Le plan d’actions 2026-2030 sur les perturbateurs endocriniens est publié mais sans financement !

Perturbateurs endocriniens : le plan d’actions 2026-2030 est publié

Le plan d’actions 2026-2030 sur les perturbateurs endocriniens est publié. Les six priorités et vingt actions envisagées lors de la consultation demeurent mais les échéances ont été ajustées. La question du financement reste posée.

Risques |  27.10.2026  | D. Laperche

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Perturbateurs endocriniens : le plan d'actions 2026-2030 est publié

© BillionPhotos.comLes produits du quotidien — cosmétiques, contenants en plastiques, pesticides — sont susceptibles de contenir des perturbateurs endocriniens

LES POINTS À RETENIR

  • Le plan publie six priorités et vingt actions pour 2026-2030.
  • Les échéances initialement prévues ont été reportées par rapport à la consultation.
  • Générations Futures juge le plan insuffisant face à l’urgence sanitaire.

Le plan d’actions 2026-2030 sur les perturbateurs endocriniens (1) a enfin été publié, près de sept mois après la fin de sa consultation publique, dans une version presque identique. Les principales modifications s’avèrent être des reports dans les échéances initialement fixées.

Le sujet est d’importance : comme leur nom l’indique, les perturbateurs endocriniens viennent chambouler le dialogue de notre machinerie interne, normalement régulé par les hormones. Avec des conséquences en cascade : infertilité, malformations congénitales, troubles neurodéveloppementaux, pathologies thyroïdiennes, diabète, obésité, cancers hormonodépendants, etc. Même si leurs conséquences pour la santé sont loin d’être négligeables, ces substances se retrouvent dans de nombreux produits régulièrement utilisés : pesticides, antimoustiques, cosmétiques ou produits d’hygiène, peintures, plastiques, etc. contiennent potentiellement des perturbateurs endocriniens.

Pesticides, antimoustiques, cosmétiques ou produits d’hygiène, peintures, plastiques, etc. contiennent potentiellement des perturbateurs endocriniens© INCa

Depuis 2014, deux stratégies nationales se sont succédées pour tenter de contrebalancer leur présence dans notre quotidien et dans l’environnement. Avec un succès très relatif.

Dans leur analyse des progrès permis par la seconde stratégie, les inspections générales de l’environnement (Igedd) et des affaires sociales (Igas) avaient interpellé le Gouvernement pour qu’il muscle les actions de la troisième initiative. « Une telle stratégie ne doit pas être considérée comme la poursuite des deux premières SNPE, avaient estimé les inspecteurs. Elle doit traduire un changement radical aussi bien sur les objectifs (zéro exposition aux PE) qu’en matière de priorités : réduction effective de l’exposition aux PE et pas uniquement production de connaissances, formation des professionnels et information du public.

Elle doit également être portée beaucoup plus fermement au niveau politique, que ce soit à l’échelle nationale ou européenne, et encourager les initiatives prises par les acteurs de terrain. Enfin, la SNPE3 doit être dotée d’un budget spécifique, condition indispensable de son efficacité et de sa crédibilité. »

Le nouveau plan se semble pas réellement se démarquer par rapport aux deux précédents.

Six priorités pour 2026-2030

Sur la période 2026-2030, le Gouvernement s’est fixé six grandes priorités :

avec tout d’abord l’accompagnement des acteurs locaux pour réduire les perturbateurs endocriniens. Pour cela, il compte notamment s’appuyer sur les contrats locaux de santé avec un axe qui vise la réduction de l’exposition aux perturbateurs endocriniens, la création d’un cadre de référence pour accompagner la prise en compte du risque d’exposition à ces substances dans les projets de construction ou rénovation de bâtiments, l’incitation à privilégier des produits exempts de PE dans les contrats publics, et le développement d’outils d’auto-diagnostics pour des écoles ou lieux de santé. Le Gouvernement prévoit également d’évaluer la mise en œuvre de la disposition de la loi Egalim qui prévoit l’arrêt de l’usage du plastique en restauration collective scolaire, universitaire ou pour les enfants de moins de six ans, ainsi que celle de la loi Agec qui vise certains établissements de soins. Il compte également identifier les bonnes pratiques et outils, et diffuser celles qui doivent être mises en œuvre sur un espace accessible à tous.

La seconde priorité vise l’information des citoyens sur les sources d’exposition, notamment les élèves et les étudiants mais également les élus, ainsi que les agents des collectivités.

Troisième axe prioritaire : la prise en charge des populations les plus exposées et les plus vulnérables. Dans cette optique, le Gouvernement prévoit d’informer les professionnels de santé et leurs patients, notamment sur les risques des expositions environnementales avec les troubles de la fertilité, mais également les employeurs et leurs salariés.

Le levier réglementaire parmi les axes prioritaires

Le levier réglementaire constitue également une voie considérée comme capitale et notamment la création de classes de danger en lien avec les perturbateurs endocriniens dans le système général harmonisé pour la classification et l’étiquetage (SGH) utilisé au niveau international. Le Gouvernement compte également peser, dès que l’agenda de la Commission européenne le permettra, dans le cadre de la révision du règlement cosmétiques, de la réglementation européenne sur les dispositifs médicaux, de la réglementation éco-conception mais aussi de Reach. « Dans le cadre du traité plastique, les autorités françaises proposeront la prise en compte de la perturbation endocrinienne dans le mécanisme d’identification et de restriction des substances dangereuses dans les plastiques, indique le plan. En fonction du résultat des négociations et de l’architecture du traité, les autorités françaises se mobiliseront pour la mise en œuvre effective de ce mécanisme. »

Le Gouvernement souhaite également soutenir le développement de méthodes sur les modalités de perturbations endocriniennes à évaluer de manière prioritaire. Il vise également la mise à jour de la liste des PE à contrôler. « Il s’agira d’établir, pour chaque substance PE, l’ensemble de ses usages potentiels et sa pertinence (forte/moyenne/faible/négligeable) au regard de la contamination qu’elles seraient susceptibles d’avoir dans les produits, l’alimentation animale, les denrées alimentaires incluant l’eau de boisson à partir des données disponibles dans la littérature et dans les dossiers d’enregistrement Reach, avec l’appui d’une IA, détaille le plan. Ces informations pourront également être transmises, pour information, au consortium « EDlists » (2) . La direction générale de l’alimentation identifiera et explorera les résultats des contaminants PE lors des prélèvements réalisés annuellement sur le territoire.

La cinquième priorité pour le Gouvernement est le maintien de la surveillance et la compréhension des conséquences de l’exposition aux PE. « La connaissance de l’imprégnation de l’environnement par les PE reste hétérogène selon les milieux, constate le plan. Pour mettre en œuvre une politique de lutte plus efficace contre ces substances, il est indispensable d’améliorer la connaissance de leur présence dans les différents compartiments environnementaux, notamment les eaux, le sol, l’air ambiant et l’air intérieur ». Les conséquences sur la santé seront également suivies.

Le dernier axe prévu par le plan ambitionne de fédérer l’ensemble des acteurs impliqués dans une approche « une seule santé ». « Les efforts des opérateurs économiques en faveur de la substitution devraient reposer sur un cadre favorisant leur valorisation, estime le plan. Ce cadre devrait permettre de stimuler l’innovation et de gagner en agilité, d’accroître la sécurité et de réduire la charge réglementaire à plus long terme, et de contribuer à l’acquisition d’un avantage concurrentiel. » Cela passera notamment par un recensement des dispositifs d’aides et le lancement d’un appel à manifestation d’intérêt pour identifier les entreprises qui substituent. Le Gouvernement compte également soutenir le développement d’un réseau des acteurs de la recherche sur les PE  dans une approche One health/une santé.

En face de ces mesures, la question du financement reste posée : le Gouvernement n’a pas fléché de budget dédié et sécurisé.

« Le plan d’action sur les PE constitue une base utile mais insuffisante au regard de l’urgence sanitaire et environnementale. Son renforcement suppose l’affirmation d’un cap clair vers le « zéro exposition », une gouvernance forte dotée de moyens identifiés, une ambition réglementaire rehaussée incluant des leviers économiques, une prise en compte structurelle des inégalités d’exposition, et un lien explicite entre connaissance et décision, avait estimé Générations futures à l’occasion de la consultation. C’est à ces conditions que ce plan pourra constituer une rupture réelle avec les stratégies précédentes et répondre à l’ampleur des enjeux »

.1. Télécharger le plan d’actions 2026-2030 sur les perturbateurs endocriniens
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-48727-plan-actions-ministere-sante-environnement-perturbateurs-endocriniens-2026-2030.pdf

2. En 2020, cinq pays européens – La Belgique, le Danemark, la France, les Pays-Bas et la Suède – se sont associés afin de référencer les substances PE au niveau européen : l’Espagne a rejoint ce consortium en 2021. Trois listes ont été établies pour les substances PE
https://edlists.org/the-ed-lists

Dorothée Laperche, journaliste intégrée
Cheffe de rubrique eau / santé environnement

Rappel:

Perturbateurs endocriniens : une consultation publique ouverte jusqu’au 8 mai — faites entendre votre voix !

Le 30 avril 2026

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perturbateurs-endocriniens

Le gouvernement a ouvert une consultation publique sur son projet de priorités d’actions et son plan d’actions contre les perturbateurs endocriniens (PE). La consultation est ouverte jusqu’au 8 mai 2026 inclus, et chacun peut déposer ses observations directement sur le portail du ministère. Générations Futures vous invite à vous mobiliser et à participer à cette consultation.

Qu’est-ce qu’un perturbateur endocrinien ?

Un perturbateur endocrinien est une substance qui interfère avec le système hormonal des organismes vivants, entraînant des effets néfastes sur la santé humaine et sur l’environnement. Les périodes de préconception et de grossesse, de la petite enfance et de la puberté présentent une sensibilité accrue à ces substances. Les impacts sanitaires sont aujourd’hui largement documentés : troubles de la fertilité, malformations, perturbations du développement de l’enfant, cancers hormono-dépendants, mais aussi troubles neuro-développementaux, immunitaires, métaboliques ou cardiovasculaires.

Quel est ce nouveau plan gouvernemental ?

Le gouvernement propose six priorités et 20 actions pour réduire l’exposition aux perturbateurs endocriniens. Ce plan fait suite à un bilan critique de la deuxième Stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens (SNPE2) : la mission conjointe IGAS-IGEDD a dressé un bilan mitigé, relevant que des avancées ont bien eu lieu, notamment en matière de réglementation et de recherche, mais qu’elles restent bien en deçà des objectifs fixés en 2019, surtout en ce qui concerne les contrôles et la réduction des expositions.

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Les ministères chargés de la santé et de l’environnement ont élaboré ces priorités en vue de poursuivre les efforts vers un objectif affiché de « zéro exposition aux PE ». Si cet objectif est louable, le diable sera dans les détails : quels engagements concrets ? Quels calendriers ? Quels moyens budgétaires ? C’est précisément à ces questions que doit répondre la consultation.

Pourquoi cette consultation est-elle importante ?

Selon le baromètre 2019 de l’IRSN, la moitié des Français estiment que les risques liés aux perturbateurs endocriniens sont forts. De l’importance donc de s’attaquer vraiment à ce sujet. Les deux premières stratégies nationales ont trop souvent privilégié l’information et la recherche au détriment de mesures contraignantes de réduction à la source.

Générations Futures rappelle que l’enjeu n’est pas simplement de produire davantage de connaissances, mais d’agir sur les causes : interdire les substances identifiées comme perturbateurs endocriniens dans les pesticides, les plastiques, les cosmétiques et les matériaux en contact alimentaire, en s’appuyant sur le principe de précaution.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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