La diffusion de l’iPhone pourrait expliquer entre un tiers et la moitié de la baisse du taux de fécondité observée aux États-Unis depuis 2007

Qu’est-ce qui explique (peut-être) la baisse de la natalité ?

12 juin 2026

Dans les pays développés depuis les années 60, et désormais même dans les pays en voie de développement, la natalité est en baisse tendancielle. La diffusion de la contraception, l’IVG et des études plus longues semblent être parmi les causes le plus souvent évoquées pour expliquer ce mouvement séculaire. Mais un second phénomène intrigue démographes et chercheurs en tout genre : pourquoi un second palier semble-t-il avoir été franchi depuis le début des années 2010 ? Comment la France, par exemple, qui oscillait depuis le milieu des années 70 entre 1,8 et 2 enfants par femme, se retrouve-t-elle désormais à 1,56 enfant par femme ? Comment les femmes coréennes peuvent-elles avoir moins d’un enfant en moyenne dans leur vie ?

C’est ici qu’on se perd en conjectures alors qu’aucune modification fondamentale en matière de contraception, d’accès à l’IVG ou de la durée des études n’a été constatée : perturbateurs endocriniens, disent les uns ; pression sociale liée au développement des sites de rencontres, disent les autres ; aboulie des nouvelles générations, tonnent même certains ; quand, pour d’autres, c’est le développement des smartphones qui est responsable de ce phénomène.

Là où l’iPhone passe, la fécondité trépasse

Une étude, non encore relue par les pairs, publiée pour le National Bureau of Economic Research américain, avance ainsi que la diffusion de l’iPhone pourrait expliquer entre un tiers et la moitié de la baisse du taux de fécondité observée aux États-Unis depuis 2007 (qui est passé de 2,1 à 1,7).

Depuis 2007, le taux général de fécondité américain a chuté de 22 %, passant d’environ 70 à 54 naissances pour 1 000 femmes âgées de 15 à 44 ans. Cette baisse s’est poursuivie bien après la crise de 2008, ce qui a conduit de nombreux chercheurs à rechercher d’autres explications : coût du logement, évolution du marché du travail, contraception, garde d’enfants ou encore changements culturels. Or, pour les auteurs, toute explication crédible doit répondre à trois critères : être suffisamment importante pour expliquer une baisse de l’ordre de 20 %, apparaître précisément autour de 2007 et concerner l’ensemble de la population. L’iPhone, lancé en juin 2007, n’était disponible aux États-Unis que via l’opérateur AT&T jusqu’en février 2011. Les chercheurs ont exploité cette situation particulière pour comparer l’évolution de la natalité dans les comtés bénéficiant d’une forte couverture mobile AT&T à celle observée dans les zones où cette couverture était faible ou inexistante.

Les résultats montrent que la natalité a davantage diminué dans les « zones iPhone » que dans les autres. Chez les femmes de 15 à 19 ans, cet écart est estimé entre 4,5 % et 8 % selon les modèles utilisés ; chez les 20-24 ans, entre 3,2 % et 6,6 %. Des baisses plus modestes mais généralement significatives sont également observées pour les femmes plus âgées.

Ces effets sont retrouvés dans la plupart des sous-groupes analysés (niveau d’études, statut marital, parité), mais semblent absents chez les femmes noires américaines. Les auteurs ne proposent toutefois pas d’explication claire à cette exception.

Le smartphone de Schrödinger

Les auteurs ont bien entendu tenté de prendre en compte les principaux biais socio-économiques susceptibles d’expliquer les différences observées entre les zones couvertes et non couvertes par AT&T. Leurs modèles intègrent notamment des variables liées au revenu, au chômage, à la pauvreté, à l’urbanisation, à la composition démographique ou encore au marché immobilier. Ils ont également réalisé plusieurs analyses complémentaires destinées à vérifier la robustesse de leurs résultats. Cela ne permet toutefois pas d’exclure totalement l’existence de facteurs de confusion non mesurés, comme dans toute étude observationnelle.

Les signataires avancent plusieurs mécanismes possibles : substitution des interactions numériques aux rencontres en face à face, accès facilité à l’information sur la contraception et l’avortement, ou encore remplacement partiel de la sexualité de couple par des contenus numériques pornographiques.

Le smartphone a donc un côté quantique : il rapproche et éloigne à la fois.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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