Cancer du sein chez les jeunes femmes : une hausse continue depuis 30 ans (Etude)
08/10/2025
Émis par : SFMPP
Une étude française à paraître dans une revue internationale confirme l’augmentation très importante des cancers du sein chez les jeunes femmes au cours des 3 dernières décennies (1). Tous les ans, sans interruption depuis les années 1990, l’incidence des cancers du sein augmente de 1 à 2%.
Si les causes de cette progression ne sont pas clairement identifiées, le rôle des facteurs environnementaux et hormonaux sont fortement suspectés.
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L’étude, réalisée à partir des registres du réseau Francim en partenariat avec Santé publique France (SPF) et l’Institut National du cancer (INCa) et dont Pascal Pujol est le 1er auteur, à paraitre ces jours-ci dans une revue internationale.
Ce communiqué a été dévoilé à l’issue de la conférence de presse du 11ème Congrès de la SFMPP (Société Française de Médecine Prédictive et Personnalisée) qui s’est tenue le 8 octobre 2025 à Tour Cœur Défense.
Communiqué de presse
Cancer du sein chez les jeunes femmes : une hausse continue depuis 30 ans
(Société Française de Médecine Prédictive et Personnalisée)
Paris, le 8 octobre 2025 – Une étude française à paraître dans une revue internationale confirme l’augmentation très importante des cancers du sein chez les jeunes femmes au cours des 3 dernières décennies (1)
. Tous les ans, sans interruption depuis les années 1990, l’incidence des cancers du sein augmente de 1 à 2%.
Si les causes de cette progression ne sont pas clairement identifiées, le rôle des facteurs environnementaux et hormonaux sont fortement suspectés.
Les explications du Pr Pascal Pujol (CHU de Montpellier), président de la Société française de médecine prédictive et personnalisée (SFMPP) et premier auteur de cette étude réalisée à partir des registres du réseau Francim en partenariat avec Santé publique France (SPF) et l’Institut National du cancer (INCa) : « Cette observation rejoint celle des pays anglosaxons, où une augmentation des cancers du sein a été récemment mis en évidence, mais aussi celle d’une augmentation en France de certains cancers observés chez les adultes jeunes. Elle pose deux questions : celle de la cause et celle de l’âge du dépistage. Concernant la cause probable, le dépistage organisé ne peut pas être tenu responsable de cette augmentation puisqu’il ne concerne pas les femmes jeunes. Les facteurs environnementaux et hormonaux, sont donc au premier plan ».
L’étude Française (1)
L’étude a été réalisée à partir des registres des cancers du réseau Francim en collaboration avec Santé publique France (SPF), l’Institut National du cancer (INCa) et la Société française de médecine prédictive et personnalisée (SFMPP). Elle sera présentée le 8 octobre au 11ème congrès de la SFMPP et publiée au même moment dans la revue internationale «The Breast» 1
Entre 1990 et 2023, 229 352 cas de cancer du sein ont été recensés en France. L’incidence de ces cancers précoces a augmenté de façon continue entre 1990 et 2023 augmentant de 63% chez les femmes âgées de 30 ans (incidence passant de 15,1 (CI95% :14,7-17,8) à 26,3 (CI95% : 20,7-33,3) pour 100 000 personnes-années) et de 33% pour celles de 40 ans (incidence passant de 98,7 (CI95% : 93,8-103,7) à 131,2 (CI95% : 115,8-148,7) (figure).

Un problème de santé publique
Ces résultats confirment les données d’autres études menées notamment aux Etats-Unis, où une hausse annuelle de 1,4% de l’incidence des cancers du sein chez les femmes de moins de 50 ans a été observée entre 2012 et 2021 2, et au Royaume-Uni, où une augmentation de 22% des cancers du sein chez les femmes de 25 à 49 a été enregistrée entre 1993-95 et 2016-2018(3) Globalement, l’incidence des cancers du sein est en hausse en France comme dans les autres pays occidentaux, mais l’augmentation de ces cancers chez les jeunes femmes est particulièrement inquiétante, car le jeune âge – moins de 40 ans – est en soi un facteur de mauvais pronostic, indépendamment des autres facteurs comme la taille de la tumeur et l’envahissement ganglionnaire.
Des facteurs hormonaux et environnementaux en cause
L’augmentation du nombre de cas de cancer du sein chez les jeunes femmes ne s’explique pas par le dépistage, qui concerne en France les femmes de 50 à 74 ans. Etayant l’hypothèse de la cause hormonale, une étude américaine récente montre que ce sont les cancers du sein hormonodépendants qui augmentent le plus (2) (c’est-à-dire ceux exprimant les récepteurs aux estrogènes). Dans les années 90, une étude américaine avait également montré une augmentation des cancers hormonaux dépendants au cours du temps (4). Les facteurs hormonaux sont donc les premiers incriminés, d’autant que les déterminants hormonaux de la survenue d’un cancer du sein avant la ménopause –diminution de l’âge à la puberté, augmentation de l’âge à la première grossesse, baisse du nombre d’enfants*, diminution de l’allaitement maternel et utilisation de contraceptifs oraux- suivent une trajectoire à la hausse parallèle à celle de l’incidence de ces cancers. « Néanmoins, ces facteurs hormonaux ne paraissent pas suffire à expliquer la forte augmentation des cancers du sein. D’autres modifications du mode de vie jouent probablement un rôle », explique le Pr Pujol. « Les habitudes alimentaires, l’exposition aux polluants et aux radiations, la sédentarité, le stress… sont sans doute aussi en partie responsables, même s’il reste très difficile de mesurer l’influence respective de ces facteurs environnementaux ». « Ainsi, certains polluants, appelés aussi « perturbateurs endocriniens » notamment issus de l’industrie du plastique de PVC ont des activités chimiques proches des estrogènes démontrés (effets dits « estrogen-like »)».
Abaisser l’âge du dépistage et le personnaliser ?
Quelles mesures peut-on proposer pour enrayer cette progression ? Bien sûr la prévention de l’obésité, de la sédentarité, de la « mal bouffe » et la lutte contre tous les polluants « estrogen-like ». Mais la modification des facteurs hormonaux et environnementaux mis en cause dans cette évolution relève de mesures globales difficiles et longues à mettre en œuvre. L’abaissement de l’âge du dépistage du cancer du sein apparait donc à ce jour comme la principale réponse à cette situation préoccupante. Elle a déjà été adoptée par la Société américaine du cancer, qui recommande depuis 2024 une mammographie tous les 2 ans dès 40 ans. La Société européenne du cancer du sein préconise uant à elle un dépistage à partir de 45 ans. En attendant la mise en œuvre d’un dépistage plus précoce en France, le Pr Pujol rappelle l’importance de prendre en compte les facteurs de risque notamment familiaux pour personnaliser le dépistage et d’investiguer toute masse mammaire chez une jeune femme. « Si les tumeurs bénignes (fibroadénomes) sont les plus fréquentes dans ces tranches d’âge, la mammographie n’est pas toujours performante compte tenu de la densité mammaire chez les femmes jeunes. Une échographie et/ou une IRM est souvent utile à ces âges pour compléter le diagnostic. L’IRM est l’examen de choix en cas de doute dans cette tranche d’âge, explique le Pr Pujol, car sa sensibilité est nettement meilleure que celle de la mammographie ou de l’échographie ».
*Le taux de fertilité est passé de 69, 4 naissances pour 1000 femmes en 2007 à 54,4 en 2023
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1 Pujol P et al. Sous Presse octobre 2025 The Breast 2 Giaquinto AN et al. CA cancer J Clin 2024 ; 74 :477-95 3 Barclay NL et al. Sci Rep 2024 ; 14 : 19069 4 Pujol P Cancer. 1994 1;74(5):1601-6.
Contact Presse :
Frédérique Impennati & Co pour la SFMPP
fimpennati@impennatiandco.com
Mobile : 33 (0)6 81 00 55 86
Cancer du sein : l’incidence ne cesse d’augmenter chez les femmes jeunes aux Etats-Unis et au Royaume-Uni.


Par Mme Aude Rambaud
(Saint-Germain-en-Laye)
[Déclaration de liens d’intérêts]
Date de publication : 16 octobre 2025 https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=f4bdbc581a0a3fac2c0f3beb1c7e913e&midn=22611&from=newsletter
Temps de lecture: 2 min
Au cours des dernières années, l’incidence du cancer du sein a fortement augmenté chez les femmes jeunes dans plusieurs pays. Une étude détaille les chiffres pour les femmes françaises âgées de 30 et 40 ans et propose plusieurs pistes d’explications. Ces travaux sont parus dans Breast.
L’incidence du cancer du sein a augmenté chez les jeunes femmes aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Une étude montre que c’est également le cas en France, en s’appuyant sur les registres nationaux.
Ce travail a inclus 229.352 cas de cancer du sein, et indique que le taux d’incidence de ce cancer a augmenté régulièrement entre 1990 et 2023. Chez les femmes jeunes, âgées de 30 et 40 ans, il est passé respectivement de 16,1 à 26,3, et de 98,7 à 131,2 pour 100.000 personnes-années. Cela correspond à une variation annuelle moyenne de 1,5% et 0,9%, respectivement.
Une tendance similaire a été observée pour la population totale, et pour la plupart des autres tranches d’âge (50, 70, 80 ans), à l’exception de celle des 60 ans. Plusieurs facteurs sont soupçonnés ; l’augmentation de l’âge du premier accouchement, l’âge plus jeune des premières règles, la baisse du taux de fertilité, la diminution de l’allaitement ou encore l’augmentation de l’utilisation de la contraception orale.
Toutefois, l’évolution des facteurs hormonaux pourrait ne pas tout expliquer et il faut également regarder du côté de la modification des expositions aux facteurs environnementaux ; habitudes alimentaires, consommation d’alcool, exposition aux polluants, un mode de vie stressant et urbain, ou encore la sédentarité.
Référence :
Pascal Pujol et al.
Increasing incidence of breast cancer in young women over time
The Breast Volume 83, October 2025