
Par l’Agence Média Palestine, le 15 juin 2026
https://agencemediapalestine.fr/blog/2026/06/15/les-stades-ne-sont-pas-au-dessus-de-la-politique-comment-la-fifa-legitimise-loccupation-israelienne-et-le-nettoyage-ethnique/?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=les_stades_ne_sont_pas_au_dessus_de_la_politique_comment_la_fifa_legitimise_l_occupation_israelienne_et_le_nettoyage_ethnique&utm_term=2026-06-16
Pour certain-es, les compétitions sportives mondiales, dont celle de la FIFA, seraient l’occasion de se rassembler au-delà de considérations politiques. Une vision largement décriée par les militant-es, qui soulignent des enjeux politiques majeurs. Alors que la 23e édition de la coupe du monde masculine de football a ouvert ses stades la semaine dernière sur fond de génocide à Gaza, ces critiques dénoncent que son organisation, la FIFA, est un acteur politique engagé en faveur d’Israël.
« Kick Israel out of FIFA »
Des manifestant-es ont déployé, vendredi 12 juin, une grande banderole rouge recouvrant du logo de la Coupe du monde à proximité d’une autoroute très fréquentée de Toronto, dénonçant l’association de la FIFA avec Israël, quelques heures avant le premier match disputé par le Canada.
Si l’équipe israélienne ne s’est pas qualifiée pour jouer au mondial de foot, les militant-es de la cause palestinienne dénoncent néanmoins l’absence de sanction ou de suspension envers Israël, résultant dans l’invisibilisation des souffrances palestiniennes.
“Élevons nos voix contre ceux qui cherchent à nous priver de notre droit à l’autodétermination. La FIFA et Trump croient qu’une Coupe du monde suffit à faire taire les cris de peuples entiers. La force ne fait pas le droit, et les grands stades ne peuvent réduire au silence l’histoire et nos luttes en cours”, prclame un communiqué du comité national palestinien (BNC) de la campagne internationale Boycott, Désintevstissement et Sanctions (BDS).
BDS appelle à profiter de la plateforme médiatique de la coupe du monde de football pour “protester contre le pays hôte, les États-Unis, principal soutien du régime d’apartheid colonialiste israélien et bailleur de fonds de sa machine militaire, ainsi que contre l’ordre imposé par les États-Unis et Israël, où la force fait loi.”
Dénonçant l’agression israélo-étasunienne en Iran et le soutien inconditionnel étasunien à Israël dans sa campagne génocidaire à Gaza et ses ambitions expansionnistes en Cisjordanie et au Liban, BDS appelle à politiser l’engouement mondial pour le football, rappelant que “les stades ne sont pas au-dessus de la politique”.

La FIFA légitimise l’occupation israélienne
En 2016, l’organisation Human Rights Watch (HRW) a signalé l’existence de neuf clubs issus de colonies israéliennes illégales situés sur des terres palestiniennes au-delà de la frontière de l’armistice de 1949 (communément appelée la « Ligne verte ») en Cisjordanie.
Dans un nouveau rapport publié par l’organisation Scottish sport for Palestine (SSP), en 2026, ce nombre est passé à dix ; la majorité d’entre eux ont leur siège social en Cisjordanie, tandis que sept d’entre eux disputent leurs matchs à domicile dans ces colonies illégales. Un huitième club organiserait des tournois à Jérusalem-Est. À cela s’ajoutent trois clubs israéliens qui jouent désormais sur le plateau du Golan, en Syrie occupée.
Tous ces clubs sont membres de la fédération israélienne de football, elle-même membre des Fédérations internationale et européenne de football (l’UEFA et la FIFA), qui n’ont pourtant pris aucune mesure de sanction ou de mesure coercitive, malgré un règlement qui interdit explicitement aux fédérations membres de disputer des matchs sur le territoire d’un autre membre sans l’accord de ce dernier.
Au contraire, les clubs sur lesquels HRW avait alerté ont vu leur effectif augmenter, et certains de leurs leurs matchs diffusés sur sa plateforme de streaming, FIFA+. Un club a été autorisé à intégrer la Premier League israélienne, après avoir bénéficié d’un coup de pouce généreux de la Fondation de l’UEFA et du gouvernement américain. Un autre club a été sélectionné à deux reprises pour participer à une compétition de l’UEFA, malgré un processus de sélection rigoureux apparemment en place.
Pour Jill Thomson, autrice du rapport de SSP, l’intégration d’équipes de football israéliennes au sein des structures de la FIFA et de l’UEFA contribue à normaliser l’accaparement des terres par Israël en Palestine et en Syrie tout en y légitimant et encourageant les implantations, “en facilitant le transfert d’une population civile, notamment de footballeurs et de leurs familles, vers un territoire occupé. Elle contribue également à mettre en place un système d’apartheid à l’encontre des Palestiniens par le biais de structures footballistiques ségrégationnistes établies sur leurs terres.”
Le plan de la FIFA pour Gaza
Le 16 février 2026, une coalition de clubs, d’athlètes et d’organisations palestiniens a déposé une plainte devant la Cour pénale internationale (CPI) contre les présidents de la FIFA, Gianni Infantino, et de l’UEFA, Aleksander Čeferin, pour “complicité de crime de guerre et de crime contre l’humanité”, comme nous la rapportions dans cet article.
La FIFA n’a pas commenté cette affaire, mais a annoncé quelques jours plus tard un investissement de 75 millions de dollars dans la construction d’infrastructures sportives à Gaza par l’intermédiaire du Conseil de la “paix”, une annonce qui a été interprétée par certain-es comme une réponse aux accusations de complicité avec Israël.
La perspective d’un stade géant sur les ruines de Gaza semble cependant loin de diverger des intérêts israéliens. Une vidéo du dessous des cartes diffusée sur Artedécrypte le clip vidéo diffusé lors de la première réunion du Conseil de la “paix” et promouvant ce projet, y soulignant une mise en scène dont les Gazaoui-es ont été totalement effacé-es.
“C’est d’abord une vision avec un terrain de football au centre au centre de ruine”, commente Jean-Baptiste Guégan,expert en géopolitique du sport. “On est sur une mise en scène qui est quand même un petit peu macabre, à fortiori parce que la guerre n’est pas terminée et qu’elle se poursuit. On est aussi sur une vision où le terrain de foot est littéralement au centre de la reconstruction. Or, je pense que la priorité à Gaza et en Palestine après l’arrêt des combats, ce sera probablement des écoles, des hôpitaux et d’autres infrastructures essentielles.”
Ce clip promotionnel s’inscrit dans un soutien inconditionnel de la FIFA à la politique de Donald Trump, à qui elle a par ailleurs remis le “prix FIFA de la paix” en décembre dernier, et s’aligne sur les plans de “reconstruction” exubérants promouvant un eldorado touristique en place et lieu des territoire palestiniens de Gaza, une vision qui sous-entend le déplacement massif de ses habitant-