Mission sur la prévention en santé; les failles structurelles du système français.

La mission gouvernementale sur la prévention en santé durcit son diagnostic

La mission sur la prévention en santé confiée au député Cyrille Isaac-Sibille par Sébastien Lecornu progresse depuis son lancement en janvier. Les conclusions issues des différentes auditions pointent désormais les failles structurelles du système français. Elles nourrissent une inquiétude sur la capacité du modèle à tenir dans la durée.

Par Élisa Delmotte

6 mai 2026 à 17h32 https://www.hospimedia.fr/actualite/articles/20260506-gestion-des-risques-la-mission-gouvernementale-sur-la

Après plus de 100 auditions, la mission sur la prévention en santé menée par le député Cyrille Isaac-Sibille dresse un diagnostic sévère et prépare des propositions, attendues d'ici l'été. (Jolyot/BSIP)
Après plus de 100 auditions, la mission sur la prévention en santé menée par le député Cyrille Isaac-Sibille dresse un diagnostic sévère et prépare des propositions, attendues d’ici l’été. (Jolyot/BSIP) Droits réservés

Trois mois après le lancement de la mission gouvernementale sur la prévention en santé, qui lui a été confiée le 13 janvier dernier par le Premier ministre, le député Cyrille Isaac-Sibille (Les Démocrates, Rhône) franchit une nouvelle étape. L’inventaire est terminé, place désormais à la formulation des propositions, attendues d’ici l’été. « Pour le moment, nous avons fait l’inventaire, nous avons l’acquis, ce qui marche, ce qui ne marche pas », résume-t-il lors de la conférence de presse tenue à l’Assemblée nationale le 6 mai. Un travail nourri par des auditions sur l’ensemble du territoire métropolitain et d’outre-mer, menées « à tous les niveaux », des ministères aux acteurs de terrain, y compris ceux qui au départ ne se pensaient pas concernés par la prévention.

Les premières conclusions confirment les constats dressés au lancement de la mission, mais depuis le discours s’est nettement durci (lire notre article). « En France, nous faisons semblant de faire de la prévention en santé », lâche le député. Derrière l’accumulation d’actions et de plans, il décrit l’absence d’une réelle stratégie et un système dominé par la logique de soins.

 « Nous n’avons pas une politique de santé, nous avons une politique de soins »,

insiste-t-il, pointant une organisation construite en réponse à la demande de soins plutôt qu’aux besoins de santé de la population. Le Pr Franck Chauvin, chargé de piloter le groupe d’experts, confirme ce décalage : « Nous savons aujourd’hui ce qu’il faut faire pour que ça marche. Mais quand nous regardons les actions, elles n’ont pas les conditions pour produire le moindre effet. »

Un fossé entre science et décision

Parmi les éléments les plus marquants de cette phase d’auditions, la mission met en évidence rupture persistante entre recherche scientifique et décision publique. « Nous mettons des centaines de millions dans la recherche, mais personne ne s’écoute », déplore Cyrille Isaac-Sibille. Le groupe d’experts, constitué d’une quinzaine de membres, a justement été pensé pour combler ce manque. Sa mission est de garantir le transfert des données scientifiques vers l’action publique, un processus encore peu structuré en France, selon le député. « Comment passe-t-on des données de la science aux politiques publiques ? », résume Franck Chauvin. Autre surprise, malgré la multiplication des initiatives locales, leur impact reste marginal. « Il y a un nombre impressionnant d’actions, mais une probabilité extrêmement faible qu’elles produisent un effet », constate le professeur. Pour lui, cela serait dû à un manque de coordination, mais aussi une absence de cadre scientifique partagé. Par conséquent, la prévention apparaît comme un empilement d’initiatives plus que comme une politique structurée.

Des angles morts persistants

Les différentes auditions ont également révélé l’affaiblissement historique de certains piliers de la prévention, notamment ceux tournés vers les jeunes et les actifs. « Les médecines de prévention ont été abandonnées », affirme le député, tout en évoquant la médecine scolaire, la médecine du travail ou encore la protection maternelle et infantile. Dans le même temps, la mission découvre l’ampleur de champs encore sous-exploités, comme le croisement des données sociales et sanitaires ou le rôle d’acteurs non médicaux. « La branche famille ne comprenait pas pourquoi on voulait l’auditionner… avant de réaliser qu’elle avait un rôle majeur », illustre-t-il.

Au fil des travaux, la mission ouvre aussi des questions plus structurelles. Faut-il laisser émerger un « marché de la prévention », porté par les acteurs privés et les outils numériques ? Avec le développement de la prévention personnalisée, basée sur les données de santé, le sujet devient une des préoccupations principales de la mission. « On peut prédire certaines pathologies à partir des données. Cela peut complètement changer le système », observe Cyrille Isaac-Sibille. Mais le risque est de créer une prévention « à deux vitesses »« Il y aura ceux qui auront leur coach, leur suivi et les autres », alerte-t-il, tout en posant la question du rôle de l’État face à ces évolutions. À la suite de ces constats, les chargés de mission s’inquiètent de la capacité du système de santé à tenir dans la durée. « Si nous ne faisons rien, il y aura des arbitrages sévères ou un risque de défaut de paiement », prévient le député. Pour lui, la solution reste politique. « Tout le monde parle de prévention, mais il n’y a pas de courage politique », estime-t-il, appelant à des décisions structurantes, comparables à celles prises en matière de sécurité routière.

Prochaine étape

La mission entre désormais dans la phase des propositions. Les arbitrages en cours d’élaboration devront trancher entre plusieurs lignes de tension :

  • État ou marché ;
  • approche populationnelle ou individuelle ;
  • prévention collective ou personnalisée.

« Maintenant, il va falloir se confronter et faire des choix », reconnaît Cyrille Isaac-Sibille. Le rapport final, attendu en juillet, devra transformer ce diagnostic en feuille de route concrète.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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