Autoriser dans l’Hexagone des pesticides non approuvés par l’UE. C’est le choix fait par le gouvernement français !

La France autorise des pesticides très toxiques non homologués par l’Europe

ÉcologieOn en Agro

Autoriser dans l’Hexagone des pesticides non approuvés par l’UE. C’est le choix fait par le gouvernement français, deuxième pays d’Europe à accorder le plus de dérogations. « Basta! » a identifié plusieurs substances actives.

par  Sophie Chapelle

7 mai 2026 à 07h00modifié le 11 mai 2026 à 17h36Temps de lecture :6 min.

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un "pesti'bar" avec deux personnes en combinaison blanche et masquées

Un « Pesti’Bar » est ouvert devant l’Assemblée nationale le 11 février 2026, afin de protester contre la loi Duplomb. © Sophie Chapelle

Saviez-vous que le gouvernement français autorise l’épandage de pesticides sur le territoire national alors même qu’ils ne sont pas autorisés au niveau européen ? Ces substances toxiques se retrouvent directement dans vos assiettes, les fruits que vous mangez ou dans votre eau potable.

Prenons le cas de l’insecticide Movento, fabriqué par le géant Bayer. Sa substance active, le spirotétramate, n’est pas autorisée à la vente dans toute l’Union européenne depuis 2024, suite à la non-demande de renouvellement de Bayer. Ce dernier aurait dû soumettre de nouvelles études, notamment sur la perturbation endocrinienne et la toxicité pour les abeilles. En l’état des connaissances, le spirotétramate est classé reprotoxique 2, c’est-à-dire suspecté toxique pour la reproduction et le développement du fœtus, et considéré comme « très toxique » pour les milieux aquatiques par l’Agence européenne des produits chimiques.

Cependant, cette substance active non homologuée peut être épandue en France depuis le 1er mars sur les cerises, pêches, abricots, pommes, poires, prunes, cassis, groseilles, myrtilles… Le gouvernement français a en effet accordé des dérogations pour cette substance active à la filière des fruits à pépins et des fruits rouges, en dépit des mentions de danger du produit, stipulées dès le début du dossier d’autorisation.

Extrait de l'autorisation de mise sur le marché du Movento par le ministère de l'Agriculture

Extrait de l’autorisation de mise sur le marché du Movento par le ministère de l’Agriculture, le 19 février 2026.

Comment la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a-t-elle pu accorder cette dérogation ? Elle a d’abord cédé aux pressions des producteurs de pommes de Corrèze qui réclamaient le retour du Movento pour faire face au puceron cendré. Ces derniers, dans une lettre cosignée par la FDSEA (fédération départementale de la FNSEA) et les Jeunes agriculteurs le 10 décembre 2025, déploraient « les interdictions successives de certains produits sur le territoire français [qui] placent les producteurs dans l’incapacité de maîtriser les invasions ».

« On a écrit une lettre à la ministre de l’Agriculture en voyant qu’elle avait réintroduit le Movento pour la betterave. On s’est dit qu’on allait saisir l’opportunité pour les pommes », disait un pomiculteur à France 3, en mars.

La filière betteravière est en effet la première à avoir bénéficié de dérogations, en 2024, pour l’insecticide Movento afin de faire face à la jaunisse véhiculée par des pucerons. Depuis deux ans, la filière bénéficie de dérogations renouvelées chaque printemps pour deux applications maximum par an. D’autres filières se sont engouffrées dans la brèche.

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Des dérogations en cas de « circonstances exceptionnelles »

Pourquoi cette substance active non homologuée en Europe peut-elle être utilisée dans les champs de betteraves et les vergers français ? Le gouvernement s’appuie sur un article de la réglementation européenne. Celui-ci autorise des dérogations durant 120 jours maximum en cas de « circonstances exceptionnelles », à savoir « lorsqu’un danger ou une menace compromettant la production végétale ou les écosystèmes ne peut être maîtrisé par d’autres moyens raisonnables ». En France, c’est le ministère de l’Agriculture qui est chargé de l’examen et de la délivrance de ces dérogations.

Or, selon un rapport de 2025 du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan, la France est très friande de ce dispositif, en plus d’être parmi les plus gros utilisateurs de pesticides. Elle est ainsi le deuxième pays en Europe accordant le plus de dérogations de produits pesticides dans l’Union européenne – avec 83 dérogations, derrière l’Italie qui en a accordé 116.

graphique sur le nombre de dérogations de produits pesticides accordés par les pays européens

La France est le deuxième pays en Europe qui a accordé le plus de dérogations de produits pesticides en 2024. 

© HCSP

Toujours selon ce rapport, le nombre de dérogations de produits pesticides accordées par la France tend à augmenter ces dernières années. Au 30 avril 2026, selon nos calculs, 58 dérogations ont d’ores et déjà été accordéespar le ministère.

Si ces dérogations concernent en partie des produits dits de « biocontrôle », basés sur l’utilisation de mécanismes naturels, ou des huiles essentielles qui ne disposent pas encore d’une autorisation, elles sont aussi liées à des substances actives non réapprouvées au niveau de l’Europe, comme le confirme le lobby des pesticides Phyteis. Selon France Nature Environnement, deux raisons expliquent leur non-homologation : soit, ces substances actives n’ont pas encore été autorisées en raison d’études incomplètes, soit, elles n’ont plus d’autorisation de mise sur le marché, comme dans le cas du Movento.

un bidon de l'insecticide verseon

BASF met en avant sur son site internet la dérogation 120 jours dont bénéficie son insecticide Verseon.

Capture d’écran.

En regardant dans le détail la liste des dérogations accordées cette année par le ministère, Basta! a identifié une substance active développée par BASF, le dimpropyridaz. Elle compose le produit insecticide Verseon, qui vise à lutter contre les pucerons verts et les jaunisses virales dans les champs de betteraves. Or, cette substance active n’a pas été approuvée par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa).

Nous avons également relevé une autorisation pour le désherbant Avanza, dont la substance active est le benzobicyclon. Depuis 2021, ce désherbant est autorisé dans les rizières de Camargue au titre de l’« urgence phytosanitaire ». Pourtant, sa substance active n’a jamais été homologuée au niveau européen.

La justice comme recours

Ces dérogations peuvent parfois être annulées par le juge administratif. En juillet 2025 à Cergy-Pontoise, le tribunal a annulé la dérogation accordée au Prowl 400, contenant la substance active pendiméthaline. Bien que cette substance fabriquée par BASF soit classée cancérogène possible avec une toxicité thyroïdienne, le ministère avait autorisé sa mise sur le marché pour tuer les mauvaises herbes en amont de la récolte des haricots. Pour le tribunal, cette présence d’adventice avait un caractère « ordinaire et récurrent » ne justifiant pas une dérogation.

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Les associations France Nature Environnement et Générations futures espèrent la même issue pour le recours administratif déposé le 17 avril dernier concernant l’autorisation de mise sur le marché du Movento et de sa substance active, le spirotétramate. « Les ravageurs visés (pucerons, cochenilles, psylles, mouches des fruits) sont connus et récurrents, il ne s’agit donc pas d’une circonstance “exceptionnelle” », défendent-elles dans un communiqué, précisant que « des alternatives chimiques et non chimiques existent ». La procédure en justice devrait prendre plusieurs mois. D’ici là, le Movento aura déjà été épandu dans les vergers.

Vous ne trouverez en revanche nulle trace de semences enrobées de néonicotinoïdes dans les dérogations accordées par le gouvernement français. À la suite d’une action associative, un arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne de janvier 2023 interdit aux États membres d’accorder des dérogations concernant les semences aux néonicotinoïdes, y compris dans des circonstances exceptionnelles.

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C’est ce qui conduit aujourd’hui le sénateur Laurent Duplomb à déposer une nouvelle proposition de loi pour réautoriser l’enrobage de semences avec du flupyradifurone, dont le mode d’action est similaire aux néonicotinoïdes. Déroger, quels qu’en soient le coût, les pollutions et le nombre de cancers que cela provoque.

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Auteurs / autrices

  • Sophie ChapelleJournaliste, basée en région lyonnaise : je m’occupe en priorité des sujets liés à l’écologie. Passionnée par les questions agricoles et alimentaires, je multiplie enquêtes et reportages depuis plus de dix ans, pour mieux comprendre les dessous de nos assiettes. Repérer et raconter des alternatives qui font système fait aussi partie de mon travail. Officie également pour le mensuel Campagnes solidaires. Retrouvez moi sur MastodonBluesky et LinkedIn

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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