Bâtir un monde plus égalitaire tout en respectant les limites planétaires est possible (Thomas Piketty).

Climat

Taxer les ultrariches pour éviter « la course vers l’abîme climatique et social »

Des spécialistes des inégalités proposent de créer un « Fonds pour la justice mondiale » afin de financer des politiques progressistes de sobriété énergétique, d’accès à la santé, à l’éducation et de réduction du temps de travail.

Jade Lindgaard

4 juin 2026 https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/040626/taxer-les-ultrariches-pour-eviter-la-course-vers-l-abime-climatique-et-social?utm_source=quotidienne-20260604-181935&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-%5BQUOTIDIENNE%5D-quotidienne-20260604-181935&M_BT=115359655566

Ne pas laisser le monopole de l’imaginaire du futur aux « techno-autoritaires ». C’est avec cette formule que le chercheur Lucas Chancel, codirecteur du Laboratoire sur les inégalités mondiales, créé par l’économiste Thomas Piketty en 2007, résume l’intention derrière le « projet de justice mondiale » publié jeudi 4 juin et auquel Mediapart a eu accès en amont.

Un titre ambitieux pour une initiative un peu folle : écrire une feuille de route pour rendre le monde plus juste d’ici 2100 malgré les contraintes et menaces du dérèglement climatique. Synthétisé dans un rapport écrit par une quarantaine de chercheuses et chercheurs, cette grande réforme passerait par la création d’un « Fonds pour la justice mondiale », financé par la taxation des milliardaires (sur leur capital et leurs revenus) et redistribué vers les pays sur la base de leur richesse par habitant·e.

Photos Joy Saha / Zuma / Sipa, Jason Whitman / NurPhoto via AFP et Landon Nordeman / The New York Times / Redux / REA

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Cette manne – équivalente à 10 % du PIB mondial dépensé chaque année – servirait à financer des politiques progressistes de réduction du temps de travail, de renforcement des secteurs de la santé et de l’éducation, ainsi que la transition vers un système énergétique décarboné. Une sorte de « taxe Zucman augmentée », par laquelle il ne s’agirait plus seulement de lutter contre l’évitement fiscal mais de refonder l’architecture de l’économie mondiale.

Un monde moins inégalitaire

À l’issue de cet ambitieux processus de redistribution, les pays riches et pauvres convergeraient vers un niveau moyen de revenus comparable : 5 000 euros de revenu national brut par mois et par habitant·e, au lieu de l’écart actuel de 1 à 16 entre les pays d’Afrique subsaharienne (290 euros) et ceux d’Amérique du Nord et d’Océanie (4 590 euros). 

Le monde deviendrait ainsi moins inégalitaire : la part dans la richesse mondiale des 50 % les plus pauvres passerait de 2 à 30 %, tandis que celle des milliardaires chuterait de 6 à 0,05 %. « Près de 90 % de la population mondiale doublerait son revenu tout en travaillant moitié moins qu’aujourd’hui », écrivent les autrices et auteurs du rapport.

Est-ce qu’on peut avoir du progrès social sous la contrainte d’agir contre le changement climatique ? La réponse est oui.

Lucas Chancel, codirecteur du Laboratoire sur les inégalités mondiales

Flagrant délit de pensée magique ou gage populiste ? Lucas Chancel s’en défend : « On travaillait 3 200 heures par an au début du XXe siècle, mais aujourd’hui 1 600 heures par an seulement dans les pays riches. […] Notre proposition est de baisser la journée de travail en Europe à quatre ou cinq heures par jour. Certains vont dire que c’est complètement fou. Mais on a déjà divisé par deux les heures travaillées dans la semaine depuis le début du XXe siècle ! Et avec l’IA qui se développe, comment ne pas penser que tout cela va encore profondément changer ? »

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Pour les quarante-cinq chercheuses et chercheurs qui ont participé à ce travail de prospective, il est possible de démontrer, chiffres à l’appui, que les politiques économiquement redistributives sont compatibles avec les actions de forte décarbonation du secteur énergétique.

« Est-ce qu’on peut avoir du progrès social sous la contrainte d’agir contre le changement climatique ?La réponse est oui, assure Lucas Chancel, mais à trois conditions : une forte réduction des inégalités entre pays et à l’intérieur des pays, beaucoup plus de sobriété et la transition énergétique. »

Le collectif de spécialistes s’appuie sur ce qui s’est passé au cours du siècle dernier : « Une très forte réduction des inégalités a été possible au XXsiècle, rappelle Lucas Chancel, reprenant une des principales thèses de Thomas PikettyDes choses qui paraissaient utopiques au début du XXsiècle : la Sécurité sociale, l’impôt progressif sur le revenu, l’éducation pour toutes et tous, sont devenues totalement banales. »

Taxe mondiale sur les milliardaires

Le programme du Laboratoire des inégalités mondiales repose ainsi sur un pari paradoxal : s’inscrire dans la tendance longue du XXe siècle à réduire les inégalités et reconnaître les droits sociaux, mais rompre avec le laisser-faire actuel si favorable aux grosses fortunes et puissants.

Il s’agirait de créer un nouveau système de taxation des ultrariches : un double système de fiscalité serait créé, pour toucher à la fois le capital possédé par les milliardaires et leurs revenus. Le taux de taxation sur le patrimoine (biens immobiliers, parts détenues dans des sociétés, titres financiers, etc.) serait fixé à 1 % pour les individus possédant l’équivalent de 20 fois la richesse moyenne mondiale par individu (2,2 millions d’euros en 2026), 3 % pour les niveaux 50 fois supérieurs, 5 % pour 100… jusqu’à 20 % pour celles et ceux possédant l’équivalent de 5 000 fois plus que la moyenne individuelle mondiale (550 millions d’euros). Entre 1,3 et 1,5 % de la population mondiale serait assujettie à cette taxe jusqu’en 2050.

Le « Fonds pour la justice mondiale » serait une sorte d’antithèse du Fonds monétaire international (FMI).

Pour les revenus, un impôt mondial serait créé : avec un taux de 5 % pour les personnes recevant un revenu 10 fois supérieur au revenu moyen disponible par adulte dans le monde, de 40 % pour 50 fois, de 70 % pour 500 fois, de 90 % pour 5 000 fois (110 millions d’euros).

Dans les pays riches, entre 10 et 20 % de la population risquerait d’y perdre économiquement, mais bénéficierait des avantages de la sobriété, de plus de temps libre et de la préservation de l’habitabilité du monde. Ou n’y croira pas. Cette bataille sera au cœur des luttes sociales et politiques à venir, reconnaissent les autrices et auteurs de ce rapport.

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L’argent de ce projet de justice mondiale serait collecté par une nouvelle institution internationale, le « Fonds pour la justice mondiale », qui ressemble à une sorte d’antithèse du Fonds monétaire international (FMI) tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Au lieu d’asservir les pays pauvres à des plans d’ajustement structurels destructeurs pour rembourser leurs dettes, ce fonds leur fournirait les subsides nécessaires à la création d’emplois dans les services essentiels : éducation, santé, électrification des transports, sortie des énergies fossiles, etc. Il bénéficierait également des retours sur investissement d’une autre nouvelle instance, le « Fonds souverain mondial ».

Cette ingénierie technico-bureaucratique ne pourrait être qu’un outil à mettre en œuvre en appui de fortes mobilisations sociales pour plus d’égalité et moins de chaos climatique. Les préparer dès aujourd’hui repose sur le pari, optimiste, qu’elles verront le jour. N’est-ce pas en décalage avec les réalités du monde conflictuel actuel, marqué par la guerre de la Russie en Ukraine, les attaques états-uniennes contre l’Iran et le génocide à Gaza ?

Moment de bascule

Non, pour Cornelia Mohren, thésarde sur les inégalités climatiques et coautrice du rapport : « Il y a un fort rejet des injustices et cela crée de la frustration dans beaucoup de sociétés. Il y a donc un fort besoin de raconter d’autres récits à ces personnes. Dans notre rapport, nous quantifions les gagnants et perdants de ce nouveau système redistributif et on voit que même dans les pays riches comme les États-Unis, des personnes pauvres verraient leurs revenus augmenter dans les prochaines décennies. »

Selon Lucas Chancel, « notre époque est caractérisée par une ultraconcentration des richesses des milliardaires à un point qu’on n’a jamais vu dans l’histoire. La contrainte climatique est elle aussi unique dans l’histoire. Nous sommes à un point de bascule. C’est là que nous avons besoin de penser l’avenir de manière positive et de nous remémorer les moments historiques où les égalités ont été réduites ».

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Quelles chances ont ces idées d’être reprises par des forces politiques ? Les autrices et auteurs du rapport plaident pour la création de nouvelles alliances avec les États qui y auraient intérêt, y compris sans la participation des États-Unis.

Pays favorables à la création d’une convention de l’ONU sur la fiscalité (« Global Tax Justice ») ; taxe internationale sur les superriches défendue par Lula, le président brésilien, et le président du gouvernement espagnol Pedro Sánchez ; engagement du président sud-africain Cyril Ramaphosa en faveur d’un Giec des inégalitésafin de faire travailler des scientifiques sur le modèle de ce qui se fait sur le climat, « initiative de Bridgetown » portée par la première ministre de la Barbade Mia Mottley pour renforcer les financements vers les pays du Sud global face au chaos climatique, etc.

Pour Lucas Chancel, une nouvelle géopolitique de la demande de justice fiscale est déjà en train de prendre forme. Quelle place voudra s’y ménager l’Union européenne, avec ses pays riches et ses gouvernements de plus en plus hostiles au partage des richesses ?

Le Fonds pour la justice mondiale sera discuté lors d’une conférence à la Paris School of Economics jusqu’à samedi. Aucun·e candidat·e à l’élection présidentielle française n’y est attendu·e. Mais une star du récit d’anticipation sera là : Kim Stanley Robinson, écrivain états-unien à succès et auteur du Ministère du futur, grand livre sur le chaos climatique dont les principaux personnages finissent par trouver une solution par la régulation et la création monétaire. L’avenir dira si ce parrainage littéraire était de bon augure.

Jade Lindgaard

Les ambitieuses pistes du laboratoire codirigé par Thomas Piketty pour réduire les inégalités mondiales tout en limitant le réchauffement climatique

Bâtir un monde plus égalitaire tout en respectant les limites planétaires est possible, affirment les économistes du Laboratoire sur les inégalités mondiales dans un rapport publié jeudi. Pour y parvenir, il faudra instaurer une sobriété ciblée dans certains secteurs, réduire drastiquement l’usage des énergies fossiles et changer les habitudes alimentaires, détaillent-ils. 

Par Marie Charrel

Publié aujourd’hui à 08h00, modifié à 08h54 https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/06/04/les-ambitieuses-pistes-du-laboratoire-codirige-par-thomas-piketty-pour-reduire-les-inegalites-mondiales-tout-en-limitant-le-rechauffement-climatique_6697086_3234.html?lmd_medium=email&lmd_campaign=trf_newsletters_lmfr&lmd_creation=a_la_une&lmd_send_date=20260604&lmd_link&&M_BT=53496897516380#x3D;tempsforts-title-_titre_2

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L’économiste français Thomas Piketty, à Montreuil (Seine-Saint-Denis), le 17 juin 2024.
L’économiste français Thomas Piketty, à Montreuil (Seine-Saint-Denis), le 17 juin 2024.  LUDOVIC MARIN/AFP

Ils proposent une utopie et ils l’assument. Sans ambages, ils la présentent comme une réponse à la vague national-populiste et climatosceptique montant en puissance des deux côtés de l’Atlantique. « Depuis quelque temps, nous voyons les technoréactionnaires de la Silicon Valley rêver d’un monde où ils installeraient une colonie sur Mars tandis que vivrait sur Terre une population ultra-paupérisée, car l’intelligence artificielle aurait détruit beaucoup d’emplois : ce n’est pas un futur très réjouissant », avance l’économiste Lucas Chancel, codirecteur du Laboratoire sur les inégalités mondiales (World Inequality Lab, WIL), un institut de recherche rattaché à l’Ecole d’économie de Paris. « Le projet technonationaliste fait œuvre d’une énergie qui manque au camp internationaliste et égalitaire : dans la bataille culturelle à l’œuvre, il nous faut proposer un avenir souhaitable et désirable », renchérit Thomas Piketty, également codirecteur du WIL.

Proposer un avenir désirable, dresser un plan pour réduire les inégalités dans les limites planétaires : telle est l’ambition du rapport sur la justice mondiale (« Global Justice Report ») publié jeudi 4 juin par le WIL. Rédigé grâce à la contribution de 45 chercheurs, il s’appuie sur l’importante base de données sur les inégalités du laboratoire, et aspire à accompagner d’autres initiatives, telle que celle menée par le Brésil, dans le cadre du G20, pour mieux taxer les milliardaires.

Depuis 2018, le WIL publie régulièrement des rapports auscultant les écarts de richesses dans le monde. Cette fois-ci, il propose une feuille de route concrète, intégrant la dimension climatique. « C’est un plan pour changer de système en partant de celui existant, pour éviter de foncer vers l’abîme », souligne Lucas Chancel. Dès la première page, la promesse est forte : il est possible de bâtir un monde où l’égalité socio-économique entre le plus grand nombre d’habitants et la limitation du réchauffement climatique, condition indispensable pour que notre planète reste vivable, seraient compatibles et atteintes.

Infographie : Le Monde

Dans le scénario ainsi esquissé, le revenu national mensuel moyen par personne convergerait vers 5 000 euros d’ici à 2100 dans chaque pays – il varie aujourd’hui entre 290 euros en Afrique subsaharienne et 4 590 euros en Amérique du Nord. La part du patrimoine global détenue par la moitié la plus pauvre de la population mondiale passerait de 2 % à 30 %, tandis que celle de la classe des milliardaires reculerait de 6 % à 0,05 %. Le réchauffement climatique, lui, serait limité à 1,8 °C d’ici à 2100, au lieu de plus de 4 °C dans le scénario où rien ne changerait.

Des précédents dans l’utopie

« Y parvenir suppose trois conditions », détaille Thomas Piketty. La première est une décarbonation rapide des systèmes énergétiques, avec une baisse massive des énergies fossiles et des investissements colossaux dans les renouvelables à l’échelle mondiale. La deuxième est un basculement vers la sobriété, se traduisant notamment par des recompositions sectorielles majeures dans nos économies : une baisse des secteurs matériels tels que la production de biens manufacturiers et les transports, et le déploiement des services immatériels, comme l’éducation et la santé. Il ne s’agit pas de décroissance, mais bien d’une sobriété ciblée sur des secteurs-clés, selon le rapport. « La troisième condition est un grand changement des habitudes alimentaires, avec une baisse de la consommation de viande : c’est sur cette base que l’on peut envisager un plan de reforestation pour revenir à un niveau de couverture forestière comparable à celui de 1900 », ajoute Thomas Piketty.

La réduction drastique des inégalités de revenus et de patrimoine, tant entre les pays qu’en leur sein, nécessiterait un coup de frein de la croissance dans les pays riches, notamment permis par une réduction significative du temps de travail. « La compression des inégalités mondiales n’est pas seulement compatible avec une décarbonation profonde ; elle en est une condition nécessaire pour une prospérité partagée sur une planète finie », justifient les économistes.

Infographie : Le Monde

La marche paraît haute, et les contempteurs du rapport ne manqueront pas de la qualifier d’« inaccessible ». Les auteurs rappellent toutefois qu’atteindre de telles cibles a déjà été possible dans le passé. Ainsi, l’écart entre les 0,1 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres est tombé de 150 à 11 durant le XXe siècle en Europe du Nord. « L’utopie que nous proposons est dans la lignée de celles du début du XXe siècle, qui sont devenues réalité, insiste Lucas Chancel. A l’époque, on travaillait trois mille heures par an et par travailleur dans les pays riches : beaucoup peinaient à imaginer que l’on n’y travaillerait plus que mille cinq cents heures par an cent ans plus tard, et pourtant, cela s’est produit. Nous proposons de poursuivre cette tendance jusqu’à mille heures. »

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La compression des inégalités et les investissements nécessaires à la décarbonation seraient accompagnés par la création d’un fonds pour la justice mondiale. Celui-ci serait financé dans un premier temps par un impôt planétaire sur le patrimoine dont le taux atteindrait 20 % annuels pour les milliardaires, et par un impôt sur le revenu, dont le taux marginal culminerait à 90 % pour les plus riches.

Projet à contre-courant

Les recettes seraient en grande partie réinvesties dans un grand fonds souverain mondial, chargé de les placer ; progressivement, les rendements de ces placements deviendraient la principale source de financement, supplantant les recettes fiscales dès 2100. Au cours de la période 2026-2060, les dépenses du fonds atteindraient en moyenne 10,3 % du produit intérieur brut (PIB) mondial par an, distribuées sur une base égale par habitant – l’Afrique subsaharienne percevrait jusqu’à 8,8 % de son PIB, contre 2,5 % pour l’Europe et 2,2 % pour l’Amérique du Nord – afin de soutenir à la fois la transition énergétique et la convergence sociale entre pays, notamment en matière d’éducation et de santé. Ces transferts seraient soumis à des conditionnalités climatiques et sociales.

Problème : comment convaincre tous les pays d’y participer ? Comment éviter qu’un tel impôt n’encourage un peu plus encore l’évasion fiscale ? Les auteurs admettent que les ultrariches seraient évidemment très réfractaires à se voir ainsi imposés et chercheraient à l’esquiver. A l’heure du détricotage du multilatéralisme et du protectionnisme exacerbé depuis le retour au pouvoir de Donald Trump aux Etats-Unis, la création d’une telle « plateforme pour la justice mondiale » paraît, en outre, à contre-courant.

Infographie : Le Monde

Les économistes du WIL rétorquent qu’elle pourrait d’abord fonctionner avec une petite coalition de pays, qui pourraient imposer des droits de douane « correctifs » à ceux refusant d’y participer. « La demande de justice sociale émanant des pays du Sud est très forte, insiste Lucas Chancel. Avec notre plan, 89 % de la population mondiale verra son revenu monétaire doubler d’ici 2100 ; plus de 95 % en sortiront gagnants dans les pays du Sud, et entre 85 % et 95 % dans les pays du Nord. »

La constitution de cette plateforme nécessiterait, de fait, une refonte totale du système international. « L’architecture globale et le scénario que nous proposons sont imparfaits : nous les posons comme une base de travail de départ, ouverte à la discussion », conclut Thomas Piketty. Celle-ci débutera lors de la troisième conférence mondiale sur les inégalités, organisée à Paris par le WIL du 4 au 6 juin. Y seront notamment présentés 235 articles de recherche autour de ces questions, en sus de nombreuses tables rondes, en présence d’économistes tels que Branko Milanovic ou Mariana Mazzucato.

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Marie Charrel

Il faut « comprimer les inégalités, parce que ça ne tient pas dans les limites planétaires », affirme Thomas Piketty

Publié le vendredi 5 juin 2026 à 08:21

https://link.newsletter.franceinter.fr/m/ml/7429/1029303/_lc9MIXyI1h9BcOS3IrtXEiCF1Wtd7ccRuwcgBH5sZM=/OVKTf+VJtea8Tt++t0SgXQfDjBjxVGBx3tFfVWlzlWM=/

Dans son « Rapport sur la justice mondiale », le Global Justice Project, réuni autour de Thomas Piketty, préconise une convergence des revenus de tous les pays d’ici 2100. L’économiste s’en explique sur France Inter, aux côtés de son coauteur, Lucas Chancel.

Avec

  • Lucas ChancelÉconomiste, professeur à Sciences Po Paris, spécialiste des inégalités mondiales et des enjeux sociaux liés à la transition écologique
  • Thomas PikettyÉconomiste

Il faut « comprimer les inégalités, parce que ça ne tient pas dans les limites planétaires », affirme l’économiste Thomas Piketty, vendredi 5 juin, sur France Inter. Il publie, avec d’autres chercheurs du Global Justice Project, un « Rapport sur la justice mondiale », détaillant les façons de réduire les inégalités dans le monde, tout en sortant de l’économie carbonée néfaste pour la planète. « L’enjeu, ce n’est pas de tout faire décroître, c’est plus une sobriété ciblée », précise le directeur d’études à l’EHESS, également codirecteur du World Inequality Lab.

« Il faut partir du principe que les pays du Sud, en Inde, en Afrique, ont une aspiration à la prospérité, à rejoindre une prospérité comparable à la nôtre », explique Thomas Piketty. « Si on ne propose rien d’autre, si on ne propose pas un autre modèle, l’Inde, l’Afrique, l’Amérique latine vont s’enrichir en utilisant finalement le même modèle que celui qui a été utilisé en Europe, en Amérique du Nord, avec énormément d’émissions carbone et on va être sur des scénarios avec des réchauffements qu’on estime au-delà de 4°C, qui sont vraiment cataclysmiques », détaille l’économiste.

« Un transfer graduel vers les secteurs immatériels »

Le rapport du Global Justice Project propose d’aller vers une convergence des revenus de tous les pays d’ici 2100 à un niveau équivalent à celui des pays riches d’aujourd’hui, environ 5 000 euros par mois et par habitant, avec « un transfert graduel des secteurs matériels vers les secteurs immatériels », selon Thomas Piketty. « Concrètement, ça veut dire réduire la part du secteur des biens manufacturés de la construction » et « augmenter par contre la part des secteurs immatériels, notamment de l’éducation et de la santé », ajoute-t-il.

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Gabriel Zucman : « Taxer les ultra-riches est un vaccin contre l’oligarchie »

Samedi 15 novembre 2025

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31 min Écouter

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/bistroscopie/bistroscopie-du-samedi-15-novembre-2025-9421377

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Ces changements passent notamment par une réduction globale du temps de travail, selon l’étude. « Ce que nous, on anticipe, c’est à la fin du XXIe siècle, 1 000 heures travaillées par an à l’échelle mondiale, donc c’est l’équivalent d’une demi-journée travaillée cinq jours sur sept », explique l’économiste Lucas Chancel, codirecteur du World Inequality Lab), également sur France Inter. Il rappelle que les inégalités ont baissé au cours du XXe siècle avant de remonter un peu depuis les années 1980 et que le temps de travail, lui aussi, n’a cessé de décroître au cours du siècle dernier. « Se dire qu’on aurait atteint le niveau ultime de progrès social, de développement humain, qu’on ne pourrait plus progresser du tout, ça tient vraiment d’une sorte de défaitisme de la pensée progressiste », affirme Lucas Chancel.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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