La CGT doit rester à la Bourse du travail à Carcassonne !
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Le maire RN nouvellement élu de Carcassonne n’a pas traîné pour s’attaquer à la démocratie et en particulier la démocratie social
Le droit de manifester existe à la seule condition d’être en accord avec la ligne politique du RN. C’est le règne de la pensée unique.
Après la ligue des droits de l’Homme locale, qui s’oppose à un arrêté anti-mendicité visant le centre ville et la cité médiévale pour « rétablir l’ordre », après la presse locale, après la culture, le maire RN de Carcassonne s’en prend maintenant aux organisations syndicales représentant les travailleurs.euses de l’Aude.
Il menace aujourd’hui d’expulser la CGT des locaux de la Bourse du travail, qu’elle occupe depuis 89 ans (sauf pendant la seconde guerre mondiale, sous le régime de Vichy).
La Bourse du Travail, depuis sa création, est un lieu de rassemblement pour les syndicats, les travailleurs.euses, et tous celles et ceux qui luttent pour la justice sociale, l’égalité et la dignité sur le lieu de travail et dans la vie. La Bourse du travail est aussi un lieu de formation, d’échange, d’émancipation pour les salariés.es, privés.es d’emploi, retraités.es.
La stratégie du RN est bien établie, et Carcassonne est son laboratoire : bâillonner tout ce qui gêne !
Défendons la liberté d’expression, nos libertés syndicales, les Bourses du travail, outils indispensables pour la défense des salariés.es ! Défendons la Bourse du travail de Carcassonne !Signaler une violation des politiques

Au Rassemblement national, les nouveaux maires ciblent l’Europe, la culture et les syndicats : « Ils y vont plus franchement »
« Le Monde » a passé au crible les premières décisions des maires d’extrême droite élus en mars. Si les promesses fiscales ne sont pas encore tenues, les maires ont quasiment tous relevé leurs indemnités et embauchent des policiers, sans craindre de s’en prendre aux acteurs locaux politiquement hostiles.
Par Clément Guillou
Publié aujourd’hui à 05h00, modifié à 10h50 https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/05/10/au-rassemblement-national-les-nouveaux-maires-ciblent-l-europe-la-culture-et-les-syndicats-ils-y-vont-plus-franchement_6687664_823448.html
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La « stratégie de la cravate », Christophe Barthès n’y tenait plus – avant d’entrer à l’Assemblée nationale en juin 2022, le député de l’Aude n’en avait jamais porté, « même pour [s]es mariages ». Elu maire de Carcassonne le 22 mars, l’ex-parlementaire du Rassemblement national (RN) a adopté la stratégie de l’écharpe, qu’il prend davantage plaisir à porter : loin de Paris, les mains libres dans la cité médiévale, il y déploie la panoplie d’un pouvoir d’extrême droite, sans faux-semblants.
Offensive contre les syndicats et la presse locale, atteinte au budget de la culture ou à un marché populaire de fripes, décisions symboliques flattant la fibre nationaliste de son électorat : le paysan vigneron incarne, dans ses premières semaines de mandat, l’exercice du pouvoir décomplexé des nouveaux maires RN. Non sans délectation : « C’est tellement rare que l’on fasse ce que l’on dit que les gens trouvent cela extraordinaire, feint-il de s’étonner. Mais ce que pensent les bobos, ça ne me tracasse pas. »
Son agitation n’est pas passée inaperçue au sein du parti, où sa truculence est globalement appréciée : « Les gens de chez nous cherchent une rupture : que cela tranche un peu en matière de communication, soit ils s’en moquent, soit ça leur plaît, analyse Christopher Szczurek, sénateur RN du Pas-de-Calais, où l’extrême droite a obtenu le plus grand nombre de victoires aux municipales. Même ceux qui n’ont pas voté pour nous peuvent se dire qu’avec nous ça change. » Gare, préviennent d’autres, à ce que ces actions symboliques ne menacent pas l’entreprise de normalisation du parti : « J’alerte sur ce genre de pratiques à l’approche de la présidentielle, glisse un député habitué des plateaux de télévision. Je ne veux pas avoir à me justifier pendant la moitié de mes matinales sur ce que fait le maire de Carcassonne. »
Christophe Barthès, comme quelques-uns de ses collègues, est loin de la discrétion observée par les rares élus des crus 2014 et 2020. « Ils y vont plus franchement, ils n’avaient pas agi aussi rapidement en 2014 », observe le photojournaliste Vincent Jarousseau, auteur de reportages au long cours dans les villes lepénistes – L’Illusion nationale (avec Valérie Igounet, Les Arènes, 2017) et Dans les âmes et les urnes (Les Arènes, 2025). « Ils voulaient alors donner des gages de bonne conduite, effacer le souvenir de 1995 [lorsque les maires Front national avaient tenté d’appliquer le programme national du parti, quitte à sortir du cadre légal]. Là, ils semblent plus conquérants, encouragés par leur force nationale. »
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« Nos maires n’ont pas été élus pour faire pareil que les autres, assume Ludovic Pajot, président du conseil des élus locaux du RN et maire réélu de Bruay-la-Buissière (Pas-de-Calais). Et lorsque certaines structures [associatives ou syndicales] font de la politique contre la municipalité, les choix s’imposent. »
Dans ce parti caporalisé, dont les quelque 70 nouveaux édiles sont rassemblés dans une boucle WhatsApp où l’on s’échange contacts et conseils pratiques, le siège ne voit pour l’heure pas grand-chose à redire aux débuts de ses maires. Ils sont libres de leurs actions, « tant qu’ils respectent la philosophie du programme : pas de hausse des impôts, hausse des moyens pour la sécurité, et amélioration du cadre de vie », assure Ludovic Pajot. Le président du RN, Jordan Bardella, l’a toutefois chargé de rappeler à l’ordre ses collègues, après que Christophe Barthès et d’autres ont décroché le drapeau européen du fronton de leur mairie : nul besoin, expliquait en substance la note, de mettre en scène la détestation d’une institution dont le RN ne remet plus en cause l’existence. Au-delà de ces gestes symboliques qui ont fait beaucoup réagir, Le Monde s’est penché, dans le détail, sur les débuts des édiles RN, dont se dégagent plusieurs lignes claires.
Des baisses d’impôt reportées, mais des indemnités d’élus en hausse
« Un budget de transition » : c’est la formule employée par la plupart des nouveaux maires RN, tenus d’adapter à la hâte les budgets préparés par leurs prédécesseurs. Globalement, les édiles n’ont pas pu, ou voulu, modifier radicalement leurs orientations, s’abritant derrière la commande d’un audit financier, généralement confié à un cabinet externe. « On pourra ainsi optimiser nos marges pour réaliser nos projets, justifie Alexandra Masson, nouvelle maire de Menton (Alpes-Maritimes). Cela permet aussi de voir s’il y a des cadavres dans les placards, et le coût est marginal au regard de ce que l’on peut économiser derrière par une restructuration. »
La baisse des impôts locaux, argument de campagne des lepénistes mais très rarement appliquée dans les mairies RN depuis 2014, est remise à plus tard – hormis, très légèrement, à Carpentras (Vaucluse) ou à Oignies (Pas-de-Calais). Mis en retrait de la direction du parti, le maire RN de Fréjus (Var), David Rachline, a pu librement assumer une hausse franche des impôts locaux, dans sa ville comme dans l’agglomération dont il est le vice-président – une augmentation de la fiscalité dénoncée par… la députée RN de la circonscription, Julie Lechanteux.
Partout, le désendettement est érigé en priorité, y compris lorsque les caisses sont pleines. Par conséquent, les investissements sont révisés à la baisse, qu’il s’agisse de la rénovation des écoles ou de grands projets. Parmi les rares projets annoncés, on retrouve surtout la création de places de parking, reflet de l’importance qu’a prise la voiture dans le discours du RN.
Les dépenses de fonctionnement, en revanche, sont projetées à la hausse, du fait de l’inflation, du recrutement de policiers et de collaborateurs de cabinet, ou du rallumage de l’éclairage public la nuit ; et, très souvent, de la hausse des indemnités des élus. Dans la quasi-totalité des villes, les maires RN s’octroient de franches augmentations, allant jusqu’au plafond légal prévu par la loi, en dépit des critiques des oppositions. Il s’agit souvent de pallier l’absence de revenus complémentaires, contrairement à leurs prédécesseurs, qui cumulaient avec l’exécutif de l’intercommunalité. « En tant qu’élus, comme les maires élus en 2014, eux ne sont pas dans une logique de se serrer la ceinture », constate Vincent Jarousseau. « Il y a un effet psychologique, mais ce sont des sommes dérisoires dans le budget de la commune », relativise Alexandra Masson.
Sus à la culture « élitiste » ou « coûteuse »
Les premières pistes d’économie, elles, sont claires. A Bagnols-sur-Cèze (Gard), l’ex-députée RN Pascale Bordes s’interroge en conseil municipal sur la nécessité d’accueillir un chanteur qu’elle ne connaît pas – le populaire Ben Mazué –, pour un cachet jugé trop élevé, le 10 juillet. « Nous serons plus attentifs aux programmations culturelles. Je ne critique pas le choix culturel, c’est un choix économique », dit-elle, appelant à limiter les dépenses sur ce poste.
A Carcassonne, le budget du pôle culturel, stable en apparence, se retrouve de facto réduit de plusieurs centaines de milliers d’euros : « On a demandé à tous les services de serrer la tringle », image Christophe Barthès. La partie « off », donc gratuite, du festival de Carcassonne devrait en subir les conséquences, craint l’opposition. A Agde (Hérault), l’ex-député RN Aurélien Lopez-Liguori a réduit le festival de cinéma et les concerts gratuits sur la « scène flottante » de la station balnéaire. A La Seyne-sur-Mer (Var), c’est la fin du festival Bonaparte, une semaine culturelle célébrant la défense de Toulon, assiégée par une coalition royaliste, par le futur empereur – trop cher, là encore.
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Le coût jugé démesuré de ces animations n’est pas le seul objet du courroux des édiles lepénistes. Ils critiquent également la programmation jugée « élitiste » de certaines manifestations, d’ores et déjà menacées, annulées ou dont les subventions seront réduites : Jazz à Vauvert (Gard), Festival international du film politique à Carcassonne, centre socioculturel à La Flèche (Sarthe), festival de street art à La Seyne-sur-Mer… Le nouveau maire de la ville varoise, Dorian Munoz, préfère « les combats de MMA ou de catch » et aimerait attirer des sports extrêmes sponsorisés par la marque Red Bull. « On ne veut pas d’événements à destination d’une certaine élite, qui coûtent beaucoup d’argent et où le public n’est pas au rendez-vous. On prône une culture populaire », résume Ludovic Pajot, qui a repris en main les propositions culturelles dans sa ville, selon Mediapart.
Les associations contestataires ciblées
Le RN n’a jamais aimé les syndicats de salariés, qui le lui rendent bien. Ses maires s’appliquent à décliner ce mépris. Les cérémonies du 1er-Mai à Liévin ou à Grenay, dans le Pas-de-Calais, ont été annulées ou réorganisées afin de priver les syndicats de prise de parole, au motif qu’ils critiquent l’extrême droite. A Saint-Avold (Moselle), la fête organisée chaque année par la CGT dans le parc municipal est, pour l’heure, annulée, officiellement pour raison de sécurité.
Les syndicats ont été privés de toute aide, financière ou matérielle, par la mairie de Carcassonne, en raison de leur participation à une manifestation contre l’extrême droite – Christophe Barthès a aussi expulsé la Ligue des droits de l’homme de ses locaux après qu’elle a attaqué son arrêté antimendicité. Le maire, matamore : « Ils peuvent me combattre tant qu’ils veulent, mais pas avec notre pognon. Quand on me met une gifle, je mets un marron ! » Les associations ou artistes considérés comme de gauche sont également ciblés, à Vauvert ou à La Flèche, où le jeune maire, Romain Lemoigne, a privé de subventions une association d’aide aux exilés et une autre de lutte contre l’illettrisme, au profit de la Croix-Rouge, des Restos du cœur et du club de roller.
« Du bleu » et du « bleu-blanc-rouge »
Dans les yeux de ses administrés, Alexandra Masson dit avoir vu « du bonheur de revoir des drapeaux » : dès son arrivée, elle a pavoisé la ville aux couleurs tricolores et mentonnaises. Le bleu-blanc-rouge, au cœur de la matrice lepéniste et de son logo, une flamme tricolore empruntée à l’ancien parti néofasciste italien MSI, est consubstantiel à la communication des maires RN. Sitôt arrivé, le maire de La Flèche a balayé l’ancien logo de la ville, élaboré après une consultation des habitants et faisant la part belle à l’environnement naturel de la commune, pour en proposer un nouveau : deux tours médiévales encadrant une flèche, le tout en bleu-blanc-rouge. Le maire de Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes), Bryan Masson, a déployé un immense drapeau français sur l’hôtel de ville et promis un « pavoisement complet de la commune d’ici au 14-Juillet, pour faire rayonner partout la fierté française ».
Rien ne devant concurrencer le drapeau tricolore, les emblèmes européens ont, la plupart du temps, été décrochés – même ceux des alliés de la seconde guerre mondiale à Liévin, le 8 mai. Pas partout, toutefois : « J’estime qu’un maire ne doit pas enlever un drapeau et j’ai d’autres priorités, à savoir les Rivesaltais, que penser à enlever le drapeau européen », a lâché le maire de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), Julien Potel, en conseil municipal, après avoir dit son intention d’aller chercher davantage d’aides de l’Union européenne. Il en faudra, dit-il, pour financer les projets, puisqu’il compte investir le peu d’argent disponible dans le renforcement de la police municipale. « Plus il y a de bleu sur le terrain, plus c’est efficace », a-t-il estimé – bien que les crimes et délits aient augmenté, entre 2019 et 2024, dans sept des neuf villes de plus de 10 000 habitants gérées par le RN, selon des chiffres consultés par Le Monde – malgré l’importance des moyens. De très nombreux maires ont réservé leur premier déplacement à la police municipale, à qui sont promis des armes et des renforts humains.
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Priorité nationale, drapeaux décrochés et 1ᵉʳ-Mai amputé : à Liévin, Dany Paiva et le RN impriment leur radicalité
Profitant de la désertion socialiste depuis son élection, le 22 mars, le maire compte appliquer à sa commune plusieurs fondamentaux de l’extrême droite. Dany Paiva promet notamment d’appliquer la « priorité nationale » dans l’attribution des logements sociaux, une mesure discriminatoire, pénalement répréhensible.
Par Corentin Lesueur (Liévin (Pas-de-Calais), envoyé spécial)Publié
aujourd’hui à 05h00 https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/05/10/priorite-nationale-drapeaux-decroches-et-1-mai-ampute-a-lievin-dany-paiva-et-le-rn-impriment-leur-radicalite_6687663_823448.html
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Dany Paiva s’est cru en plein cauchemar, jeudi 7 mai : le fronton de sa mairie de Liévin (Pas-de-Calais) pavoisé des drapeaux des Etats-Unis, du Canada, du Royaume-Uni, de la Belgique, de la Pologne et de la Russie. « Qu’est-ce que c’est que ça ? » Si l’édile d’extrême droite a fait descendre l’étendard européen sitôt élu, le 22 mars, ce n’est pas pour en voir d’autres sous le beffroi de l’hôtel de ville. Renseignements pris, les services municipaux ont, comme chaque année, sorti les drapeaux des alliés pour célébrer le 8-Mai et la capitulation de l’Allemagne nazie. Pas une raison suffisante aux yeux de l’élu de 30 ans. Consigne est vite passée : « Qu’ils les retirent, je ne veux que le drapeau français ! »
Les habitudes cérémoniales de la cité minière ne sont définitivement pas du goût de son nouveau maire. En amont du 1er-Mai, Dany Paiva avait confié à France Inter son « choix de supprimer la cérémonie » d’hommage aux « gueules noires ». Tollé général dans une commune où les monuments, les stèles, les statues, jusqu’aux ronds-points, racontent à chaque coin de rue une identité construite dans la pénible – et meurtrière – extraction du charbon. Le Gardois de naissance a rétropédalé et déposé une gerbe, mais les syndicats ont été privés de discours dans la mairie, une coutume locale. Une première bourde symbolique pour le maire, pourtant placé sous la tutelle du Rassemblement national (RN) depuis son élection surprise.
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Jeune, souriant, dévoué et disponible : Dany Paiva cochait toutes les cases du parfait relais dédiabolisé pour le parti. « Ce profil plaît notamment aux jeunes de 18 à 30 ans d’ici, déjà acquis pour la plupart à Marine Le Pen, qui ont grandi avec le RN et n’ont pas bénéficié, comme les générations précédentes, des structures d’encadrants et du tissu associatif de la gauche au faîte de sa puissance », observe le chercheur Pierre Wadlow, qui prépare une thèse sur le rapport à la politique des classes populaires du bassin minier.
Ambitions modestes
Personne, pourtant, ne croyait en la victoire de Dany Paiva au RN, considéré comme trop tendre et nouveau pour conquérir le fief de gauche, aux mains des socialistes depuis l’après-guerre. C’était sans compter sur le renoncement surprise, à deux mois du scrutin, du maire sortant et baron local, Laurent Duporge, maire de 2013 à 2026. « Nous avons longtemps été protégés du RN et du populisme localement, car les électeurs se raccrochaient à des figures locales solides ; ce verrou a sauté, analyse Thierry Coulombel, premier secrétaire fédéral du PS du Pas-de-Calais. Grosso modo, on ne veut plus de nous. J’ai peur que ce soit aussi simple que ça. »
Dix ans de militantisme et six à gérer la communication des mairies de Beaucaire (Gard) puis d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) ne préparent pas à la direction soudaine d’une ville de 30 000 habitants. Bruno Bilde, député et pionnier de l’implantation locale du RN dans le bassin minier, a passé quinze jours à ses côtés en mairie avant de le juger « autonome ». Ou presque. Les tuteurs héninois ont orchestré la riposte lors de la polémique du 1er-Mai et envoyé Michaël Payet-Maugeron, leur adjoint aux affaires sociales et au logement, à l’habitat et aux seniors et fidèle conseiller, constituer le cabinet du néophyte.


Flottant encore dans son costume de maire, le trentenaire cherche du coin de l’œil son conseiller quand la discussion s’éloigne des éléments de langage. La situation de la ville devrait plutôt le rassurer. Ecoles et piscine à inaugurer, finances relativement saines, insécurité en baisse : Dany Paiva se prépare plus à gérer qu’à redresser. Ça tombe bien, ses promesses consistent essentiellement à n’envisager « aucun grand projet » pour baisser les impôts locaux et instaurer « plus de démocratie » ; soit la tenue de « réunions dans les quartiers » qu’organise tout maire. Les ambitions modestes assumées par Dany Paiva ne l’ont pas empêché de faire voter l’augmentation de son indemnité.
La pression ne viendra pas plus des habitants croisés, apathiques devant la bascule historique de leur ville dans l’escarcelle frontiste. Ils aimaient l’ancien maire et n’ont rien contre le nouveau. Ils votaient RN aux scrutins nationaux et n’avaient plus de raison de ne pas le faire aux municipales. « M. Paiva » est « gentil », « on verra bien ce qu’il fera ». Après son installation sur la pointe des pieds, l’élu compte bien appliquer à sa commune plusieurs fondamentaux de l’extrême droite.

Dans la droite ligne de ses homologues lepénistes, Dany Paiva veut mettre au pas la culture. Officiellement, il s’agit seulement de promouvoir une programmation plus « populaire ». En coulisses, les manœuvres ont commencé pour soumettre un secteur jugé trop à gauche. Le dernier conseil municipal a entériné la nomination d’un futur directeur culturel, chargé de superviser le marché de Noël, le conservatoire et le centre Arc-en-ciel. L’actuel directeur de ce dernier, accusé par le maire de soutenir une culture de « caste », verra son poste supprimé.
Refus d’obstacle
Dany Paiva souhaite aussi apposer la patte lepéniste en matière d’habitat. Le maire de Liévin annonce qu’il instaurera la « priorité nationale », clé de voûte xénophobe du programme du RN, dans l’attribution des logements sociaux. « Pour chaque logement, le maire reçoit trois dossiers. J’appliquerai le critère de la priorité nationale. Il n’y aura pas de discrimination fondée sur le nom de famille, bien sûr, mais l’application du critère de la nationalité », développe Dany Paiva. Une décision discriminatoire, pénalement répréhensible. Le maire veut instituer un autre critère tout aussi illégal dans la sélection des locataires HLM : « Je tiendrai compte de la présence sur les rapports de la police municipale de noms de famille qui pourraient se retrouver dans les demandes [de logement]. »

L’ancien assistant parlementaire européen a, pour le moment, les coudées franches. Et il n’aurait pu rêver d’une opposition plus résignée. Dans la foulée du sénateur socialiste du Pas-de-Calais Jérôme Darras, battu par Dany Paiva au second tour, les socialistes ont démissionné les uns après les autres du conseil municipal, au point de repêcher jusqu’au 37e de liste pour rassembler neuf élus. « Je suis incapable de siéger en tant que conseiller municipal d’un maire RN, devant les bustes d’Arthur Lamendin [maire au début du XXe siècle et figure du syndicalisme minier] et de mon père Henri Darras [maire de 1952 à 1981] », répète le parlementaire défait. La litanie de refus d’obstacle a désarçonné de nombreux agents publics. « Toutes les personnes que je connais se sont senties abandonnées », souffle Nadège Poly, secrétaire générale de l’union locale CGT de Liévin.
Des habitants actent un lien rompu avec une classe politique hier indéboulonnable. Un commerçant, soucieux de conserver l’anonymat, regrette une désertion brutale, bien au-delà de la salle du conseil municipal. Inconditionnel de l’équipe de basket, il ne manquait jamais de saluer les élus socialistes dans les gradins de la halle Vézilier. Lors du dernier match, il n’avait plus que la main du maire RN à serrer. Un champ libre inespéré pour un élu en quête de légitimité. « Je suis comme un poisson dans l’eau, se réjouit le maire. J’ai parfois l’impression que j’ai toujours été maire. »

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Corentin Lesueur (Liévin (Pas-de-Calais), envoyé spécial)
A Nice, l’allié du RN Eric Ciotti met en scène baisses d’impôts locaux et coupes budgétaires
Le nouveau maire de Nice a choisi de réduire les impôts locaux des résidences principales et secondaires. Pour financer ce manque à gagner sans creuser la dette, la municipalité a présenté un plan d’économies de 60 millions d’euros.
Par Sofia Fischer (Nice, correspondance)Publié hier à 17h00https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/05/09/a-nice-l-allie-du-rn-eric-ciotti-met-en-scene-baisses-d-impots-locaux-et-coupes-budgetaires_6687475_823448.html
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Visites filmées de locaux luxueux de la métropole, véhicules de fonction vendus aux enchères, suppression des subventions pour les grands événements sportifs… le premier mois à la mairie d’Eric Ciotti (Union des droites pour la République, UDR, allié du Rassemblement national, RN) a été consacré à plusieurs opérations de communication annonçant des coupes budgétaires pour financer la baisse d’impôts locaux.
Le nouveau maire de Nice avait répété durant toute sa campagne qu’il mettrait fin au « système Estrosi » – l’ancien maire (Horizons) de la ville entre 2008 et 2026 –, afin de financer une baisse de la taxe foncière de 4,4 points et de la taxe d’ordures ménagères de 1 point. Fin avril, la pression fiscale de la ville est ainsi revenue à son niveau de 2023. La taxe d’habitation sur les résidences secondaires (nombreuses sur le territoire) a également été baissée.
Pour financer l’opération, le « démantèlement de la dépense publique » promis s’est fait en plusieurs actes, tous soigneusement mis en scène. Début avril, Eric Ciotti s’est d’abord filmé dans les bureaux parisiens de la métropole de Nice, une centaine de mètres carrés situés sur le boulevard des Invalides. « Je fermerai ces bureaux très luxueux », annonçait le nouvel élu dans cette vidéo, promettant de « rendre l’argent aux Niçois les plus démunis ».
Rémunération maximale
Huit jours plus tard, lors de son discours d’installation comme président de la Métropole Nice-Côte d’Azur, Eric Ciotti a annoncé la réduction d’un tiers des indemnités de tous les élus métropolitains, assurant qu’« une seule attitude sera désormais possible : le sérieux budgétaire ». Si le nouveau maire a certes réduit l’ensemble des indemnités – dont les siennes, en théorie –, il continuera grâce au cumul de ses mandats à toucher la rémunération maximale autorisée par la loi, soit 9 731 euros brut mensuels.
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Le 23 avril, troisième acte : sur le vieux port de Nice, Eric Ciotti installe des panneaux « à vendre » sur une vingtaine de véhicules de fonction de la mairie, dont celui de son prédécesseur, Christian Estrosi. Flanqué de larges banderoles « 60 millions d’euros pour le pouvoir d’achat des Niçois », le nouveau maire fait l’inventaire des dépenses faites par l’ancienne équipe. A commencer par les frais de bouche, puis les frais de représentation du maire (33 700 euros), le magazine municipal (600 000 euros), comme le dispositif de sécurité personnelle (240 000 euros par an) ou le parking gratuit pour le personnel de la mairie (27 700 euros).
Au micro, il lance, avec une certaine délectation : « Avec moi, il n’y aura pas de dîner à 220 000 euros [comme ce fut le cas lors de la Conférence des Nations unies sur l’océan sous l’ancienne mandature, en juin 2025]. Avec moi, on va vendre des dizaines de véhicules, je n’aurai pas trois voitures de fonction dont une à Paris. Avec moi, on va diviser par deux les frais de communication, on arrête le magazine municipal. Avec moi, il y aura deux fois moins de dépenses de petits fours. »
Par ailleurs, le président de l’UDR a annoncé que les subventions pour les grands événements sportifs – très chers à Christian Estrosi – seraient immédiatement supprimées. A quelques mois seulement de la date convenue, l’Ironman 70.3, l’ultra-trail et l’International de pétanque ont donc appris le retrait soudain des aides municipales, pour une enveloppe globale de plus de 2 650 000 euros, provoquant la panique dans les équipes d’organisation.
« Dégradation des services publics »
« Ce n’est pas une subvention, mais un partenariat dans le cadre d’un marché public », a commenté dans Nice-MatinFrédéric Lenart, directeur général d’UTMB Group, dont l’entreprise gère l’organisation des trois manifestations visées. « La fête est finie », a répondu le maire de Nice dans les mêmes colonnes, profondément agacé par la polémique.
Les élus de l’opposition y voient au mieux une « opération de com », au pire un « budget complètement fantasque ». Les estrosistes, eux, estiment que l’opération est rendue possible grâce à un excédent budgétaire de 24 millions d’euros laissé par leurs équipes. Ils accusent également la majorité de « prélever des crédits qui étaient prévus sur l’investissement pour les réinjecter en fonctionnement », selon Philippe Pradal, ancien premier adjoint de Christian Estrosi.
Julien Picot, élu d’opposition au conseil municipal (Parti communiste français) et président de la commission des finances de la ville de Nice, dénonce « une opération de communication bien rodée, plutôt qu’une réelle réponse structurelle aux enjeux budgétaires ». Avant de continuer : « Le montant de 60 millions agrège à la fois des dépenses de fonctionnement et d’investissement, ce qui rend le projet peu lisible (…). Concrètement, cela va entraîner une dégradation majeure des services publics de proximité : écoles, crèches, action sociale et aide à la personne seront directement impactées. Par ailleurs, la capacité d’investissement de la ville sera fortement réduite. »
Cette ligne ultralibérale n’est pas nouvelle chez Eric Ciotti. En 2015, déjà, alors qu’il était président du conseil départemental des Alpes-Maritimes, l’élu avait fait adopter une mesure « anti-35 heures », exigeant des fonctionnaires du département quatorze jours travaillés de plus par an pour le même salaire.
En janvier 2025, lors d’une conférence où il mettait à l’honneur les méthodes du président libertarien argentin Javier Milei, il avait exposé un programme ultralibéral censé résoudre les maux français, au prix d’une casse importante de la fonction publique. Des autocollants représentant une tronçonneuse – qu’avait également arborée Javier Milei – floquée UDR avaient même été imprimés pour l’occasion.
Le 1er mai, journée internationale des droits des travailleurs, Eric Ciotti a choisi d’être pris en photo dans une boulangerie pour réclamer ce qu’il estime être « la liberté du travail », dénonçant une France qui « pénalise ceux qui veulent travailler ». Quelques jours plus tôt, sur CNews, il avait plaidé pour une sortie des 35 heures pour le pays entier, estimant que les Français « ne travaillent pas assez sur la semaine, la journée et sur la durée de la vie ».
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