Une activité physique intense, même de courte durée, réduit le risque de développer huit maladies chroniques
Chronique
« Dix mille pas et plus ». Une étude menée à partir de la cohorte britannique UK Biobank montre que la diminution du risque varie de 29 % à 63 % selon les pathologies, avec une baisse de 46 % pour la mortalité globale.
Publié aujourd’hui à 06h00, modifié à 09h40 https://www.lemonde.fr/sciences/article/2026/04/17/meme-de-courte-duree-une-activite-intense-reduit-le-risque-de-developper-huit-maladies-chroniques_6680805_1650684.html?lmd_medium=email&lmd_campaign=trf_newsletters_lmfr&lmd_creation=a_la_une&lmd_send_date=20260417&lmd_link=autrestitres-link&M_BT=53496897516380
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Un message pour les plus pressés, mais pas seulement. On sait que l’intensité dans l’effort physique accroît les performances des sportifs. On parle d’« entraînement fractionné de haute intensité », ou HIIT (pour high-intensity interval training), qui alterne des phases d’effort intenses et courtes, et des moments de récupération active. Un levier qui peut être utilisé par la population générale pour améliorer la santé de tous.
Une étude publiée le 29 mars dans European Heart Journal, la revue de la Société européenne de cardiologie, s’est appuyée sur les données de la vaste cohorte UK Biobank. Les chercheurs ont analysé les mouvements de 96 408 participants, de près de 62 ans d’âge moyen, équipés d’un accéléromètre porté au poignet, pendant sept jours d’affilée. Ce capteur mesure notamment l’intensité du mouvement en milligrammes (mg) – qui ne sont pas des milligrammes classiques –, au-delà de 400 mg. Par exemple, un jogging à plus de 8 kilomètres-heure, des escaliers montés à la hâte, du crawl rapide… Résultat : consacrer une faible part de son activité physique quotidienne à un tel niveau est associé à une réduction du risque de développer plusieurs maladies au cours des sept années suivantes, dont les pathologies cardio-vasculaires, le diabète de type 2, la démence, etc.
Ainsi, selon ces travaux, comparativement aux personnes n’exerçant aucune activité physique soutenue, celles qui en pratiquent le plus auraient un risque réduit de 63 % de développer une démence, de 60 % un diabète de type 2, de 44 % des maladies respiratoires chroniques, de 31 % des événements cardio-vasculaires majeurs. Pour la mortalité globale, la baisse est de 46 %.
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« Lors d’un effort physique intense, votre corps réagit de manière puissante. Votre cœur pompe plus efficacement, vos vaisseaux sanguins deviennent plus souples et votre organisme améliore sa capacité à utiliser l’oxygène », explique le professeur Minxue Shen, de l’école de santé publique Xiangya (université centrale du Sud, province du Hunan, Chine), l’un des coauteurs de l’étude. Autrement dit, la puissance maximale aérobie, c’est-à-dire la capacité maximale de l’organisme à inhaler, à transporter et à utiliser l’oxygène au cours d’un effort intense pour libérer de l’énergie, se développe.
Rôle-clé de protection
Ces résultats vont dans le même sens que ceux de travaux antérieurs. Une étude publiée en 2022 dans Nature Medicinepar l’équipe d’Emmanuel Stamatakis, chercheur en activité physique à l’université de Sydney, montrait déjà que trois séances par jour, d’une durée d’une ou deux minutes chacune, réduisaient de 38 % à 40 % le risque de mortalité, toutes causes confondues.
Fait intéressant, l’intensité jouerait un rôle-clé de protection dans les maladies inflammatoires comme l’arthrite et le psoriasis. Les chercheurs avancent l’hypothèse d’un effet sur les cytokines, qui possèdent de puissants effets anti-inflammatoires. Si les mécanismes physiologiques restent partiellement inexpliqués, « le muscle agit comme un organe endocrine, qui, lorsqu’il est sollicité, sécrète des myokines – qui sont des cytokines. Cela explique aussi les bienfaits sur la maladie coronaire, qui comporte une composante inflammatoire », souligne le cardiologue Frédéric Schnell, chef de service de médecine du sport du CHU de Rennes.
Si ces conclusions constituent un argument de poids pour les personnes qui manquent de temps, « la promotion de l’intensité n’annule en rien les bienfaits cruciaux des activités légères à modérées, d’une réduction du temps passé assis, ou d’une augmentation du nombre de pas », insistent les auteurs de l’étude du 29 mars. Ils rappellent aussi qu’il faut s’adapter au profil de chacun. L’activité intense peut ne pas être envisageable pour les personnes âgées ou fragiles, pour lesquelles un effort physique d’intensité légère à modérée, tout comme une augmentation du nombre de pas, procure des bénéfices significatifs pour la santé. « Le message n’est pas de ne faire que de l’intense, mais de ne pas en avoir peur », observe Frédéric Schnell.