La COP 17 Biodiversité établit l’urgence mais les États suivront-ils ?
La conférence d’Erevan s’achève avec des progrès dans la prise en compte des efforts à accomplir pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Les questions des subventions dommageables à la nature et du financement sont omniprésentes.

© IISD/ENB – Mike MuzurakisJihyun Lee, secrétaire exécutive adjointe de la CDB ; Hambardzum Matevosyan, président de la COP 17 et ministre de l’Environnement d’Arménie ; et Astrid Schomaker, secrétaire exécutive de la CDB, applaudissent lors de la séance plénière de clôture de la COP 17
LES POINTS À RETENIR
- La Feuille de route d’Erevan identifie les actions prioritaires pour atteindre les 23 cibles de 2030.
- Le Fonds de Cali n’a collecté que quelques milliers de dollars sur les milliards escomptés.
- La ministre française pointe des tentatives d’affaiblissement de la science dans les négociations.
« Nous savons ce qui doit changer. On ne peut protéger la nature tout en continuant de financer sa destruction. Les ressources doivent parvenir aux pays et aux communautés qui en ont besoin. Et la biodiversité doit être intégrée aux décisions économiques quotidiennes. En fin de compte, le véritable test ne réside pas dans les accords conclus par les gouvernements à Erevan, mais dans les changements qu’ils mettent en œuvre une fois rentrés chez eux », a déclaré Astrid Schomaker, secrétaire exécutive de la Convention sur la diversité biologique (CDB), à l’issue de la 17e COP Biodiversité qui s’est conclue le 31 octobre dans la capitale arménienne.
L’enjeu de cette conférence n’était pas d’adopter de nouveaux objectifs en matière de préservation et de reconquête de la biodiversité mais de mesurer l’état d’avancement des 23 cibles fixées pour 2030 par le Cadre mondial sur la biodiversité, adopté en 2022 à Montréal, et de prendre les mesures qui s’imposent pour les atteindre. « C’est historique car c’est la première fois que l’on regarde à mi-parcours où l’on en est », a expliqué Agnès Hallosserie, directrice du programme biodiversité de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), sur France Inter, le 30 octobre. Aucun des objectifs fixés par le précédent cadre à Aichi (Japon) en 2010 n’avait en effet été atteints, en grande partie du fait de l’absence de cadre de suivi.
Adoption de la Feuille de route d’Erevan
L’une des avancées de la COP d’Erevan, parmi les 50 décisions votées, est l’adoption d’une feuille de route qui propose une réponse à l’évaluation des progrès mondiaux accomplis dans la mise en œuvre du Cadre de Kunming-Montréal. Cette évaluation, objet d’un rapport publié quelques jours avant l’ouverture de la COP, établit que moins de la moitié des objectifs évalués sont en voie d’être atteints avant l’échéance de 2030, mais elle relève aussi une implication en nette progrès des États dans les politiques de biodiversité.
“ Nous savons ce qui doit changer. On ne peut protéger la nature tout en continuant de financer sa destruction. ”Astrid Schomaker, secrétaire exécutive de la Convention sur la diversité biologique
« La Feuille de route d’Erevan propose une réponse commune à ce constat, en identifiant les actions prioritaires à entreprendre jusqu’en 2030 et les domaines où les progrès devront être accélérés », explique le secrétariat de la convention sur la diversité biologique (CDB). Parmi ces actions, figurent la lutte contre les subventions et incitations néfastes pour l’environnement, l’accroissement du soutien financier, scientifique et technique aux pays en développement, ou encore l’alignement des budgets nationaux et des décisions économiques avec les impératifs du développement durable.
Dans cette feuille de route, la Wildlife Conservation Society, ONG américaine, note, comme avancées positives, l’inclusion de dispositions relatives au suivi des écosystèmes et la réforme des subventions. « La COP 17 a tracé la voie de la mise en œuvre du Cadre mondial de Kunming-Montréal pour la biodiversité, admet Greenpeace International. « Mais elle n’a pas apporté de réponse correspondant à l’urgence décrite dans le rapport mondial », regrette toutefois l’ONG.
Parmi les avancées de cette COP figure également l’adoption d’un règlement intérieur pour l’organe subsidiaire dédié aux peuples autochtones et aux communautés locales dont la création avait été décidée lors de la COP 16 de Cali. Ce qui doit permettre la mise en œuvre de cette instance permanente consultative. « Créer des espaces institutionnels pour les peuples autochtones et les communautés locales ne suffit pas, relève toutefois Bonaventure Bondo, responsable de la campagne Forêts et biodiversité chez Greenpeace Afrique. Il est essentiel de garantir leur véritable influence sur la gouvernance, leur participation effective, une représentation équitable et la capacité de prendre des décisions qui affectent leurs territoires, leurs droits et leur avenir. »
Élargir la liste des contributeurs
L’un des grands enjeux de la COP était aussi celui du financement des actions et de l’arrêt des subventions dommageables à la nature. Le secrétariat de la convention est fier d’annoncer que 2 milliards de dollars (Md$) de nouveaux financements pour la biodiversité ont été promis durant la COP : 560 millions de dollars (M$) au titre du programme de reconstitution des ressources du Fonds pour l’environnement mondial (FEM-9) et du Fonds du cadre mondial pour la biodiversité (GBFF) créé lors de la COP 15 pour soutenir sa mise en œuvre ; 500 M$ par le biais de la Species Recovery Alliance, une coalition de fondations dont la création a été annoncée pendant la COP, et plus de 330 M€ via le Value Nature Fund, une initiative lancée par des acteurs de la finance durable et visant à mobiliser des capitaux privés pour la nature.
Mais les États se sont engagés à travers le cadre de Kunming-Montréal à mobiliser 200 Md$/an d’ici à 2030. Et une sourde bataille est par ailleurs engagée en vue d’élargir la liste des contributeurs à la convention, constituée pour l’instant essentiellement des pays développés. Les pays qui bloquent l’élargissement, explique Agnès Halosserie de l’Iddri, sont les pays du Golfe, et les pays émergents tels que le Brésil et la Chine qui assurent déjà des financements bilatéraux mais qui ne veulent pas être inscrits sur une liste leur imposant de contribuer à la convention. « Les investissements des entreprises doivent également être une part significative du financement de l’action », rappelle par ailleurs la chercheuse.
« Un nouvel élan a été donné à la réforme des incitations dommageables à la biodiversité », a toutefois relevé la représentante de l’Iddri. « Lors de la COP, la présidence arménienne a insufflé une dynamique cruciale à la protection de la nature en lançant l’Appel d’Erevan pour des incitations positives à la biodiversité, confirme Patricia Zurita, directrice générale et responsable des affaires extérieures de l’ONG américaine Conservation International (…) La déclaration politique de la présidence a été concrétisée par le lancement de la plateforme « Amis de la cible 18 », coprésidée par la Colombie et la Finlande, afin de maintenir l’attention politique et de renforcer les travaux techniques essentiels à la suppression progressive des subventions néfastes ». La France, qui participe à cette coalition, a publié pendant la COP une stratégie de réforme des subventions néfastes d’ici à 2030. Si elle ne vise que 2 milliards d’euros (M€) sur les 10 Md€ identifiés, l’initiative est à signaler, relève Agnès Halosserie.
Vers une mise en œuvre effective du Fonds de Cali ?
L’un des autres grands sujets sur la table des négociations était le Fonds de Cali, un fonds créé en 2024 lors de la COP 16 et destiné à mettre à contribution de manière volontaire les entreprises utilisatrices de ressources génétiques au profit des détenteurs de connaissances traditionnelles. Il n’a recueilli pour l’heure que quelques milliers de dollars alors que plusieurs… milliards étaient escomptés du dispositif. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) salue les progrès réalisés durant la conférence à travers la création, d’ici la COP 18, d’un groupe de travail ad hoc chargé de la mise en œuvre du fonds, et à travers une révision des taux de contribution, des certificats et des mécanismes d’allocation des fonds.
Si l’UICN relève par ailleurs les progrès accomplis durant la COP en matière de biodiversité marine et de biodiversité des eaux intérieures, elle pointe en revanche plusieurs éléments négatifs : le mauvais accueil réservé par la conférence des Parties à l’entrée en vigueur du traité sur la haute-mer, dit « Accord BBNJ », dont la première COP aura lieu en janvier 2027 ; ou encore la suppression de la référence aux avis consultatifs du Tribunal international du droit de la mer et de la Cour internationale de justice sur le changement climatique. La Wildlife Conservation Society pointe aussi des conclusions bien trop timides de la COP sur les synergies entre climat et biodiversité. « La décision de la COP 17 se contente d’encourager les pays à appliquer un ensemble de lignes directrices volontaires, qui seront négociées plus en détail avant la COP 18 », déplore l’ONG.
Tentatives d’affaiblissement de la science
« La COP 17 a (…) contribué à faire avancer les choses. Cependant, le rythme et l’ampleur des actions restent insuffisants face à la crise de la biodiversité, conclut An Lambrechts, experte en politique de la biodiversité chez Greenpeace International. Les promesses politiques faites à Erevan témoignent de bonnes intentions, mais ne lèveront pas les principaux obstacles à leur mise en œuvre, tels que l’insuffisance des financements, les contraintes budgétaires et d’endettement, les caisses presque vides du Fonds Cali et la nécessité d’une réforme urgente des subventions néfastes. »
Mais l’un des bilans les plus sévères de la COP vient finalement de la ministre française de l’Environnement, habituée de ses négociations. « Je veux être lucide sur le bilan de cette COP : les résultats ne sont pas à la hauteur des enjeux. Nous savions que cette conférence ne serait probablement pas celle des grandes avancées. La règle du consensus entre les Parties rend les négociations particulièrement difficiles », explique Monique Barbut. La ministre estime qu’il aurait été souhaitable d’aller plus loin sur la réduction des subventions dommageables à la biodiversité, mais exprime aussi sa préoccupation sur les tentatives d’affaiblissement de la place de la science dans les négociations. « Cette COP illustre ainsi les difficultés que traverse aujourd’hui le multilatéralisme : nous parvenons à maintenir le dialogue, mais peinons à prendre collectivement les décisions qu’exige l’urgence environnementale », explique Madame Barbut.
La COP 18, qui se réunira à Quito (Équateur) en 2028, donnera une réponse sur la volonté des États, mais aussi de l’ensemble de la société civile, à aller de l’avant sur les objectifs fixés à Montréal en 2022. Il ne restera alors plus que deux ans pour les atteindre.
Laurent Radisson, journaliste intégré
Rédacteur en Chef de Droit de l’Environnement
COP biodiversité : à Erevan, en Arménie, près de 200 Etats s’accordent sur des textes-clés mais à l’ambition affaiblie
Après deux semaines de difficiles débats, les participants à la COP17 ont adopté une cinquantaine de textes essentiels pour poursuivre la lutte contre la destruction du vivant. La quête de consensus entre pays a toutefois contraint à édulcorer une partie des décisions.
Par Delphine Roucaute (Erevan, envoyée spéciale)
Publié le 31 octobre 2026 à 08h23, modifié le 31 octobre 2026 à 14h13 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/10/31/cop-biodiversite-a-erevan-en-armenie-pres-de-200-etats-s-accordent-sur-des-textes-cles-mais-a-l-ambition-affaiblie_6803471_3244.html
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Après un départ sur les chapeaux de roue, les négociations se sont étirées jusqu’au matin du samedi 31 octobre pour aboutir à plusieurs textes importants sur la biodiversité mais en partie édulcorés. En un coup de marteau, le président de la 17e Conférence des parties sur la biodiversité (COP17), le ministre de l’environnement arménien, Hambardzum Matevosyan, a adopté, tard dans la nuit, les deux textes les plus polémiques de ce sommet onusien organisé à Erevan. « Les textes sont adoptés, est-ce qu’on peut maintenir cet esprit ? », a demandé le ministre dans un sourire fatigué, sous les applaudissements de l’assemblée, visiblement soulagée.
Cela faisait deux semaines que les négociateurs de quelque 200 pays s’affrontaient sur les détails de ces documents, à coups de parenthèses judicieusement placées. L’enjeu au cœur de ces débats, techniques à l’extrême, n’est rien de moins qu’enrayer la destruction du vivant, alors que les scientifiques alertent sur les prémices d’une sixième extinction de masse sur Terre.
Avec des reconfigurations d’alliance selon les sujets, pays développés et pays en développement se sont affrontés sur une cinquantaine de textes, et en particulier les volets financiers, qui n’avaient jamais été aussi présents dans une COP. En filigrane, une question centrale : qui doit payer pour sauver la nature ? « Le sentiment des pays en développement est qu’ils ne perçoivent pas la volonté et l’ambition nécessaires de la part des pays développés pour sortir de l’impasse financière, il y a de la défiance », estime Tanyaradzwa Mundoga, le négociateur zimbabwéen.
Les deux principales pommes de discorde étaient les décisions portant sur l’« examen mondial » et la « mobilisation des ressources ». Il s’agissait du point central de cette COP : se mettre d’accord sur les progrès collectifs accomplis depuis quatre ans pour réaliser les 23 objectifs du Cadre mondial prévus à l’horizon 2030, comme protéger au moins 30 % des terres et des mers ou engager une restauration efficace dans au moins 30 % des écosystèmes dégradés. Si un rapport de la Convention sur la diversité biologique, publié en amont de la COP, avait montré qu’aucune des cibles n’était sur la bonne voie, il s’agissait encore de s’entendre sur les conséquences et les sujets à accélérer avant qu’il ne soit trop tard. Beaucoup de points ont été édulcorés, mais les pays ont malgré tout réussi à se mettre d’accord sur un texte, ce qui n’était pas nécessairement gagné.
Relever les ambitions
Les pays développés, l’Union européenne (UE) en tête, étaient arrivés aux négociations avec la ferme intention de relever les ambitions, alors même que de nombreux pays peinent à atteindre les objectifs déjà fixés. Le mot « ambition » n’est pas resté, au profit d’« élargir le champ d’application et la couverture ». « C’est beaucoup moins incitatif », souligne Agnès Hallosserie, directrice du programme biodiversité de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). « Nous savions que cette conférence ne serait probablement pas celle des grandes avancées. (…) Nous peinons à prendre collectivement les décisions qu’exige l’urgence environnementale », a déclaré Monique Barbut, la ministre de l’environnement française, remettant en cause la règle du consensus sur laquelle reposent les débats de la COP.
Une victoire a néanmoins été remportée sur la très sensible question des subventions néfastes, la cible 18 du Cadre mondial, qui vise à réduire des subventions ou autres incitations financières aux activités qui détruisent la biodiversité d’au moins 500 milliards de dollars (448 milliards d’euros) par an. Elle a eu droit à son paragraphe consacré dans l’examen mondial, alors qu’une bataille de tranchées s’était jouée toute la semaine entre deux blocs.
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D’un côté, des pays comme l’Arménie, la France et la Finlande, poussant pour qu’un message fort soit envoyé pour identifier et réduire ces subventions dommageables. De l’autre, les pays pétroliers, avec l’Arabie saoudite au front, mais aussi le Brésil ou la Russie, s’opposant jusqu’au bout à un texte trop ambitieux. In fine, le texte adopté renvoie simplement au Cadre mondial, encourageant les pays à « accélérer l’implémentation de la cible 18 ».
« C’est un exploit de mettre en avant une cible de cette envergure et aussi sensible, avance Juliette Landry, chercheuse sur la gouvernance internationale de la biodiversité à l’Iddri. Cela fixe l’attention sur une thématique qui était très en retard. » Mais Monique Barbut regrette que le texte ait été affaibli. « A [s]a lecture, on ne comprend pas qu’il traite de biodiversité tant il se limite à des références administratives », observe-t-elle. La mention de la cible 18, contestée dans au moins trois décisions, a néanmoins survécu.
Dans le texte dévolu à la mobilisation des ressources, deux sujets étaient surveillés de près. D’abord, la question de l’élargissement de la base des donateurs, une liste comprenant 25 pays participant officiellement au financement de la biodiversité. Les pays développés figurant sur cette liste (16 membres de l’UE, le Canada et le Japon – les Etats-Unis, eux, ne sont pas partie, n’ayant pas ratifié la Convention sur la diversité biologique) souhaitent ardemment la mettre à jour, chose qui n’a pas été faite depuis 2006. Ils arguent qu’elle ne reflète plus la réalité géopolitique, certains pays en développement, comme la Chine, participant à ces financements par des accords bilatéraux.
Là encore, un front mené par l’Arabie saoudite avec le Brésil s’est opposé à ces nouvelles obligations, craignant de créer un précédent. Leurs délégués n’ont pas fermé les négociations, les repoussant à la prochaine COP, en 2028. En attendant, le secrétariat sur la Convention pour la diversité biologique, qui porte le processus des COP, devra faire l’état des lieux des réelles contributions financières des pays. « C’est déjà intéressant qu’il y ait une décision structurée ; à la COP climat, le débat n’est même pas ouvert constructivement », souligne Aleksandar Rankovic, directeur de The Common Initiative, un groupe de réflexion travaillant sur la géopolitique et l’écologie.
Même report pour la question très sensible de la création d’un nouveau fonds indépendant de l’actuel Fonds du cadre mondial pour la biodiversité, censé permettre une meilleure redistribution des ressources. L’UE, le Canada, la Suisse s’y opposent fermement, quand les pays en voie de développement en font un casus belli. Les huit critères finalement mentionnés pour décider si le fonds existant remplissait bien ses objectifs sont suffisamment ouverts pour satisfaire tout le monde et ne contenter personne. La discussion se tiendra à la prochaine COP.
Eclat de joie
Les deux grands succès de la précédente conférence à Cali (Colombie), qui concernaient tous deux les populations autochtones et communautés locales, ont été relégués à la fin de ce marathon nocturne. De manière inespérée, dans un éclat de joie, a été adopté vers 5 h 30 le texte sur le partage des bénéfices générés à partir de l’utilisation des données de séquençage numérique (DSI, en anglais), censés abonder le fonds Cali. Il entérine le concept des certificats que pourront recevoir les entreprises abondant le fonds avec 0,1 % de leur chiffre d’affaires ou 1 % de leurs bénéfices, et ouvre un nouveau cycle de travaux de deux ans. Une avancée modeste mais inattendue. « Plus tôt dans la journée, nous n’étions même pas sûrs que le texte soit adopté », se réjouit la délégation britannique.
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Sur le fil, les délégués ont également réussi à valider la poursuite des débats sur l’organe représentant spécifiquement les populations autochtones et les communautés locales. Un point de contentieux politiquement inflammable au niveau national pour le Canada et la Norvège, qui aura fait durer les discussions jusqu’à 9 heures. « Nous voulons fêter cette décision historique. Après plus de deux semaines de travail et de drames, nous avons finalement rendu opérationnel cet organe subsidiaire », s’est réjouie, en larmes, Jennifer Corpuz, du Forum international autochtone sur la biodiversité.
Sous les applaudissements, la Suisse a fait une longue déclaration en faveur de la science à l’issue de la décision sur la reconnaissance des travaux de la plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité (IPBES, l’équivalent du GIEC pour la biodiversité), qui menaçaient d’être affaiblis par plusieurs pays, notamment le Brésil et la Russie. « Nous assistons bel et bien à une infiltration de la politique climatique d’obstruction au sein de la Convention sur la biodiversité », s’inquiète Alfred DeGemmis, directeur des politiques internationales à la Wildlife Conservation Society. De nombreux pays, dont la France, n’ont cessé d’alerter sur ces attaques contre la science pendant les deux dernières semaines.
A deux voix près, les pays ont choisi l’Equateur pour accueillir la prochaine COP en 2028, à Quito. Son adversaire, le Panama, menait une campagne très offensive depuis quelques jours dans les salles de conférences, son ministre de l’environnement n’hésitant pas à qualifier les COP de « tas de balivernes, de beaux discours et de conneries ». Des mots virulents qui lui auront peut-être coûté sa place dans l’ambiance très policée du Meridian Expo Center, à Erevan.
Delphine Roucaute (Erevan, envoyée spéciale)
COP17 sur la biodiversité à Erevan : la France, une bonne élève à l’échelle internationale, mais dont les « indicateurs nationaux continuent de s’effondrer »
Analyse
Lors de la réunion dans la capitale arménienne, la France a mis en avant ses progrès en matière de protection de la nature, notamment la création de zones de conservation. Mais, dans le détail, les espèces en déclin sur le territoire national sont toujours plus fragilisées.
Publié le 20 octobre 2026 à 06h00, modifié le 20 octobre 2026 à 07h45 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/10/20/cop17-sur-la-biodiversite-a-erevan-la-france-une-bonne-eleve-a-l-echelle-internationale-mais-dont-les-indicateurs-nationaux-continuent-de-s-effondrer_6797863_3244.html
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La 17e Conférence des parties (COP17) sur la biodiversité, qui se tient du 19 au 30 octobre à Erevan, en Arménie, est l’heure des bilans. Dans le cadre de la revue mondiale des efforts fournis par les parties de la Convention sur la diversité biologique, la France a présenté un rapport pour rendre compte de l’avancement des ambitieux objectifs fixés pour 2030. Si de nombreux indicateurs sont au vert, le ministère de la transition écologique, responsable de cette synthèse, omet de mentionner de récents reculs environnementaux. « Au niveau international, la France est une bonne élève dans sa manière de dire qu’elle a fait ses devoirs, mais ce n’est pas pour autant que le travail est bien fait », suggère Agnès Hallosserie, directrice du programme biodiversité de l’Institut du développement durable et des relations internationales.
Dans ce document, la stratégie nationale pour la biodiversité, qui, depuis 2023, constitue la traduction française des objectifs internationaux adoptés dans le cadre mondial de Kunming-Montréal de 2023, est déclinée en 40 mesures. Seules 20 d’entre elles sont jugées « en bonne voie d’atteindre la cible » et l’une est considérée comme déjà atteinte, celle qui consistait à mettre en place une gouvernance interministérielle.
Mais depuis la rédaction de ce document, des coupes ont été annoncées dans les effectifs des opérateurs de la transition écologique, comme les agences de l’eau, les parcs nationaux, ou encore l’Agence de la transition écologique. « La contribution française nous montre quelque chose de positif, l’Etat s’est approprié le cadre mondial en essayant de dépasser la chasse gardée du ministère de l’environnement. Mais, malgré cela, les indicateurs de biodiversité continuent de s’effondrer en France », rappelle Agnès Hallosserie.
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Dans son récent inventaire forestier, l’Institut national de l’information géographique et forestière révèle que si la superficie forestière a augmenté de 1,5 million d’hectares en quinze ans, la mortalité globale des arbres a, dans le même temps, continué de s’accentuer à un rythme de 18 millions de mètres cubes par an. L’indice du risque d’extinction d’espèces montre que 17 % des espèces présentes sur le territoire risquent la disparition, et cet indice augmente plus vite en France que dans le reste du monde (99 % entre 2000 et 2022, contre 67 % en Europe et 36 % dans le reste du monde). Près de la moitié des petits cours d’eau français étaient à sec fin septembre, une situation inédite depuis le début des relevés en 2012 et qui ne montre pas de signe d’amélioration, alertait, le 13 octobre, l’Office français de la biodiversité.
La France s’enorgueillit d’avoir déjà atteint la plus célèbre cible du cadre mondial (la n° 3), visant à protéger 30 % des terres et des mers, et de l’avoir même dépassée, puisque plus de 33 % du territoire national est couvert par une aire protégée. De gros efforts ont été fournis à l’occasion de la troisième Conférence des Nations unies sur l’océan, qui s’est tenue à Nice en juin 2025, notamment par le renforcement de la protection de la plus grande aire marine protégée du monde, en Polynésie française (environ 900 000 kilomètres carrés en « protection forte »).
Réintroduction de deux pesticides interdits
« En termes de pourcentage de zone déclarée “aire marine protégée”, la France est dans le haut de la liste, mais l’écart entre les surfaces déclarées et le niveau de protection effectif est très important », avertit Joachim Claudet, directeur de recherche au Centre de recherches insulaires et observatoire de l’environnement du CNRS. Les méta-analyses montrent que seules les zones en protection intégrale génèrent un bénéfice systématique en matière de conservation de la biodiversité ; en zone de protection haute, un petit bénéfice peut être constaté, mais seulement si la gouvernance est active. Au-dessous de ces hauts niveaux de protection, les effets sont même le plus souvent négatifs, comme le montre le chercheur dans une étude parue mercredi dans la revue Science Advances.
En ce qui concerne un autre objectif emblématique, la cible n° 7 du cadre mondial, qui vise à réduire les pollutions, notamment à abaisser de moitié le risque lié aux pesticides, la France s’appuie, entre autres, sur le plan Ecophyto 2030, adopté en 2024, pour s’estimer « en bonne voie d’atteindre la cible ». Les auteurs du rapport oublient de mentionner que le nouvel indicateur introduit par ce plan, le « HRI-1 », est pour le moins contesté. Il affiche en effet une baisse de 50 % du recours de l’agriculture à ces substances chimiques entre la fin des années 2000 et 2023, alors que l’indicateur historique suit une tendance inverse et a grimpé de 8 % sur la même période. En outre, la loi agricole adoptée en juillet acte la réintroduction sur dérogation de deux pesticides interdits, l’acétamipride et le flupyradifurone.
Les engagements internationaux et leur traduction dans le droit français ne deviennent effectifs qu’à la publication de décrets ou dans leur déclinaison préfectorale, avec les arrêtés. L’écart peut s’avérer important. A titre d’exemple, la cible 4 vise à mettre un terme, d’ici à 2030, à la disparition des espèces menacées. En France, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature, moins de la moitié d’entre elles sont couvertes par un arrêté de protection, le principal outil réglementaire permettant d’éviter leur destruction. « Dans les arbitrages entre impératifs économiques et biodiversité, ceux en faveur de la biodiversité sont, la plupart du temps, résiduels », remarque Dorian Guinard, maître de conférences en droit public à l’université Grenoble-Alpes, pointant, entre autres, les dérogations prises par certains préfets sur l’abattage d’espèces protégées.
Lors des COP biodiversité, la France ne parle pas en son nom, puisqu’elle est intégrée à la délégation européenne, qui s’exprime au nom des 27 Etats membres et est, en 2026, sous présidence irlandaise. Mais elle parvient à peser malgré tout dans les négociations. Lors de la COP17, ses priorités consisteront à aller chercher des financements privés, sans se perdre dans des discussions sur la création d’un nouveau fonds international, voulu par de nombreux pays en voie de développement. Elle poussera également pour des ambitions accrues sur les objectifs, même si de nombreux pays peinent déjà à remplir ceux qui ont déjà été fixés.
« Tous les pays essaient de montrer qu’ils font des choses, pour être des partenaires de négociations crédibles, rappelle Agnès Hallosserie. Par rapport aux autres pays, la France ne s’en sort pas si mal et a investi relativement plus. » De son côté, Dorian Guinard invite à retourner le raisonnement : « Faut-il se comparer aux autres pays pour se dire que ce que fait la France est bien, ou se comparer à des objectifs d’amélioration des milieux ? » Sur ce point, le ministère reconnaît dans son bilan que, « malgré une baisse relative de certaines pressions, l’état de la biodiversité continue globalement de se dégrader ». Une invitation à « intensifier les efforts ».