L’urgence à penser de véritables politiques de santé publique autour des troubles psychiques.(Anne-Sophie de Surgy, psychologue PS)

« La santé mentale n’est pas traitée comme un enjeu politique réel »

Tribune

Anne-Sophie de SurgySecrétaire nationale à la santé mentale du PS

Dans une tribune au « Monde », Anne-Sophie de Surgy, psychologue et secrétaire nationale à la santé mentale du PS, souligne l’urgence à penser de véritables politiques de santé publique autour des troubles psychiques. Pour elle, le mal-être individuel doit être pensé comme « un indicateur de la santé globale de notre démocratie ».

Publié le 07 octobre 2025 à 08h00  https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/10/07/la-sante-mentale-n-est-pas-traitee-comme-un-enjeu-politique-reel_6644903_3232.html

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L’année 2025 devait être celle d’une révolution dans la prise en charge de la santé mentale, désignée « grande cause nationale » après avoir été si longtemps oubliée des politiques publiques, reléguée au silence ou au traitement des « fous ». Que reste-t-il de ces promesses ? Un slogan accrocheur, des numéros verts, une campagne médiatique et des dispositifs décriés.

Emmanuel Macron a considéré cette thématique à travers le prisme de la communication, en oubliant que la santé mentale s’éprouve, dans l’écoute de la population, la présence auprès des professionnels et le déploiement de moyens concrets et durables. A contrario, ce n’est pas en multipliant les dispositifs que l’on touche aux causes structurelles. Sur le terrain, le constat est très préoccupant.

Chaque année, une personne sur cinq est concernée par un trouble psychique, soit 13 millions de Français. Le suicide reste une des premières causes de mortalité chez les jeunes. L’anxiété a envahi les Français dans un contexte national et international particulièrement préoccupant. La médecine scolaire est toujours dévastée et face à un manque de personnels criant qui rend impossible le suivi des élèves, alors même que le mal-être des jeunes et des étudiants grandit. En témoignent le passage aux urgences psychiatriques en forte augmentation et l’accroissement de la demande de séjours en pédopsychiatrie.

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Le délai d’attente moyen pour un premier rendez-vous en centre médico-psychologique se situe entre six mois et un an, et jusqu’à deux ans en pédopsychiatrie. L’accès à un psychiatre est extrêmement compliqué, voire impossible, dans certains territoires ; les dépressions liées au travail explosent et les troubles psychiques sont la première cause d’arrêts maladie de longue durée. Malgré cette réalité, la santé mentale reste peu financée, la psychiatrie recevant une dotation trop faible, eu égard au poids réel des troubles, et l’investissement dans la prévention est minime. Face à ce défi d’ampleur, Emmanuel Macron a laissé s’installer un désert dans lequel un trop grand nombre de personnes se retrouvent sans accompagnement.

Miroir de notre vivre-ensemble

La conclusion est grave : la santé mentale n’est pas traitée comme un enjeu politique réel. Pourtant, elle est porteuse de sujets qui concernent chacun d’entre nous et viennent effracter le réel politique en montrant ce que l’on ne souhaite pas voir : les politiques publiques s’occupent d’ordinaire du visible, du mesurable. La santé mentale, elle, expose une dimension invisible et intime que l’on voudrait tenir à l’écart, car elle met en lumière la fragilité humaine, source de tabous, la responsabilité de notre collectif et la question de l’organisation de la société dans la souffrance.

Cette « grande cause » révèle avant tout un mal-être politique : l’incapacité à faire face au réel de la souffrance psychique dans notre société. Aujourd’hui, la population crie son mal-être : inégalités, précarité, souffrance au travail, mal-logement, discrimination, racisme. Ces maux génèrent leur lot de troubles : angoisse, solitude, dépression, jusqu’au suicide. La santé mentale n’est pas seulement une question privée. C’est un enjeu politique.

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Elle devient le reflet de l’état de la société et révèle la crise des institutions autant que celle du lien social. L’ignorer, c’est refuser de voir qu’elle est un miroir de notre vivre-ensemble, un indicateur de la santé globale de notre démocratie. Ne pas l’entendre, c’est se condamner à gouverner une société en souffrance silencieuse. Il faut donc repartir aux fondements de notre démocratie en écoutant avec attention et empathie les Français afin de répondre avec justesse à leur colère et à leur désarroi. C’est à ce titre qu’ils retrouveront la confiance dans leurs élus et leurs institutions.

Il faut avoir le courage de rendre visibles les problématiques de santé mentale longtemps ignorées, en commençant par la prévention en refondant la médecine scolaire, afin de donner accès à chacun à un accompagnement médical, psychologique et social. Il faut également permettre l’accès à des soins psychologiques et psychiatriques pour tous, dans l’ensemble des territoires, avec une articulation de la prise en charge entre l’hôpital et la ville afin de réduire drastiquement les délais de rendez-vous et soutenir les équipes hospitalières. Les soignants se battent au quotidien face à la chute du nombre de lits, à la pénurie de personnels, et se retrouvent épuisés, avec des salaires peu attractifs et un manque de reconnaissance constant.

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Enfin, il est urgent de rendre visibles ces enjeux dans le monde professionnel et dans tous les lieux qui font face aux problématiques d’exclusion, de précarité et de privation de liberté. La santé mentale doit enfin être reconnue comme un pilier de notre pacte républicain. Sans elle, il n’y a pas de dignité individuelle, pas de justice sociale, pas de société capable de cohésion.

Anne-Sophie de Surgy est secrétaire nationale à la santé mentale du Parti socialiste et psychologue clinicienne.

Anne-Sophie de Surgy (Secrétaire nationale à la santé mentale du PS)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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