Publié le lundi 25 mai 2026 à 18:39 https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-monde-a-l-endroit/le-monde-a-l-endroit-du-lundi-25-mai-2026-6256290?at_medium=newsletter&at_campaign=inter_quoti_edito&at_chaine=france_inter&at_date=2026-05-26&at_position=6
Le monde à l’endroit
Par Rédaction Internationale
Dans une encyclique largement commentée, ce lundi, Léon XIV appelle à une régulation mondiale de l’intelligence artificielle.
Avec
- Frédéric SaysJournaliste à la rédaction internationale de Radio France
Pourquoi cette prise de position papale rencontre-t-elle autant d’écho ?
À première vue, on pourrait y voir un simple effet de contraste. D’un côté une institution millénaire, l’Église. De l’autre, une technologie tout récente, l’intelligence artificielle générative. Mais cette explication est loin d’être suffisante. Historiquement, le Vatican a toujours abordé les questions d’actualité. Il y a plus d’un siècle, Léon XIII publiait une encyclique sur la révolution industrielle. Plus récemment, le Pape François insistait sur l’écologie et le changement climatique.
Non, si la voix du Pape a autant porté sur l’IA, c’est parce que cette voix est bien seule. Le cri d’alarme pontifical met en évidence, par contraste, le grand silence des institutions internationales sur ce sujet.
Pourtant, la régulation de l’intelligence artificielle générative devrait figurer au sommet de leurs priorités.
Il y a peu de thèmes qui concentrent autant de questions cruciales : des implications économiques, militaires, géopolitiques, anthropologiques. Face à ces risques, ce serait typiquement un sujet pour les Nations Unies, ou pour toute autre instance multilatérale.
Dans la course à l’IA, c’est chacun pour soi
« Fonce d’abord, réfléchis après » : voilà le mot d’ordre qui semble guider l’ensemble des pays de la planète.
Dans cette course effrénée, la cadence est imprimée par Donald Trump. Il accélère tant qu’il le peut, rétif à toute forme de régulation qui pourrait freiner la domination américaine.
La Chine redouble d’efforts avec, au passage, assez peu de doutes existentiels sur la question des libertés individuelles et de la vie privée.
Et voici l’Europe, lancée à leur poursuite. Les performances des uns et des autres se mesurent en milliards de dollars investis dans les data centers. Ces performances sont dopées par une transfusion de capitaux : les fonds d’investissements, les pays du Golfe, qui misent sur l’économie de demain, celle de l’après-pétrole.
Mais qui sifflera la fin de la course ? C’est tout le problème : les compétiteurs sont nombreux, mais il n’y a pas d’arbitre pour définir les règles.
A ce point ?
Il existe quand même quelques initiatives, comme le Rapport international sur la sécurité de l’IA. Cet organe rassemble des chercheurs – une sorte de GIEC, non pas sur le changement climatique, mais sur le changement numérique.
Cette initiative est soutenue par l’ONU, l’Union européenne et une trentaine de pays, mais ni la Chine ni les États-Unis, ce qui limite évidemment sa portée.
Le président de cet organe, le chercheur Yoshua Bengio, soulève d’ailleurs un paradoxe : pour avoir une chance d’influer sur les futures normes qui encadreront l’IA, il faut devenir un géant de ce secteur. Autrement dit, un pays largué sur cette technologie n’aura aucune voix au chapitre pour la réguler demain.
Voilà donc l’immense défi, presque vertigineux, au moment où l’IA s’est installée partout sur nos téléphones, dans le creux de nos mains.
Une technologie surpuissante entre nos deux pouces que le pape, lui, veut mettre à l’index.