Financement de la santé : les défis du Cambodge
Le Cambodge progresse vers la couverture santé universelle, mais doit encore réduire les inégalités d’accès et le poids des dépenses pour les ménages.

Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 17 avril 2026 https://lepetitjournal.com/cambodge/financement-de-la-sante-les-defis-du-cambodge-439861

La couverture sanitaire universelle (CSU) vise à garantir à tous l’accès à des services de santé de qualité sans risque financier. Au Cambodge, le financement du système de santé demeure un levier central pour atteindre cet objectif, déterminant à la fois l’étendue des services disponibles et leur accessibilité.
Le pays a enregistré des avancées notables ces dernières années. Entre 2018 et 2023, la couverture des dispositifs de protection sociale en santé est passée de 27 % à près de 50 % de la population. Cette progression repose notamment sur le Fonds national de sécurité sociale (NSSF), destiné aux salariés du secteur public et privé ainsi qu’aux cotisants volontaires, et sur le Fonds d’équité en santé (HEF), qui soutient les ménages pauvres et vulnérables.
Malgré ces progrès, des lacunes importantes subsistent : environ la moitié de la population reste exclue de ces dispositifs, tandis que plus de 60 % des dépenses de santé proviennent directement des paiements des ménages. Une situation qui expose de nombreuses familles à des difficultés financières, y compris pour des maladies évitables.
Une feuille de route ambitieuse à l’horizon 2035
Face à ces défis, le gouvernement cambodgien a réaffirmé son engagement à travers la feuille de route pour la couverture sanitaire universelle (2024-2035).
Ce plan fixe des objectifs précis : porter la couverture de la population à 80 % et réduire la part des dépenses directes des ménages à 35 % du total des dépenses de santé. Il identifie l’achat stratégique de services de santé — consistant à déterminer quels services financer, auprès de quels prestataires et selon quelles modalités — comme un levier clé pour améliorer l’efficacité et l’équité du système.
Renforcer les capacités pour réformer le financement de la santé
Dans cette perspective, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) au Cambodge, avec le soutien du programme BACKUP Health de la GIZ et du réseau Providing for Health (P4H), a lancé un programme de renforcement des capacités intitulé « Strengthening Strategic Purchasing Capacity to Accelerate Universal Health Coverage in Cambodia ».
Ce programme, adapté au contexte national, a débuté par une série de formations en financement de la santé. L’objectif : doter les participants de connaissances actualisées et de compétences analytiques pour concevoir des politiques efficaces, fondées à la fois sur des données internationales et les réalités locales.
Sur deux mois, les participants ont suivi des modules portant sur les cadres de financement, des simulations et des échanges avec d’autres pays de la région Pacifique occidental.
Selon Marianna Trias, représentante de l’OMS au Cambodge, « cette collaboration offre aux décideurs cambodgiens l’opportunité d’adopter une vision stratégique du financement de la santé et d’aligner l’allocation des ressources pour un impact accru sur les résultats sanitaires ». Elle ajoute : « le programme propose une analyse approfondie de la situation cambodgienne, enrichie d’exemples internationaux, qui mettent en évidence ce qui fonctionne et ce qui peut être adapté au contexte local ».
La formation a rassemblé les principales institutions concernées, dont le Secrétariat général du Conseil national de protection sociale, le ministère de la Santé, le ministère de l’Économie et des Finances, le NSSF et d’autres acteurs du secteur.

Photo OMS
Nina Siegert, responsable de composante chez BACKUP Health, souligne : « la progression vers la couverture sanitaire universelle dépend non seulement de la mobilisation des ressources, mais aussi de leur utilisation. En renforçant les mécanismes d’achat et en améliorant l’efficacité des dépenses, nous influençons directement la qualité des services ».
De son côté, Vanny Peng, responsable santé du programme ISPH II, rappelle : « l’achat stratégique est aussi une réforme de gouvernance. Il exige coordination, confiance et appropriation commune entre les ministères ».
Une approche intersectorielle du financement de la santé
La formation a permis aux participants d’adopter une vision transversale du financement de la santé, en croisant les perspectives des secteurs sanitaire, social et économique.
Reach Mony, analyste senior au Secrétariat général du Conseil national de protection sociale, explique : « mes connaissances étaient auparavant fragmentées. J’ai désormais une compréhension des mécanismes essentiels comme la mobilisation des ressources, la mutualisation, l’achat stratégique et la définition des prestations ».
Même constat pour Nita Noy, du département de la planification et de l’information sanitaire au ministère de la Santé : « pour atteindre la couverture universelle, la coopération entre les acteurs est indispensable. Plus elle est forte, plus le financement devient efficace et durable ».
Kakrona Keout, chef de bureau au département des services de santé du NSSF, met en avant l’intérêt des retours d’expérience internationaux : « j’ai appris notamment à concevoir des paniers de soins adaptés à la protection sociale en santé ».
Ding Wang, économiste de la santé à l’OMS Cambodge et principal formateur du programme, insiste : « l’élaboration et la mise en œuvre de politiques de financement efficaces reposent sur le consensus et la collaboration entre les secteurs de la santé, des finances et de la protection sociale ».
Des enjeux renforcés à l’approche de 2029
Avec une croissance socio-économique rapide, le Cambodge devrait sortir du statut de pays les moins avancés d’ici 2029. Cette transition s’accompagnera d’attentes accrues en matière de services de santé et d’une diminution progressive de l’aide internationale.
Dans ce contexte, le renforcement du financement domestique et des mécanismes du système de santé apparaît indispensable pour maintenir les progrès réalisés.
La prochaine phase d’appui de l’OMS visera à traduire les acquis de la formation en actions concrètes : clarification des orientations en matière d’achat stratégique, renforcement de la gouvernance, et développement d’outils opérationnels tels que les paniers de soins, les modes de paiement des prestataires et les mécanismes contractuels.
L’OMS, avec l’appui de la GIZ et du réseau P4H, entend poursuivre son accompagnement afin de garantir une utilisation plus efficiente des ressources et une amélioration durable des résultats sanitaires au Cambodge.