6 millions de décès cardiovasculaires : 3 facteurs nutritionnels en première ligne
Une analyse du Global Burden of Disease portant sur 204 pays et 33 ans de données confirme que les facteurs alimentaires restent un déterminant majeur des décès cardiovasculaires, avec de fortes inégalités géographiques.
Les maladies cardiovasculaires demeurent la première cause de mortalité et de morbidité dans le monde. Malgré des avancées en termes de prévention et de prise en charge, leur prévalence continue d’augmenter, sous l’effet de l’augmentation de la population, du vieillissement démographique et de la persistance d’expositions à des facteurs de risque modifiables.
Les facteurs alimentaires occupent une place centrale parmi ces derniers, tout au long de la vie. Le risque cardio-vasculaire est influencé à la fois par une consommation excessive d’aliments néfastes à la santé et un apport insuffisant d’aliments protecteurs. De grandes études épidémiologiques ont montré qu’une alimentation riche en végétaux est associée à une réduction de la mortalité cardio-vasculaire, alors qu’une consommation élevée de viande rouge et transformée est associée à une augmentation du risque de cardiopathie ischémique.
Malgré de très nombreuses publications consacrées à ce sujet, les données restaient incomplètes, limitées à certaines régions, à certaines périodes ou à des pathologies spécifiques. Le programme Global Burden of Disease permet une vue d’ensemble du rôle des facteurs alimentaires sur les maladies cardio-vasculaires à l’échelle mondiale, en intégrant les évolutions démographiques, nutritionnelles et épidémiologiques, sur les 33 dernières années.
Une analyse récente issue du GBD 2023, une étude collaborative portant sur 375 maladies et 12 facteurs de risque modifiables dans 204 pays, s’est plus particulièrement intéressée à la part des maladies cardio-vasculaires attribuables à 13 facteurs alimentaires spécifiques, entre 1990 et 2023, en tenant compte des disparités géographiques, sociodémographiques, ainsi que des variations selon l’âge et le genre. L’objectif est de fournir des données pour l’élaboration des stratégies de prévention et d’adapter les recommandations nutritionnelles selon les contextes.
Des progrès individuels masqués par l’évolution démographique
Les données confirment que l’impact des maladies cardiovasculaires reste élevé à travers le monde, et inégalement réparti. En 2023, les facteurs alimentaires sont responsables de 5,9 millions de décès cardiovasculaires et de 141 millions de DALYs (disability-adjusted life years ou espérance de vie corrigée de l’incapacité, exprimant l’impact d’une maladie en années de vie perdues). Ces chiffres augmentent en valeur absolue depuis 1990, mais les taux standardisés sur l’âge ont diminué, ce qui traduit une amélioration relative du risque individuel, en partie masquée par le vieillissement et l’expansion démographique.
Parmi l’ensemble des facteurs de risque modifiables, c’est une pression artérielle systolique élevée qui pèse le plus sur la mortalité et la morbidité cardiovasculaires, devant les risques alimentaires, le LDL cholestérol et la pollution de l’air. Au sein des facteurs alimentaires spécifiquement, trois dominent : un apport excessif en sodium, une faible consommation de fruits et un faible apport en céréales complètes. Ces trois facteurs expliquent la majorité des conséquences cardiovasculaires attribuables à l’alimentation, par leurs effets sur la pression artérielle, l’inflammation et les perturbations métaboliques.
L’analyse met aussi en évidence de fortes disparités géographiques. Les taux standardisés les plus élevés sont observés dans certaines îles du Pacifique (Îles Salomon et Nauru), et les nombres absolus de décès les plus élevés concernent les pays très peuplés, comme la Chine et l’Inde. Les variations sont aussi socio-démographiques : dans les pays à revenus élevés, le rôle d’un excès de sodium prédomine, alors que dans les pays à faibles revenus, le déficit en aliments protecteurs, notamment les fruits, est le principal déterminant.
Enfin, les effets des facteurs alimentaires varient aussi selon le genre et l’âge, les hommes présentant un risque plus élevé que les femmes et le risque augmentant fortement avec l’âge.
Pour les auteurs, ces données suggèrent que les stratégies préventives actuelles restent insuffisantes pour compenser les effets du vieillissement de la population mondiale. Ils insistent sur la nécessité de renforcer les actions ciblant la réduction de la consommation de sel et l’amélioration de l’accès aux aliments protecteurs. Ils plaident pour une approche à la fois individuelle, par le conseil nutritionnel, et populationnelle, par des politiques structurelles telles que la réduction du sel dans les aliments industriels, l’étiquetage nutritionnel, la fiscalité ainsi que l’amélioration de l’accès aux aliments sains.