« D’autres tournants, bien plus significatifs, n’ont pas fait dévier ces électeurs de leur volonté de porter le RN au pouvoir » (Hadrien Mathoux – Marianne)

Bardella, la princesse et les contes de fées
Le fait politique le plus commenté de ces dernières semaines est sans conteste l’officialisation à la une de Paris-Match du couple formé par Jordan Bardella avec Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles. Mais la romance entre le jeune président du Rassemblement national et la duchesse (autoproclamée) de Calabre et de Palerme n’excite pas que les chroniqueurs de la presse people.
Les analystes politiques y vont aussi de leurs commentaires, à l’instar du professeur de science politique Hugo Drochon, dans Le Figaro. Pour lui, le fait que Bardella « ne s’affiche pas avec une élite technocratique, mais une élite aristocratique ancienne, renvoyant à une tout autre symbolique », est « une autre manière de rejeter l’ordre contemporain » qui « peut plaire ». Dans nos colonnes, la politologue Virgine Martin décrit elle « une rupture brutale du pacte narratif » du RN, le « récit d’extraction sociale » de Bardella se trouvant « court-circuité par une inscription dans des univers de reproduction élitaire ». Tandis que Le Monde affirme qu’en « s’affichant avec une héritière royale, Jordan Bardella prend le risque de brouiller son image ».
Autant de mots qui révèlent en creux une attente, parfois une crainte, le plus souvent un voeu pieux : celle d’un décrochage de l’électorat populaire du RN, déçu par la trajectoire élitaire de son poulain. Sans doute désarçonnés par le caractère granitique d’une « France d’en bas » qui vote en bloc pour le parti nationaliste depuis maintenant plusieurs décennies, les commentateurs oublient que d’autres tournants, bien plus significatifs, n’ont pas fait dévier ces électeurs de leur volonté de porter le RN au pouvoir : abandon du référendum sur le Frexit, abandon de la sortie de l’euro, abandon de la sortie de la CEDH, abandon de la retraite à 60 ans… En comparaison de ces revirements programmatiques, les noces sur papier glacé de Bardella et sa princesse relèvent de l’anecdote. Et les conjectures sur leur effet électoral apparaissent bien inconséquentes.
Pourquoi la « France périphérique » ne s’arrêtera pas de sitôt de soutenir Marine Le Pen ou Jordan Bardella ? Parce que le RN progresse sans discontinuer depuis plusieurs années, et que l’on ne s’arrête pas de voter pour son parti quand on a le sentiment qu’il est sur le point de gagner pour la première fois, d’abord ; ensuite, parce que la France qui vote RN est composée de travailleurs modestes qui, sans adhérer au logiciel néolibéral et pro-mondialisation de la droite et des macronistes, ne sont pas non plus séduits par les formules classiques proposées par la gauche, et leur cortège d’impôts, taxes et cotisations ; enfin parce que cette même gauche refuse de prendre en charge, et désormais « fascise », les thèmes de l’immigration, de la sécurité et de l’identité nationale qui sont le carburant du RN.
Il ne faut donc pas s’attendre à voir Jordan Bardella plonger — ni grimper — dans les sondages maintenant que sa vie intime s’est retrouvée en couverture des magazines.
Cette romance dit sans doute quelque chose de la trajectoire du potentiel candidat du RN à la prochaine présidentielle, de son goût des choses qui brillent, de sa proximité avec certaines élites. Certains y verront un écho à la rivalité sourde entre la ligne souverainiste et populiste portée par Marine Le Pen et sa proposition, plus conforme aux canons de la droite libérale. Cette confrontation feutrée échappe pour l’heure aux considérations des électeurs.
Jordan Bardella et Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, récit d’un pari médiatique
Par Ariane Chemin et Ivanne Trippenbach
Publié le 12 avril 2026 à 14h56, modifié le 14 avril 2026 à 10h10
Temps de Lecture 10 min.
Récit
La relation du président du RN avec une étudiante aristocrate de la jet-set internationale a fait la une de « Paris Match ». Les médias du groupe Bolloré y voient une manière de « glamouriser » le leader d’extrême droite.
Mimi Marchand est furieuse, et l’a fait savoir jusqu’au sommet de LVMH, le groupe de luxe du milliardaire Bernard Arnault, qui détient Paris Match. La prêtresse des paparazzis se fait fort de pouvoir bloquer des clichés gênants, en échange d’une exclusivité ultramaîtrisée le moment venu. Mais elle a découvert en même temps que les Français les photos de Jordan Bardella, 30 ans, président du Rassemblement national (RN), et de Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, princesse et étudiante de 22 ans à l’université de Monte-Carlo, en cursus de « mode et études du luxe », publiées jeudi 9 avril à la une de l’hebdomadaire. L’« opération Bardella » lui est passée sous le nez. Signe de la popularité du leader d’extrême droite – il caracole en tête des sondages présidentiels, avec des intentions de vote supérieures à celles de Marine Le Pen, et ses deux ouvrages publiés chez Fayard, maison d’édition de Vincent Bolloré, sont des best-sellers –, l’information a constitué un petit événement politique et médiatique.
Jordan Bardella cherchait à maîtriser cette officialisation, qui survient très tôt dans le calendrier balisé de la présidentielle 2027. Le couple s’est-il aperçu de la présence d’un paparazzi en Corse, et l’ont-ils laissé faire de guerre lasse, ou bien ont-ils choisi en amont un photographe pour contrôler eux-mêmes la mise en scène ? Samedi 11 avril, contredisant Cyril Hanouna ou les figures du groupe Bolloré soutenant depuis jeudi qu’il s’agit de vraies « photos volées », la députée RN du Pas-de-Calais Caroline Parmentier, ex-attachée de presse de Bardella et proche du leader du parti, a expliqué sur Europe 1 que l’opération Paris Match était « une façon d’éviter d’être paparazzé avec des photos moches ou affreuses » et salué « le courage » de la jeune Italienne qui, selon elle, a « été d’accord ».

Retour en arrière. Vendredi 3 avril, le directeur général de la rédaction de Paris Match, Jérôme Béglé, prévient les propriétaires du magazine détenu par Bernard Arnault qu’il a en main des photos de la princesse (d’un royaume disparu depuis 1861, les Deux-Siciles) et du discret patron du RN. Il reçoit le « go » de LVMH. Toutes ont été prises à Ajaccio, en Corse, vraisemblablement le mercredi ou jeudi précédent.
Selon nos informations, l’article, signé d’un pseudonyme imaginé pour l’occasion, est alors en grande partie rédigé par Laurence Pieau, ancienne directrice de la rédaction du magazine Closer, recrutée en août 2025 à la tête du service people de Match (elle n’a pas répondu aux sollicitations du Monde). Il est illustré par neuf clichés pris au téléobjectif, et crédités du rituel « DR » (pour « droits réservés »), l’usage du magazine pour les photos de paparazzis.
Le président du RN est arrivé en Corse mardi 31 mars au matin. Depuis que le frontiste historique et maire RN de Fréjus (Var), David Rachline, lui a fait découvrir l’île, en juillet 2023, Jordan Bardella a ses habitudes dans le golfe d’Ajaccio. Notamment au Sofitel de Porticcio, comme il le raconte dans son premier livre, Ce que je cherche, publié en 2024 chez Fayard.
Une photo de Jordan Bardella et de David Rachline au Kos, un restaurant de plage ajaccien, avait d’ailleurs été publiée en janvier par Mediapart. Ce lieu, également fréquenté durant l’été 2025 par Pascal Praud, comme en témoignent ses chroniques dans Le Journal du dimanche (JDD), est détenu par un homme lié au groupe mafieux du Petit Bar, l’un des plus dangereux de l’île. Mais, cette fois, Jordan Bardella n’a prévenu de son arrivée en Corse ni la préfecture ni les militants locaux. Lorsque le renseignement territorial contacte François Filoni, délégué du RN en Corse, pour savoir pourquoi le patron de son parti s’apprête à se rendre sur place, celui-ci répond prudemment : « Pas de Bardella annoncésur l’île. »
Route des Sanguinaires
L’éditeur de Jordan Bardella, Nicolas Diat, se trouve en Corse pour une semaine. Ce catholique fervent, pilier de la maison Fayard, détenue par Vincent Bolloré, a lancé le 30 mars en grande pompe, dans la cathédrale d’Ajaccio, le premier tome des Carnets corses, tout juste publiés, du cardinal François Bustillo, un autre de ses auteurs. MM. Diat et Bardella déjeunent ensemble, le lendemain, dans un restaurant en vue surplombant le vieux port d’Ajaccio, A Calata. Le chef du RN est aperçu par des convives arrivant en sweat-shirt, seul avec deux gardes du corps. Et éconduisant un journaliste de Corse-Matin venu le trouver jusqu’à sa table.
Un peu plus tard durant son court séjour, Jordan Bardella retrouve Maria Carolina. Une des photos publiées par Paris Match les montre rue Forcioli-Conti, au pied de la cathédrale et à deux pas de la maison natale de Bonaparte, dans la vieille ville d’Ajaccio. D’autres, plus nettes, plus nombreuses et plus posées, sont prises sur la route des Sanguinaires, cette échappée belle vers les îles du même nom, une voie sans issue qui s’échoue sur la pointe de la Parata, au bout du bout d’Ajaccio. Ils arpentent sa promenade réservée aux piétons, font une halte sur la plage de rochers qui la borde.
« L’idylle que personne n’attendait », titre l’hebdomadaire. Elle avait été rapportée le 16 janvier par Le Monde, qui avait également évoqué leur première rencontre, huit mois plus tôt, en mai 2025, à l’occasion du Grand Prix de formule 1 de Monaco. Lors d’un déjeuner réunissant grands patrons et membres du gotha, à l’écart des tables posées face à la mer, le patron du RN – venu avec son père – avait longuement échangé, sous les yeux des participants, avec le couple Bourbon et ses deux filles.
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L’information du Monde, parue juste après la fête du bicentenaire du Figaro, au Grand Palais, d’où Jordan Bardella et Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles étaient repartis ensemble, avait à l’époque soulevé l’indignation de la garde du jeune chef d’extrême droite – relayée par Le JDD, hebdomadaire de Vincent Bolloré. Un « article militant » qui « suinte le mépris social contre Jordan Bardella et se rabaisse à faire du people, piétinant sa vie privée » (Alexandre Loubet, député RN de la Moselle). Des « jets haineux et obsessionnels (…) Est-ce un peu exagéré de dire que le journal Le Monde, c’est parfois l’immonde ? » (Pierre-Romain Thionnet, eurodéputé RN). Sur CNews, Jordan Bardella avait répondu dans une pirouette qu’être « attaqué par un journal de gauche ou d’extrême gauche » était « extrêmement flatteur », mais avait convenu qu’il n’était « pas célibataire ».

Cette fois, nulle critique. Aucune protestation du même Bardella, ni même de son parti après la publicité offerte par Paris Match au trentenaire, en quête de stature présidentielle et d’une banalisation de ses idées. La « sphère Bolloré » s’est mise tout entière au service de la promotion des photos. Sur CNews, Pascal Praud s’extasie devant une « belle histoire », un « couple glamour », un patronyme à particules si « classe ». « Tout est politique », convient désormais l’animateur vedette de la chaîne.
Au micro d’Europe 1, le directeur adjoint de la rédaction du Figaro, Vincent Trémolet de Villers, n’est pas en reste : pour lui, « subsiste » dans le pays « un sentiment de nostalgie, voire de mauvaise conscience » d’avoir décapité un roi en 1793. Cette union saura certainement plaire aux « catégories populaires, qui sont conservatrices ». Mieux : cette officialisation vient « sacrément affaiblir les arguments de l’interdit moral et de l’infamie sociale contre le parti de Marine Le Pen ». Ne manque que le transfuge Cyril Hanouna pour venir bénir le couple. Sur W9, jeudi 9 avril, le présentateur lui souhaite en direct « beaucoup de bonheur ».
Suivi par les paparazzis
Pourquoi ces photos aujourd’hui ? Depuis son intronisation à la tête du RN, Bardella était la cible des paparazzis. A l’été 2024, avait révélé Mediapart, Mimi Marchand avait bloqué la publication d’un cliché montrant Bardella dînant dans la villa de Cyril Hanouna, à Saint-Tropez (Var), le 12 juillet. Un été plus tard, Jordan Bardella a été surpris avec des amis sur un Zodiac dans un beach club de Saint-Tropez, et les photos s’étaient retrouvées dans Closer. Pas très chic. Mais depuis la fête du Figaro, il était sans cesse suivi par les paparazzis les plus chevronnés. Au point que Jordan Bardella s’en était ouvert à Xavier Niel (actionnaire à titre individuel du Groupe Le Monde), propriétaire depuis 2024 de l’agence Bestimage, avant une escapade confidentielle à l’Opéra de Naples avec Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles.
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Des photographes people « planquent » en effet en bas du domicile du patron du RN, à Garches (Hauts-de-Seine), suivent la jeune femme lors de ses fréquentes visites à des instituts de beauté ou des ongleries, et font le guet dans leurs « sous-marins », au pied de l’appartement parisien des Bourbon, face à la Seine, à l’angle de l’avenue Montaigne. Dans ce lieu de réception somptueux, en duplex, avec boudoirs et Jacuzzi, dont la terrasse donne sur la tour Eiffel, se croisent depuis des années des figures parisiennes aussi diverses que des financiers, des artistes, des académiciens, des ministres comme Frédéric Mitterrand et des acteurs comme Arielle Dombasle, mais aussi des stars internationales comme Woody Allen et son épouse et belle-fille, Soon-Yi. C’est lors d’une de ces soirées, dans les années 2010, que Woody a mis ses amis Jack Lang et sa fille Caroline en contact avec le financier américain Jeffrey Epstein, un pédocriminel à la tête d’un réseau de trafic de très jeunes femmes, inscrit depuis 2009 au fichier des délinquants sexuels, qui s’est suicidé en 2019 en prison.
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C’est dans ce monde de la jet-set internationale, entre Monaco, Paris, Rome, Saint-Moritz, en Suisse, l’hiver (pour le ski) et la Sardaigne l’été (les Bourbon y possèdent une immense propriété), où se croisent hommes d’affaires, influenceurs, têtes couronnées et stars du showbiz, que grandit la jeune femme blonde qui fait la une de Paris Match. Ses parents, Charles de Bourbon et Camilla, née Crociani, donnent à Maria Carolina et à sa cadette l’éducation de la haute aristocratie : instruction à domicile avec précepteurs, « nanny » en tablier, cours de piano, d’anglais et de bonnes manières. Parmi ses meilleures amies, Maria Carolina compte Alexandra de Hanovre, la benjamine de la princesse Caroline de Monaco.

L’aînée suit ensuite des cours en ligne d’économie dispensés par l’université Harvard (dont elle n’est nullement « diplômée », contrairement à ce qu’affirme Cyril Hanouna), toujours sous l’œil de sa mère, qui veille en manageuse à l’image de ses filles. Une fois achevées ses études de mode à Monaco (conclues à l’été 2026 par un stage), Maria Carolina de Bourbon rêve de travailler dans ce secteur ou de « gérer la finance d’une maison de couture », a-t-elle confié au Corriere della Sera en janvier. En attendant, elle œuvre pour diverses causes caritatives et s’est lancée dans une carrière d’influenceuse de marques de luxe sur Instagram et TikTok : promotion de sacs à main Hermès de 10 000 à 70 000 euros, de Jet-Ski carrossés en voitures de sport sous le soleil couchant de Dubaï. L’une des « premières it-girls [filles que tout le monde envie] au sang bleu », écrit Match en 2023.
Les médias Bolloré le prétendent depuis jeudi : elle est « héritière des rois de France ». La maison de Bourbon des Deux-Siciles descend en effet de la branche de la dynastie capétienne des Bourbons, qui a régné sur la France, et est de la même lignée qu’Hugues Capet et Louis XIV. Elle est aussi l’héritière d’une fortune qui comporte son lot de zones d’ombre.
La richesse familiale provient du côté maternel. Le grand-père de la jeune fille, Camillo Crociani, orphelin sans le sou, officier pendant la seconde guerre mondiale dans le corps de parachutistes fondé sous Mussolini, est devenu un intermédiaire de l’industrie de la défense italienne, et a fait fortune dans l’armement et l’aéronautique. Dans les années 1970, le vendeur d’armes accède au cœur du complexe militaro-industriel de son pays. Il fréquente les plus belles actrices de Cinecitta, dont la grand-mère de Maria Carolina, Edy Vessel.
Son nom est associé au retentissant scandale Lockheed, une affaire de corruption autour de la vente d’avions militaires du constructeur américain. Crociani est alors surnommé « l’Innommable » par les juges (référence directe au personnage le plus inquiétant de la littérature italienne, « l’Innominato », dans Les Fiancés, d’Alessandro Manzoni). Il s’échappe de sa villa romaine et d’Italie en hélicoptère, direction le Mexique, où il meurt en 1980, à 59 ans, d’un cancer, en fugitif de la justice italienne. Il avait été condamné pour corruption à deux ans et quatre mois de prison.
Sa fortune, estimée à environ 600 millions de dollars actuels (513 millions d’euros), est en partie placée dans des trusts offshore, à Jersey ou aux Bahamas – identifiés dans les « Paradise Papers » –, ou investie dans des œuvres d’art (dont certaines de Marc Chagall, Paul Gauguin ou Pablo Picasso). La mère de Maria Carolina, Camilla, s’engage dans un long conflit d’héritage avec sa sœur pour la gestion de la fortune, et doit s’acquitter d’une somme de 2,3 millions d’euros pour éviter un an de prison.
Côté paternel, le fameux titre aristocratique suscite aussi des interrogations. Désargenté, le prince Charles de Bourbon des Deux-Siciles, « duc de Castro », rencontre Camilla Crociani au milieu des années 1990, lors d’un dîner organisé par le prince Albert de Monaco à Monte-Carlo – ils ont été placés côte à côte. Il épouse en 1998 la fille du richissime industriel italien, de huit ans sa cadette. Ensemble, ils s’appliquent à redorer le blason de la branche italienne des Bourbon des Deux-Siciles (l’autre branche est espagnole, et reconnue légitime notamment par Madrid). Ils travaillent pour cela leurs réseaux diplomatiques et d’influence.
Tout sourire, Charles et Camilla de Bourbon des Deux-Siciles – tailleur strict et foulard bleu roi – rendent ainsi visite au dictateur syrien Bachar Al-Assad et à son épouse au palais présidentiel à Damas, en mars 2004. Le couple Bourbon partage avec le couple Al-Assad un dîner aux chandelles. Le prétendant italien se voit à cette occasion décoré de la grand-croix de l’ordre du Mérite civil par Bachar Al-Assad, mention discrètement effacée de sa page Wikipédia francophone, tout comme sa décoration de l’ordre de l’unification du Yémen. En 2018, la jeune Maria Carolina et sa famille sont également invitées par Donald Trump, dans sa villa de Mar-a-Lago, en Floride. Et la famille félicite publiquement leur « ami » américain, le 6 novembre 2024, pour sa réélection à la présidence des Etats-Unis.
C’est un autre sujet qui agace la branche espagnole. Car le père de Maria Carolina revendique le titre de chef de la Maison royale de Bourbon des Deux-Siciles, et donc d’héritier de l’ancienne monarchie disparue, donnant du même coup à Maria Carolina le statut d’héritière (après avoir abrogé une loi salique en 2016). Fureur côté espagnol, qui dénonce un coup de force du prétendant italien. L’affaire n’est pas anodine : le « duc de Calabre » est aussi grand maître de l’ordre constantinien de Saint-Georges, ordre de chevalerie qui permet de distribuer des décorations honorifiques, d’organiser des événements caritatifs ou d’accéder aux milieux diplomatiques et à des réceptions aristocratiques qui nourrissent les réseaux sociaux de la famille, ces nouvelles vitrines de leur pouvoir et de leur statut.

Les deux parties de la famille avaient signé en 2014 un accord de réconciliation reconnaissant leurs titres respectifs, inventant même pour la princesse Maria Carolina et sa sœur, Maria Chiara, des titres inédits, sans réalité historique : « duchesse de Palerme » (pour l’aînée) et « duchesse de Capri » (pour la cadette). Mais, moins de deux ans plus tard, le père de Maria Carolina envoie valser cet accord et se revendique unilatéralement duc de Calabre.
Voilà pourquoi les lecteurs de Paris Match du 9 avril découvrent que la jeune compagne de Bardella « porte les titres de duchesse de Calabre et de Palerme ». Qu’importe si les Espagnols fulminent : devant quelques proches, Maria Carolina a caressé le rêve (après l’élection présidentielle ?) d’un mariage en France à la basilique de Saint-Denis, celle où gisent les rois de France. L’idée n’a pas effrayé le président du RN, qui l’a relayée autour de lui – même s’il n’est pas baptisé.Ariane CheminIvanne Trippenbach