Les centrales nucléaires françaises tuent 5,9 milliards d’animaux aquatiques chaque année.

Centrales nucléaires : un rapport dénonce leur impact sur la biodiversité aquatique

Le réseau Sortir du nucléaire pointe l’impact destructeur du refroidissement des réacteurs nucléaires sur la biodiversité aquatique. Il déplore l’immobilisme scientifique et réglementaire sur cette problématique.

Biodiversité  |  Aujourd’hui à 00h01  |  https://www.actu-environnement.com/ae/news/centrales-nucleaires-impact-biodiversite-aquatique-48135.php4#xtor=EPR-50

L. Radisson

Centrales nucléaires : un rapport dénonce leur impact sur la biodiversité aquatique

© thomathzac23La destruction de la biodiversité aquatique résulte du fonctionnement des systèmes de refroidissement des réacteurs nucléaires.

LES POINTS À RETENIR

  • Les centrales françaises tuent 5,9 milliards d’animaux aquatiques chaque année.
  • La centrale de Penly avec ses futures réacteurs EPR2 pourrait devenir la plus meurtrière du parc.
  • RSN réclame une surveillance annuelle obligatoire et la publication des données.

« Chaque année, 5,9 milliards de poissons, crustacés, méduses sont victimes des centrales nucléaires françaises, soit 16 millions par jour », affirme le Réseau Sortir du nucléaire (RSN) dans un rapport (1)publié ce lundi 15 juin qui s’appuie en grande partie sur des études internes d’EDF.

Cette « hécatombe invisible » résulte du fonctionnement des systèmes de refroidissement des réacteurs nucléaires. Pour les centrales à circuit ouvert, la quantité d’eau pompée représente l’équivalent d’une piscine olympique par minute, explique le réseau d’associations opposées à l’atome. « Pris au piège dans le système d’aspiration de l’eau, les animaux peuvent mourir des chocs subis, d’asphyxie à l’air libre, des changements de températures ou de pression, ainsi que du traitement à la Javel », indique-t-il.

Organismes juvéniles, principales victimes

En août 2025, rappelle le rapport, la centrale de Gravelines a été contrainte de mettre à l’arrêt quatre de ses six réacteurs en raison de l’arrivée massive de méduses. Le phénomène, accentué par le réchauffement climatique, n’est pas isolé et a concerné de nombreuses centrales, qu’il s’agisse de méduses, de harengs (Paluel 2021) ou encore d’algues. L’arrivée massive d’organismes marins est d’ailleurs la cause la plus fréquente d’arrêt ou de réduction de puissance de réacteurs selon un rapport de la World Association of Nuclear Operators (Wano), rappelle RSN. Et quand ces organismes ne sont pas en nombre suffisant pour stopper une centrale, ils sont « tout simplement tués », explique le rapport.Chaque année, 5,9 milliards de poissons, crustacés, méduses sont victimes des centrales nucléaires françaises, soit 16 millions par jour

Les principales victimes sont les organismes juvéniles, les œufs et les larves, qui subissent un phénomène « d’entraînement » : ils passent à travers les mailles du tambour filtrant, sont entraînés dans l’intégralité du circuit de refroidissement de la centrale et subissent des chocs, des surpressions et une hausse de température de 15 °C avant d’être rejetés à l’eau. L’absence de prise en compte de cette réalité conduit à sous-estimer les pertes en biomasse, selon le réseau. « Une perte immédiate de 4,6 tonnes est en fait une perte au global de 66 tonnes si les individus avaient pu atteindre leur taille adulte », indique le rapport en reprenant les conclusions d’une étude (2)portant sur le site de la centrale de Sizewell au Royaume-Uni.

Les centrales françaises sont les plus meurtrières au monde, explique RSN, du fait de leur puissance, mais pas seulement. D’autres facteurs comme la profondeur de la prise d’eau, l’intensité du courant, les marées ou les cycles jour/nuit entrent également en ligne de compte. « À ce jour, la centrale du Blayais piège entre 2,3 et 2,6 milliards d’êtres vivants par an, et la centrale de Paluel 2,1 milliards », indique le rapport. Mais ces deux centrales devraient être surpassées par celle de Penly, qui, après l’ajout des réacteurs de type EPR2, devrait tuer environ 2,7 milliards d’animaux par an, selon RSN. Dans un troisième avis, en date du 23 avril 2026, portant sur l’implantation de ces EPR, l’Autorité environnementale a d’ailleurs estimé que les réponses d’EDF restaient insuffisantes, faute de critères quantifiables d’évaluation environnementale, quant à une recommandation qu’elle avait formulée dans un avis précédent. Par cette recommandation, l’autorité indépendante avait demandé à l’énergéticien de démontrer la performance effective du dispositif de retour au milieu marin de la faune aquatique piégée dans les prises d’eau.

Sortir du nucléaire a par ailleurs fait un comparatif avec les éoliennes afin de mettre en lumière, par contraste, la faible prise en considération du sujet pour le nucléaire. « Pour une même puissance installée, la centrale du Blayais fait 200 000 fois plus de victimes que les éoliennes », assure le rapport. En termes qualitatifs, le réseau indique avoir recensé plus de 100 espèces différentes impactées par la mortalité due aux centrales nucléaires.

« Immobilisme scientifique et réglementaire »

« Bien que EDF ait considéré, lors du lancement du programme nucléaire dans les années 1970-1980, les phénomènes de piégeage et d’entraînement comme un « impact environnemental majeur », les centrales nucléaires françaises demeurent exemptées de l’obligation de suivre les captures d’animaux non humains (sic) par leurs systèmes de prélèvement d’eau », déplore RSN. Depuis 1992, ajoute-t-il, « aucune étude approfondie n’a été menée en France sur ce sujet, révélant un immobilisme scientifique volontaire ».

Dans un rapport de mars 2023 consacré à l’adaptation au changement climatique du parc des réacteurs nucléaires, la Cour des comptes indiquait effectivement que très peu d’études s’étaient intéressées à l’influence de l’échauffement artificiel des eaux sur l’état sanitaire de la faune piscicole. Elle mentionnait toutefois une étude portant sur la centrale du Tricastin qui n’avait « pas mis en évidence de différence significative entre l’amont et l’aval après mélange (…) », mais elle relevait, dans le même temps, la difficulté, voire l’impossibilité, de se prononcer sur cette influence compte tenu du trop grand nombre de paramètres en jeu.

D’un point de vue réglementaire, le réseau d’associations anti-nucléaire juge la France très en retard sur le Canada, les États-Unis ou le Royaume-Uni concernant la protection de la biodiversité. Le rapport cite une décision de l’Autorité de sûreté nucléaire du 16 juillet 2013 qui n’instaure qu’une « très légère obligation » de surveillance environnementale. En revanche, déplore-t-il, « les centrales nucléaires françaises sont toujours exemptées de l’obligation de suivre les captures d’animaux (…) par les systèmes de prélèvement d’eau », empêchant l’établissement d’un « bilan précis des espèces, protégées et non protégées, affectées ». Ces installations fonctionnent sans dérogations « espèces protégées », sans contrainte liée à la continuité écologique pour les poissons migrateurs et avec un nombre insuffisant de mesures d’évitement, de réduction et de compensation (ERC), ajoute RSN.

Exiger la surveillance annuelle de la mortalité

« Notre analyse montre que l’indus­trie a été laissée trop longtemps sans surveillance, conclut le rapport (…). Le seul moyen d’action efficace est de mettre en place des solutions de réduction de « piégeages » à la source, adapter le design des prises d’eau, réduire la puissance d’aspiration et installer des dispositifs de dissuasion acoustique. »

Le réseau d’associations annonce des actions dans trois directions : une mobilisation à travers les consultations publiques sur les prochains schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux (Sdage) et prochains plans de gestion des poissons migrateurs (Plagepomi) ; une action judiciaire portant sur les mesures prévues pour limiter l’aspiration des poissons dans les futurs réacteurs EPR2 ; et l’interpellation de l’ASNR pour exiger la surveillance annuelle de la mortalité causée par les centrales, la révision des textes pour rendre ces données publiques, et la protection des milieux aquatiques.

Contactées, l’ASNR et EDF n’ont pas souhaité faire de commentaires sur ce rapport dont elles indiquent ne pas avoir encore pris connaissance. Sur son site, EDF s’affiche en tout cas comme étant « engagé depuis 50 ans pour la biodiversité », mettant en avant 18 engagements volontaires pour la période 2023-2025, dont celui de doter 100 % de ses sites de production, dont les sites nucléaires donc, d’un plan de gestion.

1. Télécharger le rapport
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-48135-rapport-sortir-du-nucleaire-centrales-biodiversite.pdf

2. Consulter l’étude sur la centrale de Sizewell
https://www.hydroecologie.org/fr/articles/hydro/abs/2000/01/hydro00103/hydro00103.html

Près de 6 milliards de poissons, de crustacés et de méduses sont victimes des centrales nucléaires françaises chaque année

En se fondant sur des documents internes à EDF, le réseau Sortir du nucléaire alerte sur les conséquences des systèmes de refroidissement des réacteurs pour les organismes aquatiques. L’électricien tricolore assure que cela n’a pas d’impact sur le maintien des espèces. 

Par Publié aujourd’hui à 06h00, modifié à 12h00 https://infos.lemonde.fr/optiext/optiextension.dll?ID=flBcEhRX1IoqHaz_ESHF_NG5r3HPIJ870n2hjmdIb1zUwaU1Lrq83pgNZ_bwGsiCLBBCCphLZpo5pCuUTVWcWgBpcB1u9nizgvlcnpNs

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La centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine (Aube), en novembre 2024.
La centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine (Aube), en novembre 2024.  BERTRAND GUAY/AFP

Que se passe-t-il sous la surface de la mer, des rivières ou des estuaires à proximité des centrales françaises ? Dans un rapport, publié lundi 15 juin, intitulé « L’Hécatombe invisible », le réseau Sortir du nucléaire révèle qu’au moins 5,9 milliards de poissons, de crustacés et de méduses, aspirés dans les systèmes de refroidissement des réacteurs, sont victimes du parc nucléaire chaque année. La relance de l’atome ne devrait qu’alourdir ce bilan : la construction de quatre nouveaux réacteurs à Penly (Seine-Maritime) et à Gravelines (Nord) devrait porter le nombre d’individus concernés à 7,7 milliards par an – les estimations pour les futurs EPR2 de Bugey (Ain) ne sont pas encore connues.

Ces chiffres, spectaculaires et inédits, n’émanent pas de militants antinucléaires, mais bien de l’entreprise EDF elle-même : l’organisation Sortir du nucléaire a obtenu l’accès à 38 documents internes de l’exploitant du parc. Des études confidentielles, réalisées entre 1981 et 2025, qui évaluent les conséquences de certaines centrales sur différentes espèces. «EDF ne fait jamais de synthèse des mortalités toutes centrales confondues, mais il y a des rapports spécifiques à chaque site, précise Marjorie D’Agostino, chargée de la surveillance citoyenne et de la veille technique au sein de Sortir du nucléaire. Nous avons simplement fait la somme des individus capturés pour les centrales pour lesquelles nous avions les chiffres. »

Pour assurer leur refroidissement, les réacteurs prélèvent de grandes quantités d’eau dans le milieu naturel. Lors de ces prélèvements, des animaux aquatiques sont aspirés dans les systèmes de prise d’eau. Les organismes les plus petits, c’est-à-dire les œufs et les larves de poissons et de crustacés, vont passer à travers les mailles d’un tambour filtrant et transiter dans le circuit de refroidissement, où ils connaissent des chocs thermiques, chimiques et mécaniques. Les plus grands, des poissons et des invertébrés, sont bloqués sur le tambour filtrant, où ils subissent là aussi des chocs violents, des traitements à l’eau de Javel et où ils peuvent mourir de suffocation à l’air libre.

Mortalités largement ignorées

La mortalité à l’issue de ces deux phénomènes, appelés « entraînement » et « piégeage », varie selon les espèces, mais peut atteindre 100 %. Sortir du nucléaire rapporte qu’EDF considère, dans ses dernières études, que la mortalité est totale par souci de simplification. Une centaine d’espèces sont touchées dont des sprats, des gobies, des crevettes blanches et grises ou encore des harengs, mais aussi des espèces protégées (anguilles, aloses, lamproies…).

Dans certains cas, ces phénomènes deviennent particulièrement visibles : en août 2025, par exemple, une arrivée massive de méduses dans les stations de pompage d’eau de la centrale de Gravelines a entraîné la mise à l’arrêt de quatre réacteurs. Mais, la plupart du temps, ces mortalités sont largement ignorées : pour Sortir du nucléaire, l’enjeu est d’abord de les rendre visibles.

L’organisation a ainsi fait le choix de communiquer sur le nombre d’individus plutôt que sur des volumes. « Personne ne se rend compte de ce que représentent 46 tonnes ou 600 tonnes de poissons », insiste Marjorie D’Agostino. Raisonner en fonction d’un tonnage aurait aussi pour conséquence « de “valoriser” une espèce par son poids et non pour sa valeur écologique et écosystémique ou simplement pour son existence en tant qu’individu », ajoute le rapport.

Lire aussi |  La centrale nucléaire de Gravelines à l’arrêt à cause de méduses qui ont bloqué les stations de pompage d’eau

Interrogé par Le Monde, EDF ne dément pas les chiffres mis en avant, mais précise que les centrales font l’objet « d’une surveillance poussée de l’écosystème aquatique » et que ces suivis, « réalisés annuellement », ne « mettent pas en évidence d’évolution des peuplements de poissons ou d’organismes aquatiques qui puisse être imputable au fonctionnement » des installations nucléaires.

Un avis de 2025 de l’Autorité environnementale sur l’implantation de deux EPR2 sur le site de Penly semble aller dans le même sens. L’organisme affirme que les quelque 575 tonnes de sprats, 13,4 tonnes de harengs, 13 tonnes de gobies, 2,8 tonnes de merlans, 1,1 tonne de soles, 2,9 tonnes de seiches ou 5,7 tonnes de crevettes grises capturées chaque année par les deux réacteurs déjà en fonctionnement représentent « des proportions faibles des biomasses régionales » – moins de 1 % pour la plupart des espèces – et que « l’effet sur la dynamique des populations semble limité ». L’Autorité environnementale ajoute toutefois que « la pression est continue et s’exercera année après année » et que l’efficacité réelle du dispositif de rejet des organismes vivants dans le milieu naturel, qui doit être installé dans les EPR2 pour réduire les pertes, n’est « pas documentée ».

Renforcer la réglementation

Si cette question de l’impact des centrales sur les organismes aquatiques reste peu connue du grand public, elle est clairement identifiée par EDF depuis des décennies. Dans un document de 2011, que Le Monde a pu consulter, et dont Mediapart s’est déjà fait l’écho, l’entreprise explique que le phénomène de piégeage a été considéré comme ayant un « impact environnemental important » sur les populations de poissons et de crustacés dans les années 1970-1980, c’est-à-dire au démarrage du programme nucléaire. De « nombreux suivis » ont alors été mis en place pour quantifier les conséquences de ces piégeages et pour essayer de les réduire. Lors de la mise en service de la centrale du Blayais, dans la Gironde, par exemple, il est demandé à EDF de prévoir un dispositif particulier.

Mais les efforts semblent s’arrêter là. « Aucune demande spécifique n’ayant été formulée par la suite, les actions de recherche et développement ont été stoppées sur cette thématique en 1994 », écrit EDF. Dans son rapport, Sortir du nucléaire insiste sur le fait que le sujet a été davantage suivi et encadré dans d’autres pays.

Aux Etats-Unis notamment, une loi de 2004 oblige à réduire de 85 % à 90 % les effets du piégeage et de 60 % à 90 % ceux de l’entraînement. « Techniquement, il est possible de concevoir des systèmes qui réduisent les piégeages en empêchant les organismes les plus grands d’entrer, explique Peter Henderson, un biologiste marin qui a travaillé pendant des décennies sur les impacts environnementaux des centrales. Mais il n’existe aucune technologie permettant d’empêcher l’entraînement des petits organismes. Aux Etats-Unis, cela a été identifié comme un problème majeur, et les centrales doivent désormais fonctionner en cycle fermé, ce qui réduit les prélèvements d’eau. »

Au Royaume-Uni, EDF a également été contrainte, sous la pression de la société civile et des autorités, de prévoir différents dispositifs de protection dans le cadre de la construction de la centrale de Hinkley Point, qui se trouve dans un estuaire protégé. L’entreprise va notamment installer un système acoustique permettant d’éloigner les poissons, surnommé « disco fish ». « Ce sont des dispositifs que vous n’avez pas dans les centrales françaises », note Peter Henderson. Au Canada, les exploitants doivent mettre en œuvre des mesures de compensation en restaurant des habitats.

Sortir du nucléaire appelle à renforcer le suivi des mortalités dans les centrales françaises, à les rendre publiques et à renforcer la réglementation. Contactée, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection confirme simplement que la centrale du Blayais a été « spécialement aménagée » pour réduire son impact et qu’EDF a prévu la mise en œuvre d’un « dispositif particulier » pour les prochains EPR2 de Penly, un prototype de système permettant le retour des espèces marines vers leur milieu naturel, via un tunnel de rejet spécifique, précise EDF.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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