Arbitre expulsé, équipe fouillée, joueurs interrogés : le pire du Mondial 2026 a déjà commencé
Par La rédaction de Mediapart
À la veille de l’ouverture de la plus grande compétition de football, le 11 juin, le visage autoritaire et discriminant des États-Unis de Donald Trump, un des trois pays hôtes, est déjà flagrant. Le tout avec la complicité de la Fifa.
Alors que le match d’ouverture de la Coupe du monde 2026 est attendu le jeudi 11 juin avec l’affiche Mexique-Afrique du Sud à Mexico, l’événement sportif est déjà entaché par les nombreux effets de la politique autoritaire et discriminatoire de Donald Trump. Expulsions, longs interrogatoires, fouilles disproportionnées… L’action des autorités ne manque pas de faire réagir, sans compter l’impact environnemental de la compétition.
L’arbitre somalien expulsé après onze heures d’interrogatoire
« Je ne suis qu’un simple arbitre qui tente de réaliser son rêve, le plus grand rêve de ma vie : assister à la Coupe du monde. » C’est depuis Istanbul, en Turquie, que l’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan a confié son amertume, au lendemain de son expulsion des États-Unis.
Pendant quatre ans, il s’est préparé à participer à la compétition, a pris part à des stages de la Fédération internationale de football association (Fifa). En 2025, il a même été élu meilleur arbitre d’Afrique… « J’avais tous les papiers en règle. J’avais le visa nécessaire. »
Selon le New York Times, Omar Abdulkadir Artan a été interrogé durant onze heures par les services douaniers à l’aéroport de Miami. Il a ensuite été détenu « plusieurs heures » dans une « cellule de rétention séparée » avant d’être embarqué sur un vol pour Istanbul, en Turquie, précise encore le journal états-unien. Les services des douanes et de la protection des frontières n’ont pas donné la raison précise justifiant l’expulsion d’un des cinquante-deux arbitres sélectionné·es pour la compétition.
Mais le chef du groupe de travail de la Maison-Blanche sur la Coupe du monde de la Fifa 2026, Andrew Giuliani, assume auprès de la BBC : « Nous voulons également nous assurer que nous n’allons pas permettre qu’un tournoi de football devienne l’occasion pour des terroristes d’entrer potentiellement dans le pays ou pour quiconque de communiquer avec eux. »

L’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan au stade de la Paix, à Bouaké (Côte d’Ivoire), le 23 janvier 2024. © Photo Kenzo Tribouillard / AFP
Le calvaire des Irakiens
Son nom ne vous dit peut-être rien, mais Aymen Hussein est l’attaquant vedette de l’équipe d’Irak, qualifiée pour le Mondial dans la même poule que les Bleus de Didier Deschamps. Les deux équipes s’affronteront le 22 juin. D’après The Guardian, il a été retenu près de sept heures à l’aéroport O’Hare de Chicago.
Aymen Hussein a finalement été autorisé à entrer. Cependant, le photographe de l’équipe, Talal Salah, s’est vu interdire l’entrée aux États-Unis, selon le responsable qui travaille pour le Comité olympique irakien, rapporte le quotidien britannique, malgré un visa valide.
Fouilles des équipes sénégalaise et ouzbèke
Un par un, ils passent au détecteur de métaux. Ils vident leurs poches à la demande des autorités et leurs sacs à dos sont entassés, près d’un chien. Une vidéo de trois minutes, partagée par le média sportif ESPN Centroamérica le 8 juin, montre la fouille à laquelle l’équipe ouzbèke a été soumise à la sortie d’un bus aux États-Unis.
Sur les réseaux sociaux, des internautes ont dénoncé les fouilles subies par les Ouzbèkes, mais aussi la délégation sénégalaise. Dans des vidéos qui circulent, notamment publiées par une journaliste sportive sénégalaise, on voit des joueurs de la sélection africaine être passés au détecteur des douanes états-uniennes.
La Fédération sénégalaise de football (FSF) a tenté de désamorcer la polémique dans un communiqué publié le 9 juin. « Contrairement à certaines informations relayées, ce contrôle ne s’est pas déroulé à l’arrivée de l’équipe à San Antonio [au Texas – ndlr], mais bien au moment de l’embarquement à l’aéroport de Raleigh [en Caroline du Nord – ndlr] le 7 juin, avant le départ du vol », déclare la fédération.
« Cette disposition visait essentiellement à optimiser le temps de déplacement de la délégation et à faciliter son embarquement à bord du vol privé à destination de San Antonio. Nous tenons à souligner que cette procédure s’est déroulée dans le respect des règles de sûreté aéroportuaire en vigueur et qu’aucun incident particulier n’a été signalé », a-t-elle ajouté.
Journalistes iraniens et africains empêchés de circuler
« Nous nous trouvons confrontés à un problème persistant et inacceptable pour nous, journalistes : le refus de visas d’entrée à nos confrères régulièrement accrédités », dénonce l’Association internationale de la presse sportive (AIPS), dans une lettre envoyée à la Fifa le 5 juin.
Selon les journalistes, « les cas sont nombreux : des collègues iraniens, des collègues africains, dont certains ont reçu des visas à entrée unique », sont concerné·es, alors que les États-Unis ont maintenu des interdictions de voyage pour les ressortissant·es d’Iran, de Haïti, du Sénégal et de la Côte d’Ivoire – des pays qualifiés pour participer à la compétition.
L’autorisation unique de voyage empêcherait les correspondant·es concerné·es de retourner aux États-Unis après des déplacements au Canada ou au Mexique, les deux autres pays hôtes du Mondial. Dans sa lettre, l’AIPS appelle la fédération à intervenir et à « veiller à ce que les représentants des médias concernés ne se voient pas refuser injustement l’entrée aux États-Unis ».
Breel Embolo, le Suisse en retard
L’autorisation de voyage aux États-Unis (Esta) du joueur suisse Breel Embolo a été invalidée au dernier moment, l’empêchant de voyager avec l’équipe nationale. « La raison : sa condamnation pénale pour des menaces proférées lors d’une sortie nocturne en 2018 », rapporte la presse helvétique.
Une nouvelle demande de visa va permettre à Breel Embolo de rejoindre la Californie vendredi 12 juin au soir, la veille d’un match de préparation contre l’Australie.
Des supporteurs écossais « non autorisés » à voyager
Des autorisations de voyage sont « soudainement » passées d’« en attente » à « non autorisées », ont dénoncé des supporteurs écossais, rapporte le Herald.
Si le quotidien ne s’avance pas sur le nombre de personnes concernées, il rapporte deux cas : Scott Braid, qui a dépensé 8 000 livres sterling (9 200 euros) pour le voyage et le logement, dont l’Esta a été approuvée en avril, finalement non autorisé à entrer sur le territoire ; et Kenny Smith, dont l’Esta – valable deux ans – approuvée en novembre 2025 est devenu caduque.
Le premier ministre écossais, John Swinney, a de son côté annoncé au Parlementsolliciter les autorités états-uniennes. « J’ai demandé aux responsables de faire savoir que nous espérons qu’une solution sera trouvée afin que les supporteurs écossais ne soient pas privés de ce voyage. J’ai demandé que des démarches spécifiques soient entreprises auprès du consul général des États-Unis en Écosse, ce qui a été fait, et nous ferons tout notre possible pour aider à résoudre ces problèmes », a-t-il déclaré.
La compétition « la plus polluante de l’histoire »
Ouest-France a repéré un rapport accablant pour la Fifa, publié le 9 juin : une étude du groupe de réflexion New Weather Institute menée avec l’ONG Environmental Defense Fund, Sport for Climate Action et Scientists for Global Responsibility.
Selon cette enquête, les émissions de CO2devraient être le triple de ce qui avait été annoncé dans le dossier de candidature, en approchant les 9 millions de tonnes équivalent CO2 contre 3,6 millions prévus par les pays hôtes. En cause, notamment : une hausse des gaz à effet de serre en raison de l’élargissement de la compétition, passée de trente-deux à quarante-huit pays en lice.
« Nous estimons que les émissions liées au transport aérien augmenteront de 160 % à 325 % pour chacun des trois tournois de 2026, 2030 et 2034, par rapport aux niveaux moyens des dernières phases finales », note le New Weather Institute dans son rapport