Accompagner ces patients âgés plusieurs semaines avant leur intervention de chirurgie cardiaque grâce à une consultation infirmière dédiée.

Se préparer avant une chirurgie cardiaque : ce que nous apprend le vécu des patients

Geneviève Perennou

16 avril 2026 https://www.jim.fr/viewarticle/se-préparer-avant-chirurgie-cardiaque-que-nous-apprend-2026a1000brs?ecd=wnl_all_260417_jim_cardio_

Avec le vieillissement des populations, de plus en plus de patients âgés bénéficient d’une chirurgie cardiaque. Le programme PREDOCS, mis en place aux Pays-Bas, accompagne ces patients plusieurs semaines avant leur intervention grâce à une consultation infirmière dédiée. Une étude qualitative s’est penchée sur le vécu de ces patients et sur la façon dont cet accompagnement influence leur capacité à prendre soin d’eux-mêmes avant l’opération.

Le vieillissement de la population mondiale entraîne une augmentation du recours à des procédures chirurgicales lourdes chez des patients plus âgés et plus fragiles. En chirurgie cardiaque ouverte, la préparation préopératoire représente un enjeu majeur permettant de réduire le risque de complications postopératoires. Le programme PREDOCS (PREvention of Decline in Older Cardiac Surgery patients), intervention infirmière multicomposante mise en place dans un hôpital universitaire néerlandais depuis 2017 et offerte à tous les patients électifs âgés environ quatre à six semaines avant la chirurgie, vise à soutenir l’autogestion de la santé pendant la période d’attente avant l’hospitalisation. Si la faisabilité de ce programme a été évaluée, les expériences des patients et son influence sur leur autogestion restaient jusqu’alors inexplorées.

Une étude qualitative exploratoire a été conduite auprès de quinze patients (87% de sexe masculin), âgés entre 65 et 80 ans, en attente de chirurgie cardiaque dans un hôpital des Pays-Bas. Les participants ont été sélectionnés par échantillonnage afin d’assurer une diversité en termes d’âge, de sexe et de risque de complications postopératoires. Les données ont été recueillies par entretiens semi-directifs, réalisés environ quatre semaines après la consultation et avant l’intervention chirurgicale.

Une consultation rassurante, mais à doser avec soin

Le premier thème porte sur le rôle pris dans la préparation à la chirurgie cardiaque ouverte. Certains patients ont adopté une posture active en recherchant des informations avant la consultation, en modifiant leur alimentation pour augmenter leurs apports protéiques et en pratiquant des exercices de mobilisation. Pour eux, la consultation a renforcé des comportements d’autogestion déjà engagés. D’autres patients, en revanche, ont adopté une attitude attentiste ou évitante : ils n’avaient pas préparé la consultation, ont oublié une partie des conseils ou ont remis en question certaines recommandations, s’attendant souvent à ce que le personnel hospitalier prenne en charge leur préparation. Le second thème concerne la gestion émotionnelle. La consultation a globalement été perçue positivement, en grande partie grâce à la qualité relationnelle de l’infirmière : son écoute, sa disponibilité et l’absence de jargon médical ont généré un sentiment de confiance et de réassurance. Toutefois, le contenu informationnel a parfois produit l’effet inverse : des informations trop détaillées sur les complications possibles ont suscité de l’anxiété chez certains patients, qui ont alors adopté une stratégie défensive en évitant toute recherche supplémentaire d’informations.

Points de vigilance méthodologiques

La majorité des entretiens a été conduite par téléphone, privant les chercheurs des indices non verbaux. La surreprésentation des hommes dans l’échantillon limite la transférabilité des résultats. Le nombre exact de patients initialement sollicités n’étant pas documenté, un biais de sélection ne peut être exclu. Enfin, le caractère monocentrique de l’étude et son ancrage dans un contexte culturel spécifique restreignent son potentiel de généralisation à d’autres pays ou systèmes de soins.

La consultation infirmière préopératoire est appréciée pour sa dimension relationnelle, mais elle ne s’adapte pas suffisamment au patient. Une approche davantage personnalisée, tenant compte des stratégies d’adaptation individuelles semble indispensable pour optimiser ce type d’intervention avant une chirurgie cardiaque majeure.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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