La ville et l’hôpital coopèrent davantage pour assurer les soins de garde
Dans son enquête annuelle sur la permanence des soins ambulatoires, l’ordre des médecins montre une bonne dynamique et un taux de couverture de 98%. Le rapport met en lumière les liens étroits entre la ville et l’hôpital dans le cadre de la PDSA.
Par Clémence Nayrac
Avec une couverture de 98% du territoire national, la permanence des soins ambulatoires (PDSA) poursuit sa dynamique positive. Le Conseil national de l’ordre des médecins (Cnom) a publié mi-avril son enquête annuelle portant sur les données à décembre 2025. Parmi les 103 conseils départementaux de l’ordre des médecins (CDOM) interrogés, 99 estiment que la PDSA remplit correctement sa mission sur tout ou partie de leur territoire. « La participation des médecins progresse et l’âge moyen des médecins régulateurs et effecteurs diminue, traduisant un engagement croissant des jeunes praticiens dans la permanence des soins », souligne le Cnom. L’enquête 2025 met en avant la diversité des missions assurées et les liens étroits entre ville et hôpital dans ce cadre.
Des liens ville-hôpital
En 2025, 37% des CDOM ont fait état de l’existence de partenariats ou de conventions établis avec les associations départementales d’organisation de la permanence des soins, telles que SOS Médecins et les services d’urgences, afin de faciliter l’accès aux horaires de PDSA. Cette proportion représente une hausse de trois points par rapport à 2024. Comme les années précédentes, la régulation médicale occupe une place « essentielle » dans le parcours de soins des patients et « est indispensable » au bon fonctionnement de la PDSA, constituant le premier point de contact entre le patient et le dispositif. Ces modalités peuvent différer selon les départements. En 2025, le 15 demeure le principal numéro d’accès à la régulation médicale de la PDSA. Ce numéro a été identifié comme point d’accès au régulateur de PDSA dans 88 départements, dont 64 où il constitue le numéro unique d’accès au dispositif.
L’enquête révèle en outre que 3 244 médecins libéraux en activité régulière ont participé à la régulation médicale des appels de PDSA dans l’année, soit une progression de 5,3% par rapport à l’année précédente. Le nombre de médecins régulateurs poursuit ainsi sa progression, portée à la fois par l’implication des médecins libéraux installés en activité régulière et par la mobilisation des médecins retraités, salariés et remplaçants. La part des actes non régulés est quant à elle en hausse et varie fortement selon les plages horaires de PDSA. Elle atteint des niveaux élevés en soirée (44%) ainsi que durant les week-ends et jours fériés (40%), tandis qu’elle reste très faible en nuit profonde (7%). L’un des facteurs de cette absence de régulation est l’essor de la télémédecine. Le rapport précise que 31% des actes non régulés ont été effectués par téléconsultation. En comparaison, les consultations physiques représentent 64% de ces actes et les visites seulement 5%.
En outre, au 31 décembre, la France comptait 577 sites dédiés à l’effection fixe. L’adossement à un établissement de santé (public ou privé) concerne 44% de ces sites. Ces dispositifs permettent de mieux réorienter les patients et de partager les ressources.
Des zones blanches en nuit profonde
L’enquête 2025 met l’accent sur la problématique des « zones blanches » en nuit profonde. Aucun territoire n’était couvert sur cette période dans 42 départements, comme en 2024. Les motifs avancés pour expliquer l’absence de couverture sur cette plage horaire sont principalement liés à la faible activité constatée dans ces territoires et aux difficultés de mobilisation de volontaires pour assurer les gardes sur ce créneau. En soirée, la part des zones blanches en semaine est de 7%. Interrogés sur ce point, 63% des CDOM déclarent craindre à l’avenir un désengagement des médecins volontaires sur un ou plusieurs territoires pour assurer la PDSA en soirée. Ce chiffre s’élevait à 73% en 2024.
Le déploiement du Sas
Le travail mené par le Cnom fait le lien entre PDSA et mise en place d’un service d’accès aux soins (Sas). D’après les données communiquées à l’ordre par la Direction générale de l’offre de soins, le Sas est désormais déployé sur l’ensemble du territoire national, à l’exception de la Guadeloupe, de la Guyane et de Mayotte, où des travaux sont encore en cours pour permettre sa mise en œuvre. L’instance a souhaité recueillir les appréciations des CDOM sur le fonctionnement de ce service. 35% déclarent que le dispositif fonctionne correctement à l’échelle départementale. Pour 29%, il fonctionne globalement correctement mais certaines zones rencontrent des difficultés. 16% estiment que le Sas ne fonctionne pas de manière satisfaisante. Les dysfonctionnements identifiés reposent souvent sur le manque de régulateurs libéraux ou d’effecteurs inscrits.
Des interventions en Ehpad
Par ailleurs, un focus est proposé sur la prise en charge en Ehpad et la réalisation des actes médico-administratifs dans le cadre de la PDSA. En période de permanence des soins, les demandes de soins non programmés des résidents sont généralement considérées comme des visites dites incompressibles car « une intervention sur le lieu de résidence constitue souvent l’option la plus adaptée ». Cependant, l’intervention d’un médecin de garde en Ehpad suppose la disponibilité de matériel adapté, la présence d’un membre du personnel soignant, ainsi que l’accès au dossier médical du patient. Dans les territoires dépourvus d’effection mobile ou d’organisations spécifiques pour gérer ces visites incompressibles, le recours au transport en ambulance vers le service d’urgences le plus proche apparaît souvent comme la seule solution face à un besoin de soins non programmés, sauf si une organisation dédiée est mise en place. Des dispositifs spécifiques à l’organisation de la permanence des soins dans les Ehpad sont en place dans douze départements en 2025, contre quatorze en 2024 et seulement six en 2023. Les visites en Ehpad peuvent être explicitement prévues comme faisant partie des missions du médecin de garde, comme précisé dans les cahiers des charges de la PDSA d’Occitanie, de Bretagne et des Pays de la Loire. Certaines maisons médicales de garde peuvent également être intégrées ou adossées à des Ehpad, c’est le cas en Île-de-France ou en Nouvelle-Aquitaine.
Enfin, le Cnom passe en revue des difficultés persistantes, malgré la dynamique observée. « Plusieurs difficultés persistent, notamment une démographie médicale fragilisée dans certains territoires, un contexte d’insécurité croissant et des distances parfois importantes à parcourir lors des gardes, en particulier pour les visites à domicile », résume l’instance.
Zoom sur les certificats de décès
La rédaction des certificats de décès ne fait pas formellement partie des missions du médecin de garde de PDSA mais l’enquête montre que cette tâche repose sur ces professionnels pour tout ou partie dans 73% des départements. Un chiffre en baisse de sept points par rapport à 2024 puisque la rédaction de ces certificats est désormais ouverte aux infirmiers. Cependant, seuls 19% des CDOM constatent une réelle baisse de pression sur les médecins de garde.