire et mesuré en watts par mètre carré (W/m²) s’accroît plus vite que l’on ne s’y attendait. Il aurait doublé en vingt ans, d’après une étude publiée en 2025, passant d’environ 0,6 W/m² à 1,3 W/m² ces dernières années. « La chaleur s’accumule désormais deux fois plus vite qu’il y a vingt ans », résument les auteurs de l’étude, qui s’inquiètent que ce déséquilibre soit aujourd’hui « beaucoup plus important que ce que les modèles climatiques estimaient ».
« Aucun modèle actuel ne reproduit ces observations, la théorie ne reproduit pas ce qui se passe », insiste auprès de Reporterre Benoit Meyssignac, chercheur au Laboratoire d’études en géophysique et océanographie spatiales (Legos) de Toulouse et coauteur de l’étude. Début juin, il coorganisait un workshop réunissant de nombreux scientifiques internationaux à Pasadena, en Californie, pour se pencher spécifiquement sur les mystères de l’EEI.
L’accélération de l’EEI « a pris la communauté scientifique par surprise »
Le sujet est pris très au sérieux par les climatologues : en mars, déjà, 44 d’entre eux s’étaient réuni au château de Ringberg, en Allemagne, à l’invitation de l’Institut Max-Planck de météorologie. Avec l’objectif de comprendre cette accélération de l’EEI « qui a pris la communauté scientifique par surprise », avoue ledit institut.
La crainte d’une sensibilité climatique sous-estimée
Deux types de suspects sont envisagés pour expliquer ce surplus d’accumulation d’énergie dans le système Terre : soit des perturbations liées aux activités humaines (comme les émissions de CO2), soit la réponse du climat lui-même à ces perturbations.
Cette seconde hypothèse serait particulièrement préoccupante, car elle pourrait signifier que l’on a sous-estimé ce qu’on appelle la sensibilité climatique. C’est-à-dire le degré de réchauffement global attendu pour une concentration donnée de CO2 dans l’atmosphère. En clair : lorsque l’on dit que notre trajectoire actuelle d’émissions nous mène à un réchauffement catastrophique de 2,8 °C d’ici 2100, cette même trajectoire d’émission de carbone pourrait en réalité provoquer un réchauffement plus important.
Le Giec estime aujourd’hui qu’un doublement de la concentration de CO2 par rapport à l’ère préindustrielle mènerait à environ 3 °C de réchauffement, mais la fourchette « probable » va de 2,5 à 4 °C. Pour atteindre un degré de confiance « très probable », la fourchette est même élargie de 2 à 5 °C.
Les nuages au cœur du mystère
L’hypothèse principale des scientifiques pour comprendre cette envolée de l’EEIconcerne le rôle des nuages. Très complexes à modéliser, leur structure, leur altitude ou leur épaisseur modifient leur capacité à générer de l’effet de serre, ou au contraire à réfléchir les rayons du soleil. Or, le changement climatique modifie lui-même ces caractéristiques des nuages, ce qui pourrait être à l’origine de cette hausse surprise du déséquilibre énergétique.
L’autre hypothèse des chercheurs les mène sur la piste des aérosols anthropiques. Ces particules polluantes (sulfates, nitrates…) ont un effet réfléchissant dans l’atmosphère et donc refroidissant sur le climat. La lutte contre la pollution et la baisse de concentration de ces particules dans l’air pourraient avoir généré un effet de « rattrapage » et une accélération temporaire du réchauffement.
« Les nuages restent la source d’incertitude la plus importante »
« Ces aérosols interagissent en outre avec les nuages. Leur réduction pourrait rendre les nuages plus compacts, ces derniers laissant ainsi entrer plus de rayonnement solaire, donc d’énergie, dans le système Terre. Mais tout cela est encore mal compris », dit Noé Clément, physicien du climat et chercheur post-doctorant à l’Institut Pierre-Simon-Laplace.
Le physicien précise : « Quoi qu’il en soit, les nuages restent la source d’incertitude la plus importante. Ils sont très complexes à modéliser, sachant qu’ils ne mesurent parfois que quelques centaines de mètres et que nos modèles ont des mailles [l’équivalent de leur résolution] de 200 km de côté. »
Ce mystère de l’EEI étant aussi récent que complexe, les débats entre scientifiques sont intenses et laissent la place à différentes interprétations. Sur l’obsolescence des modèles climatiques actuels notamment, certains chercheurs se veulent plus modérés que d’autres.
« Ce déséquilibre énergétique commence à être à la limite de ce qu’on avait imaginé et de ce qui était simulé. Ce n’est pas encore une source d’inquiétude mais un élément de vigilance. Mais l’évolution des températures reste, elle, parfaitement cohérente avec nos modèles », assure ainsi Aurélien Ribes, chercheur au Centre national de recherches météorologiques.
Une accélération du réchauffement à venir ?
De fait, l’augmentation des températures suit elle aussi un rythme de plus en plus élevé, mais cela peut s’expliquer pour l’instant par la hausse, elle aussi continue, des émissions de gaz à effet de serre, ainsi que par la baisse des émissions d’aérosols.
« Le rythme actuel du changement climatique induit par nos activités est sans précédent. Mais cette accélération, on la comprend, ce n’est pas du tout un emballement du système », dit le climatologue. Dans un contexte d’attaques climatosceptiques croissantes et de carbofascisme débridé, il n’est en effet pas inutile de rappeler que les modèles des climatologues sont extrêmement pertinents et reproduisent avec acuité les évolutions observées du climat. Même si la grande complexité de ce dernier laisse toujours quelques zones d’ombre. Et un hiatus à propos de l’EEI, donc.
Mais comment les températures peuvent-elles rester dans les clous de ce qu’attendent les chercheurs alors même que l’EEI part en vrille ? Parce que cette énergie en surplus est stockée principalement ailleurs que dans l’atmosphère et ne se traduit donc que très peu en température de surface. Elle va à 91 % se réfugier dans l’océan profond, à 5 % dans la terre et à 3 % dans les glaces. Seul 1 % de cet excédent de chaleur se retrouve directement dans l’atmosphère.
Ce partage de l’énergie explique pourquoi certains indicateurs climatiques explosent particulièrement les compteurs : les vagues de canicules marines et l’élévation du niveau des mers sont ainsi dans le rouge, rappelait le 11 juin le rapport annuel des Indicateurs clés du changement climatique. L’EEI sur la moyenne des années 2013-2025 était de 1,12 W/m² contre 0,79 W/m² sur les années 2006-2018, soit un bond de plus de 40 %.
« Il y aura une accélération, ce n’est qu’une question de temps »
Ce rôle majeur de l’océan dans l’absorption du déséquilibre énergétique, outre qu’il est désastreux pour les écosystèmes marins en eux-mêmes, ne nous met pas à l’abri pour autant d’un réchauffement atmosphérique, prévient Benoit Meyssignac. « C’est sûr que cet EEI se traduira en réchauffement global, il y aura une accélération, ce n’est qu’une question de temps. »
« Il y a un débat en cours entre scientifiques sur la possible accélération du réchauffement, dit également Aurélien Ribes. L’EEI est certes plus fort qu’on ne l’attendait, et il y a d’autres phénomènes qu’on ne comprend pas dans la distribution de chaleur dans l’océan Pacifique et dans l’océan Austral. C’est peut-être lié à l’EEI. Soit c’est de la variabilité naturelle particulièrement longue, soit c’est que nos modèles ratent un petit quelque chose, ou un gros quelque chose. »
Une seule chose est certaine : plus les sciences du climat progressent, plus elles démontrent qu’il est extrêmement dangereux de perturber le climat. Que le réchauffement à venir soit plus intense que prévu ou non, la seule existence de cette hypothèse ne peut que renforcer l’impératif absolu de baisser drastiquement nos émissions, sans atermoiement. Et de sortir de l’apathie et de l’absence de politiques d’adaptation à la hauteur des catastrophes qui viennent.