Chaque nouveau venu à Matignon a beau s’emparer du sujet des déserts médicaux, les mesures défendues peinent à convaincre

En matière de santé, il est urgent de dépasser l’impuissance politique

Analyse

Mattea Battaglia

Camille Stromboni

Malgré la multiplication de propositions de loi ou d’annonces gouvernementales touchant au secteur du soin, le sentiment d’immobilisme domine, ces dernières années, alors que la question de la soutenabilité financière de notre modèle de protection sociale se pose. 

Hier à 09h44 https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/04/24/en-matiere-de-sante-il-est-urgent-de-depasser-l-impuissance-politique_6683023_3232.html

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La ministre de la santé, Stéphanie Rist, à l’Assemblée nationale, à Paris, le 25 février 2026.
La ministre de la santé, Stéphanie Rist, à l’Assemblée nationale, à Paris, le 25 février 2026. ALAIN JOCARD/AFP

Le débat parlementaire ne démarrera qu’à l’automne, mais le sujet est déjà dans toutes les têtes : quel sort sera réservé au secteur de la santé dans le prochain projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), alors que se jouera le dernier exercice budgétaire du quinquennat Macron ? Peu de doute que la voie sera étroite, au vu de l’état des finances publiques, avec, en face, des besoins médicaux qui continuent d’augmenter.

En décembre 2025, ce PLFSS a été adopté à l’arraché, sans qu’aucune réforme structurante n’ouvre de perspective dans le secteur du soin. Il y a pourtant urgence, avec plus de 15 milliards d’euros de déficit et une aggravation en vue, du fait du vieillissement de la population, de l’augmentation des malades chroniques, ou encore du coût des progrès médicaux. Alors, comment financer notre modèle de protection sociale demain ?

Au-delà des mesures d’économies « classiques », qui reviennent d’année en année – des baisses sur les prix des médicaments aux actions sur la pertinence des soins –, des choix s’imposent, qu’il s’agisse d’augmenter les recettes ou de faire baisser les dépenses.

A cette question du financement s’en ajoutent d’autres, qui résonnent sur le terrain : comment améliorer un accès aux soins qui s’est fortement dégradé ces dernières années ? Comment répondre à la crise de l’hôpital, mise en lumière durant la pandémie de Covid-19, et qui éprouve toujours de nombreux services ?

Autant de sujets cruciaux qui, politiquement, semblent à l’arrêt. Huitième ministre de la santé de ce second quinquennat Macron, onzième dans le rang protocolaire, Stéphanie Rist donne l’impression d’une certaine impuissance, quand bien même elle défend « ses » sujets, tels un futur projet de loi promis sur la protection de l’enfance ou la poursuite de la refonte du métier d’infirmier.

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Si la fin d’un mandat présidentiel permet rarement d’enclencher des réformes d’ampleur, Mme Rist doit, comme ses prédécesseurs, composer avec l’absence de majorité au Parlement. A l’hiver 2025, son baptême du feu sur le budget de la « Sécu » a viré au chemin de croix : sur un certain nombre de sujets sensibles, tels le doublement des franchises médicalesqu’elle défendait, la taxation des dépassements d’honoraires, ou encore la lutte contre les « rentes » dans certains secteurs médicaux, la ministre de la santé a reculé.

Ce sentiment d’immobilisme est encore renforcé par l’activité des parlementaires, qui ont pourtant multiplié les propositions de loi sur les questions de santé, mais toujours segment par segment. De l’accompagnement des parents d’enfants atteints de cancer à la prise en charge intégrale des soins liés au traitement du cancer du sein, en passant par la prévention des maladies cardio-neuro-vasculaires, ces textes, travaillés, tout récemment encore, par les députés et les sénateurs, font bien souvent consensus sans ouvrir de véritables perspectives pour l’ensemble du système. Des « textes compassionnels », commente un haut fonctionnaire à la santé.

Action gouvernementale limitée

D’autres propositions de loi, de plus grande envergure, ont passé le cap du vote parlementaire mais paraissent difficiles à appliquer. Ainsi de celle qui instaure un « nombre minimum de soignants par patient hospitalisé », largement applaudie dans le monde hospitalier, il y a un peu plus d’un an, mais qui nécessitera plusieurs milliards d’euros – et des embauches massives – pour tenir son ambition.

Même chose de l’adoption d’un « moratoire » de trois ans sur la fermeture des petites maternités. Si ce vote des députés devrait empêcher de réviser la carte hospitalière, il ne règle en rien les difficultés des services d’obstétrique, obligés de fermer quand les bras manquent et que la sécurité des mères et des nouveau-nés est en jeu. Alors que les statistiques en matière de mortalité néonatale s’enfoncent, et que les professionnels multiplient les alertes, c’est une énième mission sur le sujet qu’a lancée Mme Rist, inaugurant en février des « travaux » sur la santé périnatale et maternelle.

Il est un sujet de fond sur lequel l’activité des parlementaires a franchi une étape symbolique, avec l’adoption en première lecture, en mai 2025, d’une proposition de loi transpartisane tendant à réguler l’installation des médecins, pour lutter contre les déserts médicaux. Une première pour cette mesure régulièrement défendue par les élus locaux, mais unanimement rejetée par les médecins. Depuis ce vote à l’Assemblée nationale, le chemin parlementaire s’est complexifié, avec l’adoption au Sénat, dans les jours qui ont suivi, d’une proposition de loi concurrente plaidant pour une option moins contraignante et soutenue, elle, par le gouvernement. Il n’empêche, le chantier est sur pause : aucun des textes n’a été inscrit à l’ordre du jour des assemblées.

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Chaque nouveau venu à Matignon a beau s’emparer du sujet des déserts médicaux, les mesures défendues peinent à convaincre, au-delà des slogans. A quelques mois d’intervalle, en 2025, l’ex-premier ministre François Bayrou a ainsi annoncé le lancement de missions de solidarité territoriale, soit l’obligation (finalement réduite à du volontariat) pour des médecins d’aller prêter main-forte, jusqu’à deux jours par mois, à leurs collègues des territoires en souffrance.

Son successeur, Sébastien Lecornu, a, lui, joué la carte d’une labellisation de maisons « France Santé », sur le modèle du réseau France Services, censées garantir une « offre de soins à moins de trente minutes de chaque Français ». Des annonces que personne ne conteste vraiment, mais qui ne laissent pas espérer d’inversion de tendance. Leur bilan reste modeste, à ce stade, avec 15 000 consultations proposées d’un côté, 1 300 structures labellisées de l’autre, de source ministérielle.

Entre la question financière, le vieillissement démographique, l’offre hospitalière et la répartition des médecins sur le territoire, il est des sujets cruciaux qui attendent d’être posés dans le débat public. La campagne présidentielle ne pourra pas les éviter.

Mattea Battaglia et Camille Stromboni

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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