« Quand considérera-t-on que les Français sont majeurs… et pas encore vaccinés ? »
TRIBUNE
Marie-Claire Carrère-GéeConseillère (Les Républicains) de Paris
Marie-Claire Carrère-Gée, spécialiste des questions de santé, préconise la généralisation des masques FFP2 par les personnes âgées et vulnérables, ce qui permettrait, d’après elle, de transformer le Covid-19 en grosse grippe.
Publié le 31 janvier 2021 à 07h15 – Mis à jour le 31 janvier 2021 à 11h55 Temps de Lecture 3 min.
ttps://www.lemonde.fr/idees/article/2021/01/31/quand-considerera-t-on-que-les-francais-sont-majeurs-et-pas-encore-vaccines_6068262_3232.html
Tribune. Confinera, confinera pas ? Confinement total, confinement moyen, léger confinement ? Chacun s’écharpe sur les données sanitaires disponibles et leurs éventuelles insuffisances. On ne connaît pas encore la prévalence du variant anglais, mais on croit connaître sa contagiosité : si le taux de contagion [le R0] de 1,5 ou 1,7 était avéré, on voit bien que l’on serait entré dans une autre histoire, avec une progression verticale des contaminations et une situation hors de contrôle.
Pourrait-on s’arrêter un instant et reconsidérer un peu les choses ?
Le problème essentiel du Covid-19, ce sont les personnes âgées et celles rendues vulnérables par la maladie ou par des caractéristiques physiques. Le Covid frappe aussi, mais avec une ampleur bien moindre, des personnes a priori moins à risque, avec des formes longues et très pénibles, et même des décès.
L’autre problème du Covid, ce sont ses coûts individuels et collectifs : une dizaine de pour-cent de produit intérieur brut, du chômage actuel et à venir, la dilution des perspectives individuelles et collectives, la colère et l’ennui. Une « désorientation » collective, en quelque sorte.
Cela ne suffit pas
Pour éviter tout cela, l’enjeu est de réduire drastiquement le nombre de personnes âgées ou vulnérables contaminées, sans naturellement les confiner. Pour ce faire, des mesures générales de limitation de la circulation du virus doivent être prises, et elles l’ont été : port du masque chirurgical en population générale, gestes barrières, interdiction des rassemblements, couvre-feux divers.
Mais, manifestement, cela ne suffit pas : des personnes âgées ou vulnérables continuent d’être contaminées, entrent à l’hôpital, puis en réanimation et, souvent, meurent du Covid. Et c’est bien le nombre de contaminations, le nombre d’entrées à l’hôpital et celui des entrées en réanimation qui continuent à tout conditionner dans le pays et qui font que nous serons, la semaine prochaine, plus ou moins reconfinés.
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Il y a une solution et personne n’en parle : le port du masque FFP2 par les personnes âgées et vulnérables, dès qu’elles sont en situation à risque : en allant faire les courses, en recevant à domicile la personne qui vient faire le ménage, en rencontrant sa famille. Le masque FFP2, c’est celui qui est porté par les professionnels de santé lorsque leur exercice pourrait les exposer. Contrairement aux masques chirurgicaux, ce masque protège en effet efficacement la personne qui le porte en plus de protéger les autres.
Très récemment, l’éventualité du port du masque FFP2 est revenue, furtivement, dans le débat lorsque la France, à raison, a déconseillé le port de masques « faits maison » face aux nouveaux variants, et que la Bavière a imposé le port du FFP2 dans les transports. Mais, aussitôt ouvert, aussitôt refermé !
De si mauvais arguments
Le débat a été clos par le Haut Conseil de santé publique. Toujours avec le même argument, celui qu’on avait entendu concernant le port du masque chirurgical au début de la pandémie. Utiliser le masque FFP2 ne serait pas « raisonnable »… parce que les Français ne sauraient pas le porter et qu’un masque mal porté est un masque inefficace (ce qui est exact). N’y aurait-il donc aucune immunité collective face à de si mauvais arguments ?
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Quand considérera-t-on que les Français sont majeurs… et pas encore vaccinés ? Un masque FFP2 est certes pénible à porter, mais, d’abord, cela s’apprend et, ensuite, on s’habitue, surtout qu’il s’agit de ne le porter qu’à certains moments de la journée. Tout cela ne résiste ni à une bonne information ni à de la pédagogie.
Si cet apprentissage et cet inconfort relatif, quelques heures durant, étaient les seuls prix à payer pour éviter confinement, chômage et faillites, privation de liberté, angoisses et dépressions individuelles et collectives, dégringolade du PIB et augmentation de la dette, ne serait-ce pas là un prix bien modeste au regard de celui que paient déjà tous les Français, jeunes et vieux, bien portants et malades ?
Car oui ! Si les personnes vulnérables étaient beaucoup moins contaminées, elles souffriraient moins, elles iraient moins à l’hôpital, elles décéderaient moins souvent. Dans les services de réanimation, le Covid aurait un impact du même ordre que celui qu’a, chaque année, la grippe hivernale. Ne pourrait-on pas essayer ?
Marie-Claire Carrère-Gée est ancienne conseillère sociale et santé du président Jacques Chirac.
Marie-Claire Carrère-Gée (Conseillère (Les Républicains) de Paris)