Ça chauffe, mais la France émet moins
Les émissions du pays auront reculé d’un quart en dix ans.
Publié le mercredi 17 juin 2026 à 07:46 https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-edito-eco/l-edito-eco-du-mercredi-17-juin-2026-8284968?at_medium=newsletter&at_campaign=inter_quoti_edito&at_chaine=france_inter&at_date=2026-06-17&at_position=5
ouvrir crédits photoContrôle anti-pollution par la Préfecture de police de Paris le 3 août 1999 ©AFP – Thomas COEX
On s’est beaucoup gaussé de cette formule d’Emmanuel Macron lors de ses vœux aux Français du 31 décembre 2022. « Qui aurait pu prédire (…) la crise climatique aux effets spectaculaires encore cet été dans notre pays ? ». « Qui aurait pu prédire ? » Comme s’il découvrait le dérèglement climatique. C’est vrai que c’est un sujet dont il a finalement peu parlé au cours de ses deux quinquennats. Il a créé une convention citoyenne sur le climat, mais il a pris ses distances avec ses préconisations. Certaines ont même été détricotées.
Et pourtant. Des données publiées hier par le Citepa, l’organisme indépendant qui comptabilise les émissions de gaz à effet de serre, ces données – avec d’autres – permettent d’affirmer que ces émissions auront baissé, entre 2017 et la fin 2026, d’un quart, ce qui est beaucoup.
Les émissions polluantes baissent. Comment le sait-on ?
Les chiffres officiels sont clairs : la diminution est déjà, à fin 2025, de 23%. Au premier semestre de cette année, elle aura continué, d’abord parce que l’hiver a été particulièrement doux. Ensuite parce que les automobilistes ont acheté beaucoup moins de carburants très chers à la pompe. Les experts se demandent ce qui va se passer maintenant que les prix du pétrole descendent. Mais ils convergent pour dire que 2026 sera encore une année de recul des émissions de gaz à effet de serre. L’Insee publiera d’ailleurs une prévision aujourd’hui. Bref : – 25% en 10 ans, c’est acquis.
Qu’est-ce qui l’explique ?
Écartons une raison souvent anônnée : la désindustrialisation. Non, depuis dix ans, la part de l’industrie dans l’activité économique générale n’a pas bougé. Le solde du commerce extérieur est le même aussi. Il y a des facteurs conjoncturels : avec le réchauffement, on se chauffe moins. Mais aussi des éléments structurels. Le fioul disparaît peu à peu des entreprises, l’industrie se décarbone et des centrales à gaz pour produire de l’électricité ont disparu. Les voitures électriques démarrent. Au total, ce – ¼ d’émissions est solide et fragile à la fois, selon les technologies, les économies d’énergie et l’impulsion politique.
Est-ce suffisant ? (Non)
La France s’est engagée (dans un accord européen) à aller plus vite qu’elle ne le fait. Elle est en retard par rapport à ses objectifs. En cinq ans seulement, d’ici 2030, elle devrait faire plonger ses émissions d’autant que depuis 10 ans : d’encore un quart. C’est de plus en plus dur.
Conclusion ? L’évolution des gaz à effet de serre en France n’est pas le seul baromètre écologique. Ce n’est hélas pas non plus lui qui détermine notre climat et notre météo -on le vit ces heures-ci.
Mais ces réels efforts collectifs -dont on parle peu- sont un acquis que tous les pays n’ont pas. La France a émis l’an dernier 359 millions de tonnes d’équivalent CO2. Contre 649 millions pour l’Allemagne. Les émissions mondiales continuent de grimper.
Un dernier mot pour saluer la qualité de l’appareil statistique tricolore, pratiquement unique en Europe.