Décision des élus du parti des Démocrates de Suède ( extrême droite) de rompre un pacte transpartisan qui permettait la bonne marche de l’Hémicycle. 

En Suède, la culture du consensus piétinée par l’extrême droite

A trois mois des législatives, prévues le 13 septembre, la pagaille règne dans les couloirs du Parlement, à Stockholm. En cause, la décision des élus du parti des Démocrates de Suède de rompre un pacte transpartisan qui permettait la bonne marche de l’Hémicycle. 

Par  (Malmö (Suède), correspondante régionale)

aujourd’hui à 04h30, modifié à 08h27 https://www.lemonde.fr/international/article/2026/06/16/en-suede-la-culture-du-consensus-pietinee-par-l-extreme-droite_6703397_3210.html?lmd_medium=email&lmd_campaign=trf_newsletters_lmfr&lmd_creation=a_la_une&lmd_send_date=20260616&lmd_link&&M_BT=53496897516380#x3D;autrestitres-title-_titre_

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LETTRE DE MALMÖ

Jimmie Akesson, chef des Démocrates de Suède (à droite), aux côtés de Julia Kronlid, membre de son parti (au centre), et d’Annie Lööf, du Parti du centre (à droite), lors d’une séance du nouveau Parlement suédois, le Riksdag, à Stockholm, le 26 septembre 2022.
Jimmie Akesson, chef des Démocrates de Suède (à droite), aux côtés de Julia Kronlid, membre de son parti (au centre), et d’Annie Lööf, du Parti du centre (à droite), lors d’une séance du nouveau Parlement suédois, le Riksdag, à Stockholm, le 26 septembre 2022.  JONAS EKSTROMER / AFP

Une élue sociale-démocrate, souffrant d’un cancer du poumon, obligée d’interrompre sa convalescence deux semaines après une opération, pour siéger de toute urgence au Riksdag. Un député conservateur, malade, qui attend une suspension de séance entre deux votes, pour se précipiter aux toilettes. Des parlementaires de tous horizons, coincés dans un train en pleine campagne, paniqués à l’idée de manquer à l’appel lors de l’adoption d’un projet de loi-clé pour la majorité de droite et d’extrême droite…

Depuis fin avril, la fébrilité s’est emparée des députés suédois. Fini le consensus qui régissait les us et coutumes au Parlement à Stockholm. La défiance s’est installée. Dans ce contexte, plus question de faire l’école buissonnière. A quelques mois des législatives du 13 septembre, les partis ont tous donné la même consigne : pour chaque vote, aucun des 349 sièges de l’Hémicycle ne doit rester vide.

Même le patron de la formation d’extrême droite, les Démocrates de Suède (SD), Jimmie Akesson, qui affichait un taux d’absentéisme record de 93,2 % en 2025, doit faire acte de présence. C’est son parti qui a introduit le grain de sable dans le dispositif bien huilé que la droite et la gauche avaient mis des années à bâtir et que les SD ont démoli le 29 avril.

Deux députées en rupture de ban

Ce jour-là, le gouvernement libéral conservateur, soutenu par l’extrême droite depuis 2022, présente son projet de loi visant à durcir les règles d’accès à la nationalité suédoise. L’adoption du texte n’est qu’une formalité. Les sociaux-démocrates et les centristes le soutiennent. Seuls la gauche et les verts s’y opposent. La réforme est donc votée avec 258 voix pour et 33 contre. Cinquante-huit députés sont notés « absents ».

Mais, dans la foulée, l’opposition exige le vote d’un amendement. Les quatre partis de centre gauche réclament une période de transition pour les 100 000 personnes en attente de naturalisation, et dont le dossier risque d’être invalidé une fois les règles changées. La droite et l’extrême droite s’y opposent, mais la mobilisation s’accroît dans les médias et sur les réseaux sociaux.

Un collectif baptisé Fair Transition (« transition juste ») est créé, il contacte les députés en leur rappelant qu’aucun autre pays européen n’a consenti une telle réforme sans clause transitoire. Des candidats à la naturalisation apportent leur témoignage. Certains travaillent et vivent dans le royaume depuis des années ; leurs dossiers traînent et, avec les nouvelles conditions, leur espoir d’être naturalisé s’éloigne encore un peu plus.

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Elsa Widding et Katja Nyberg ont-elles été convaincues par leurs arguments ? Ou est-ce un désir de vengeance à l’égard de leur ancien parti, qui a motivé ces ex-parlementaires SD ? Toujours est-il que les deux députées, en rupture de ban et désormais sans étiquette, ont annoncé le 29 avril qu’elles allaient voter avec l’opposition, faisant basculer la majorité. Sur la boucle WhatsApp du collectif Fair Transition, on sort les calculatrices : une majorité en faveur de l’amendement semble acquise, grâce à l’abstention attendue de 58 députés.

Un pacte informel

Mais stupéfaction au moment du vote : seulement 56 élus s’abstiennent. Deux députés d’extrême droite viennent d’apparaître miraculeusement et la clause transitoire est rejetée. Sur WhatsApp, les esprits s’échauffent. Le journal en ligne The local, un média en anglais, porte-voix des candidats à la naturalisation, s’interroge : les SD auraient-ils violé le kvittningssystem (« système de compensation ») qui existe depuis des décennies au Parlement, alors qu’ils se sont battus pendant plus de dix ans pour y être associé ?

Ce pacte informel passé par les partis permet aux députés de s’absenter pour des raisons de santé ou des motifs professionnels, tout en maintenant l’équilibre des forces politiques issu des élections, lors du vote de textes de loi. Pour chaque élu manquant, le camp adverse accepte qu’un de ses membres s’abstienne. Cette pratique, qui n’est pas inscrite dans la loi mais repose sur le consensus, n’a jamais été remise en question, quelle que soit la couleur du Parlement.

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Entrés au Riksdag en 2010, les SD ont immédiatement réclamé de bénéficier des mêmes règles du jeu. « Le fait que tous les députés du Parlement suédois soient traités sur un pied d’égalité dans le cadre des travaux parlementaires devrait aller de soi dans un pays démocratique où chacun doit être traité de manière égale », faisaient-ils valoir dans une motion déposée en 2011. Celle-ci fût rejetée par les autres formations, qui refusaient encore de s’associer à l’extrême droite. Mais, à mesure que le parti de Jimmie Akesson a progressé – il a remporté 17,5 % des voix en 2018, soit 62 sièges –, le système est devenu trop imprévisible pour continuer à en exclure les SD, qui y ont été intégrés en 2021.

Que deux députés d’extrême droite aient mis à mal le compromis, en décidant de voter alors qu’ils auraient dû s’abstenir le 29 avril, a fait scandale en Suède. L’opposition s’est saisie de l’occasion pour affirmer que l’extrême droite n’était pas digne de confiance et méprisait les règles du jeu démocratique. Habituellement très tolérants à l’égard des dérapages des SD, les dirigeants de la droite libérale conservatrice ont eux aussi laissé éclater leur colère, constatant que le kvittningssystem venait de voler en éclats.

Une situation qui complique encore un peu plus la campagne électorale, alors que le gouvernement veut accélérer le rythme des réformes avant le scrutin et que tous les députés de la majorité doivent être présents pour que les projets de loi soient adoptés.

Par  (Malmö (Suède), correspondante régionale)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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