Plusieurs associations écologistes témoignent auprès de Reporterre des nombreuses difficultés financières auxquelles elles sont confrontées. 

Les associations écologistes prises en étau entre austérité et criminalisation

Par Amélie Quentel

15 avril 2026 à 09h25Mis à jour le 16 avril 2026 à 09h07 https://reporterre.net/Subventions-coupees-repression-Comment-l-Etat-asphyxie-les-associations-ecolos

Durée de lecture : 7 minutes

Subventions coupées, baisse des dons, répression judiciaire… Plusieurs associations écologistes témoignent auprès de Reporterre des nombreuses difficultés financières auxquelles elles sont confrontées. 

L’année devrait être « record » s’agissant des plans de sauvegarde et des liquidations d’associations, selon le Mouvement associatif, qui regroupe 700 000 structures parmi lesquelles nombre d’associations écologistes. Cette « situation alarmante » a des conséquences très concrètes.

Dans un rapport publié en octobre 2025, quelques chiffres permettent de s’en rendre compte : en 2025, 30 % des associations employeuses ont déclaré avoir moins de trois mois de trésorerie et près de 1 association sur 4 a dû diminuer ses activités.

Une annonce, communiquée le 26 mars, a d’ailleurs fait l’effet d’un choc : l’association Greenpeace France prévoit de se séparer d’un quart de ses salariés (de 138 à 106 équivalents temps plein d’ici l’été). En cause notamment, dans un contexte déjà marqué par des tensions entre les employés et la direction : le ralentissement des dons privés, qui représentent l’unique source de financement de l’ONG.

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Quel que soit leur modèle économique (dons, subventions…), toutes les structures interrogées par Reporterre font en effet état de difficultés financières. Lesquelles, couplées à la criminalisation du mouvement écologiste et aux attaques incessantes de la droite et de l’extrême droite envers les associations, ont pour conséquence d’affaiblir grandement leurs capacités d’action.

« Un rôle de contre-pouvoir affaibli »

« Si le secteur associatif dans son ensemble est en crise, celle-ci étant par ailleurs multiple, les associations écolos sont particulièrement attaquées, parce qu’elles expriment une parole publique contraire à des enjeux financiers très concrets — agro-industrie, BTP…, constate Antonio Delfini, sociologue et co-auteur de L’État contre les associations (Textuel, 2025, avec Julien Talpin). Elles voient leur rôle démocratique et de contre-pouvoir largement affaibli. »

Baisse des subventions publiques

La baisse des subventions publiques y est pour beaucoup : en 2025, c’est même près de 1 association employeuse sur 2 (tous secteurs confondus) qui a vu ses financements publics rabotés. Le projet de loi de finances 2026, lui, prévoit 1 milliard de coupes budgétaires pour le milieu associatif.

« L’Ademe [Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie] ayant vu son budget d’intervention fortement coupé, la subvention qu’elle nous verse a par ricochet significativement baissé cette année. Sachant qu’on est de toute façon sur une tendance à la baisse depuis deux ans », explique ainsi Anne Bringault, directrice des programmes au Réseau Action Climat (RAC). Qui rappelle le contexte d’austérité budgétaire à l’œuvre en France et le fait que ces décisions résultent de « choix politiques ».

Même discours du côté des Amis de la Terre : pour l’année 2025, l’association affiche un déficit compris entre 55 000 et 60 000 euros, lequel devrait être plus important encore en 2026. En cause là encore : la baisse des subventions publiques, avec l’arrêt de celles de l’Ademe par exemple. « Notre situation est très critique : depuis 2017, nos financements publics n’ont fait que se réduire. Cette année-là, nous avions reçu 240 000 euros de subventions. En 2025, c’était 55 000 euros, et nous n’arrivons pas à compenser avec davantage de dons de particuliers ou de subventions privées », indique Juliette Renaud, coordinatrice de la structure.

« Notre situation est très critique »

En conséquence, deux postes n’ont récemment pas été renouvelés (l’association emploie actuellement quinze salariés) et la structure se retrouve confrontée à « de grosses difficultés pour planifier [ses] activités ».

Alors que la précarité financière touche de plus en plus de Françaises et de Français, les dons de particuliers à destination d’Action Justice Climat (AJC) « ne cessent de baisser », selon Joséphine Lebreton, porte-parole de l’association, qui évoque aussi la baisse des subventions publiques. « La recherche de financements, notamment du côté des fondations européennes, prend beaucoup de place, alors que l’on aimerait plutôt se concentrer sur le cœur de notre activité, à savoir créer des mobilisations », déplore l’activiste.

Vers un « engorgement » des dons des particuliers 

« La baisse des financements publics oblige les associations à chercher d’autres moyens financiers, ce qui crée une pression très importante sur les fondations qui sont sursollicitées, abonde Antonio Delfini. Dans le même temps, on assiste à un engorgement au niveau des dons de particuliers. Les associations, qui sont par ailleurs de plus en plus mises en concurrence par le biais d’appels à projets, sont donc prises en étau. »

Rémi Donaint, administrateur général d’Alternatiba, parle d’« énormes efforts » : « On passe beaucoup plus de temps qu’avant à rechercher des financements, ce qui se fait au détriment de nos actions concrètes. »L’association arrive tout de même « tant bien que mal à limiter la baisse de [ses] ressources »car elle a fait le choix de ne pas recevoir de subventions publiques et donc n’est pas soumise à ces fluctuations.

Répression judiciaire

Il dénonce plus largement une tendance « très inquiétante » mise en œuvre par l’État : celle consistant à « mettre des bâtons dans les roues des associations qui le dérangent » par divers moyens. Exemple en 2023 : le préfet de la Vienne avait contesté une subvention publique accordée à Alternatiba Poitiers (les antennes locales d’Alternatiba ont leurs propres financements) au nom de la loi Séparatisme et du contrat d’engagement républicain — en vain.

Outre les coupes budgétaires, la criminalisation et les procédures-bâillons venant de l’exécutif ou de grands acteurs industriels assomment aussi le milieu associatif. « Il y a eu un vrai tournant après Sainte-Soline en 2023. Par exemple, en 2025, la répression qu’on subit tous les jours a envoyé quinze de nos militants en procès, ce qui représente des frais d’avocat de plusieurs milliers voire dizaines de milliers d’euros. Cela participe à drainer nos ressources financières et humaines », assure Joséphine Lebreton.

Le cas de Riposte alimentaire (ex-Dernière rénovation) est aussi représentatif de ce phénomène : ce mouvement de désobéissance civile a cessé ses activités en 2024 afin de se concentrer sur les dizaines de procès visant ses activistes

Une répression judiciaire « particulièrement inquiétante et qui peut avoir un effet tétanisant »selon Jean-François Julliard, qui a récemment quitté la direction de Greenpeace pour celle de France Nature Environnement (FNE). Les subventions publiques représentent un tiers du budget du cette association. Elles ont baissé d’environ 200 000 euros en 2025 — les dons de particuliers ont augmenté de 18 %. FNE est en outre la cible régulière d’attaques politiques.

« Depuis deux ans, nous avons comptabilisé une trentaine d’agressions contre des associations membres de FNE. Quasiment toutes ont été menées par la Coordination rurale, un syndicat agricole proche de l’extrême droite. Et puis, il y a aussi les menaces régulières venant de la droite et de l’extrême droite de supprimer la défiscalisation des dons des particuliers ou de couper nos subventions », dit-il. Il évoque « le discours de plus en plus décomplexé de personnalités politiques assumant de vouloir asphyxier financièrement les associations ».

Du côté des Amis de la Terre, même constat : « Depuis plusieurs années, des parlementaires d’extrême droite tentent de supprimer complètement nos subventions publiques, notamment parce que nous sommes antinucléaires », témoigne Juliette Renaud, qui cite en outre la criminalisation de plusieurs groupes locaux (celui des Midi-Pyrénées luttant contre l’A69, par exemple). 

« Des parlementaires d’extrême droite tentent de supprimer nos subventions »

Ainsi, à un an d’une élection présidentielle faisant craindre l’accession au pouvoir de l’extrême droite, le chercheur Antonio Delfini tire la sonnette d’alarme. « Si un pouvoir encore plus autoritaire que celui qui est déjà en place est élu, tous les outils permettant d’impacter les associations qui essaient de faire entendre leur voix sont déjà là », alerte ce membre de l’Observatoire des libertés associatives.

Cette structure lancée en 2019 ne manque pourtant pas d’idées pour inverser cette tendance réactionnaire : la mise en place de commissions mixtes d’attribution pour les subventions publiques aux associations (avec des scientifiques, des représentants de l’opposition…), ou encore la création d’un fonds d’interpellation citoyenne. Les associations, elles, prévoient de renforcer davantage encore leurs liens de solidarité, comme le résume Anne Bringault du RAC : « Face à toutes ces attaques, il faut que l’on soit encore plus soudés. »

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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