« Déserts médicaux : “En posant mal le problème, les parlementaires vont créer de nouveaux freins à l’installation des jeunes médecins” »
Date de publication : 9 juin 2026 https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=4bd0deef2b2185c73643cf60031e961c&midn=23923&from=newsletter
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Le Monde publie une tribune de trois médecins, Marie Bonneau, Mathilde Chouquet, Kilian Thomas, «représentants du Regroupement autonome des généralistes jeunes installés et remplaçants (ReAGJIR), [qui] expliquent […] pourquoi la proposition de loi Garot visant à réguler leur installation fait fausse route ».
Les soignants écrivent ainsi : « Nous souhaitons manifester notre inquiétude et notre opposition vis-à-vis de la proposition de loi Garot visant à réguler l’installation. Cette proposition part du principe que les difficultés d’accès aux soins seraient liées à une mauvaise répartition des médecins, ce qui est faux.
Selon l’Assurance-maladie, les médecins généralistes sont la profession de santé la mieux répartie ».
Ils indiquent que « le problème actuel tient, en fait, à un déséquilibre entre la demande de soins et l’offre disponible. Cela s’explique par le manque de médecins, du fait des décisions prises de limiter les places de formation sans prendre en compte l’augmentation et le vieillissement de la population ».
« En posant mal le problème, les parlementaires vont malheureusement aggraver une situation déjà très difficile et créer de nouveaux freins à l’installation chez nos plus jeunes collègues. En effet, leur proposition implique de ne plus autoriser à s’établir dans les zones classées comme étant les mieux dotées en médecins », écrivent les praticiens.
Ils remarquent que « cela peut sembler séduisant sur le papier, mais ces zones que les responsables politiques jugent surdotées n’existent pas : elles correspondent souvent à des aires géographiques où la population croît de manière importante, telles que Lille, Nantes et Rennes, et où on comptabilise parfois jusqu’à 10% de patients sans médecin traitant ».
Les médecins poursuivent : « Cette proposition ne va faire que détériorer l’accès aux soins dans ces endroits, sans garanties de l’améliorer ailleurs. De fait, il est démontré que, dans des situations de pénurie comme en France, cela ne permet pas de couvrir tous les besoins du territoire. On peut évoquer le cas du Québec, où la régulation ne répond pas à tous les besoins, car le nombre de médecins formés n’y est pas suffisant ».
Marie Bonneau, Mathilde Chouquet et Kilian Thomas ajoutent : « Depuis plusieurs années, nous proposons des solutions à court et à long terme. Las, les relais politiques se font rares.
A courte échéance, il s’agit de valoriser et de rendre attractive la médecine générale traitante, mais aussi de favoriser la coopération interprofessionnelle, en permettant au médecin de s’entourer d’une équipe de soins primaires.
Il faut également accompagner les projets d’installation, notamment grâce au déploiement des guichets uniques. Les jeunes médecins les réclamaient depuis près de 15 ans ; depuis 2023, ils sont enfin traduits dans la loi ».
« Espérons que les dirigeants politiques suivront nos préconisations concernant leur déploiement, car ils représentent un vrai levier pour franchir le pas de l’installation et soutenir la création de ces projets, notamment dans les zones sous-dotées.
Enfin, il est possible de continuer à agir sur le levier de la simplification administrative afin de libérer rapidement du temps médical […] », écrivent les praticiens.
Ils concluent :
« Nous invitons nos concitoyens et les responsables politiques à rejeter les mesures de régulation qui donnent l’illusion d’une solution simple à un problème très complexe. Nous appelons au courage plutôt qu’à la contrainte et à la division ».
Déserts médicaux : « En posant mal le problème, les parlementaires vont créer de nouveaux freins à l’installation des jeunes médecins »
Tribune
Marie BonneauMédecin généralisteMathilde ChouquetMédecin généralisteKilian ThomasMédecin généraliste
Trois soignants, représentants du Regroupement autonome des généralistes jeunes installés et remplaçants (ReAGJIR), expliquent, dans une tribune au « Monde », pourquoi la proposition de loi Garot visant à réguler leur installation fait fausse route.
Temps de Lecture 3 min.
En tant que représentants des jeunes médecins généralistes, nous souhaitons manifester notre inquiétude et notre opposition vis-à-vis de la proposition de loi Garot [du nom du député socialiste de la Mayenne Guillaume Garot] visant à réguler l’installation. Cette proposition part du principe que les difficultés d’accès aux soins seraient liées à une mauvaise répartition des médecins, ce qui est faux. Selon l’Assurance-maladie, les médecins généralistes sont la profession de santé la mieux répartie.
Le problème actuel tient, en fait, à un déséquilibre entre la demande de soins et l’offre disponible. Cela s’explique par le manque de médecins, du fait des décisions prises de limiter les places de formation sans prendre en compte l’augmentation et le vieillissement de la population, qui induit le suivi de maladies chroniques complexes nécessitant de multiples consultations annuelles. Les chiffres sont révélateurs : alors que, en 1961, on comptait 20 000 omnipraticiens libéraux (anciens médecins généralistes) pour 45 millions de Français, puis, en 1993, 60 000 médecins généralistes libéraux pour 57 millions de citoyens, en 2026, on n’en est plus qu’à 56 000 médecins généralistes libéraux pour 69 millions d’habitants.
En posant mal le problème, les parlementaires vont malheureusement aggraver une situation déjà très difficile et créer de nouveaux freins à l’installation chez nos plus jeunes collègues. En effet, leur proposition implique de ne plus autoriser à s’établir dans les zones classées comme étant les mieux dotées en médecins. Cela peut sembler séduisant sur le papier, mais ces zones que les responsables politiques jugent surdotées n’existent pas : elles correspondent souvent à des aires géographiques où la population croît de manière importante, telles que Lille, Nantes et Rennes, et où on comptabilise parfois jusqu’à 10 % de patients sans médecin traitant.
Manque d’action politique
Cette proposition ne va faire que détériorer l’accès aux soins dans ces endroits, sans garanties de l’améliorer ailleurs. De fait, il est démontré que, dans des situations de pénurie comme en France, cela ne permet pas de couvrir tous les besoins du territoire. On peut évoquer le cas du Québec, où la régulation ne répond pas à tous les besoins, car le nombre de médecins formés n’y est pas suffisant.
Concernant la régulation, l’Allemagne est aussi citée en exemple. Cependant, la densité de médecin par habitants y est plus élevée qu’en France, et, là aussi, le système a été contourné, avec des installations plutôt en zone intermédiaire et une fuite des médecins vers d’autres formes d’exercice. La situation de nos concitoyens les plus éloignés des soins ne s’améliorera donc pas, et ceux qui ont aujourd’hui un peu moins de difficultés seront tirés vers le bas. Est-ce réellement cela qui est souhaité pour les Français ?
Lire aussi le décryptage | Déserts médicaux : les inégalités s’aggravent malgré une hausse du nombre de médecins
Nous sommes déjà confrontés chaque jour aux problématiques d’accès aux soins dans notre pratique, quelle que soit notre zone d’exercice (impossibilité d’accepter de nouveaux patients dans nos agendas déjà pleins à craquer, difficulté à adresser les patients à d’autres professionnels pour obtenir des examens complémentaires ou des avis spécialisés…). Le manque d’action politique qui prévaut depuis des décennies est responsable de cet état de fait. En cause, des moyens insuffisants alloués aux facultés de médecine pour augmenter les effectifs tout en préservant de bonnes conditions de formation, et aucune programmation pluriannuelle pour anticiper les besoins de santé futurs. Tout le monde parle de prévention, mais les actes ne suivent pas. Depuis plusieurs années, nous proposons des solutions à court et à long terme. Las, les relais politiques se font rares.
A courte échéance, il s’agit de valoriser et de rendre attractive la médecine générale traitante, mais aussi de favoriser la coopération interprofessionnelle, en permettant au médecin de s’entourer d’une équipe de soins primaires. Il faut également accompagner les projets d’installation, notamment grâce au déploiement des guichets uniques. Les jeunes médecins les réclamaient depuis près de quinze ans ; depuis 2023, ils sont enfin traduits dans la loi.
Simplification administrative
Espérons que les dirigeants politiques suivront nos préconisations concernant leur déploiement, car ils représentent un vrai levier pour franchir le pas de l’installation et soutenir la création de ces projets, notamment dans les zones sous-dotées. Enfin, il est possible de continuer à agir sur le levier de la simplification administrative afin de libérer rapidement du temps médical. Cela passera également par une meilleure information des patients sur ce qui nécessite, ou non, une consultation.
A plus longue échéance, il faut continuer d’augmenter les capacités de formation des universités en leur allouant des moyens adaptés, et diversifier le recrutement dès la première année, en zone rurale notamment. Pour ce faire, la création d’antennes universitaires délocalisées est nécessaire. Il faut ensuite favoriser la découverte des territoires pendant les études, en promouvant les stages en cabinet, le plus tôt possible dans le cursus, et en maintenant et en étendant les dispositifs d’aide au transport et à l’hébergement.
Enfin, introduisons l’éducation à la santé dans les écoles pour que les futurs adultes prennent mieux soin de leur santé.
En somme, nous invitons nos concitoyens et les responsables politiques à rejeter les mesures de régulation qui donnent l’illusion d’une solution simple à un problème très complexe. Nous appelons au courage plutôt qu’à la contrainte et à la division. Choisissons ensemble l’accompagnement pour prendre soin de toutes et tous.
Marie Bonneau, médecin généraliste libérale, praticienne attachée au SAMU 17 (Charente-Maritime) ; Mathilde Chouquet, médecin généraliste libérale installée à Rennes et chargée de mission régions au bureau national de ReAGJIR ; Kilian Thomas, médecin généraliste libéral remplaçant en Loire-Atlantique, président de ReAGJIR.
Commentaire Dr Jean SCHEFFER;
Ces syndicalistes devraient au contraire se féliciter de cette proposition de loi transpartisane de Guillaume Garot.
En effet cette loi propose qu’une régulation à minima de l’installation des futurs médecins *. A minima car elle permet aux internes ou chefs de cliniques de s’installer dans les zones déjà pourvues, il suffit d’attendre un départ en retraite pour s’y installer ce qui va rester très fréquent jusqu’en 2030.
Seuls 435 futurs généralistes chaque année sur 2300 seraient limités dans leurs choix, tout en étant étant certains en attendant avec quelques remplacements de trouver un départ en retraite en zone pourvue (https://environnementsantepolitique.fr/2025/03/25/seuls-435-medecins-generalistes-sur-2300-seraient-potentiellement-concernes-chaque-annee-par-la-proposition-de-loi-garot/)
Contrairement à leur déclaration:
– l’augmentation du nombre de médecins formés n’améliore pas sans d’autres actions associées les inégalités d’accès aux soins de nos concitoyens (https://environnementsantepolitique.fr/2026/05/21/74714/)
–Les mesures de régulation en Allemagne ont bien amélioré les inégalités d’accès aux soins (https://environnementsantepolitique.fr/2025/09/08/alors-quen-france-les-medecins-restent-largement-opposes-a-toute-contrainte-a-leur-liberte-dinstallation-dautres-pays-ont-active-des-mesures-de-regulation-diverses/)
Il est indispensable d’établir comme dans d’autres pays, une réelle régulation des installations basée sur un non conventionnement en zone mieux pourvue et des l’accompagner d’autres mesures:
-L’augmentation du numerus apertus, mais en donnant les moyens aux facultés de médecine de former l’afflux d’étudiants, qui restera cependant limité en raison du nombre de médecins généralistes libéraux enseignants lui-même limité.
–La création de centres de santé publics qui seuls peuvent être implantés dans les zones sous denses, car il a été prouvé que ce n’est pas le cas majoritairement des maisons de santé libérales poly-disciplinaires** qui s’implantent dans les grandes villes et dans certaines zones déjà pourvues comme les régions côtières.
–La création du « Clinicat-Assistanat » pour tous***, obligatoire pour tous les futurs généralistes et spécialistes, en fin d’internat, d’une durée de 2 à 3 ans, car étant le seul à pouvoir solutionner l’ensemble des déserts médicaux, quelle que soit la spécialité et le lieu d’activité. Ces lieux d’exercice pouvant être des maisons libérales poly-disciplinaires et certains hôpitaux privés lucratifs, mais une fois satisfaits les besoins des hôpitaux publics, centres spécialisés et centres de santé publics.
*https://environnementsantepolitique.fr/2025/04/15/loi-inter-partisane-garot-quest-ce-que-cest/
***https://1drv.ms/w/s!Amn0e5Q-5Qu_sAoKetf_T8OKk2Io?e=GfjeRj?e=4YzGt2