Diplomates et commissaires européens se disent soucieux de la possible arrivée au pouvoir du RN en France en 2027

La montée des extrêmes droites dans les Etats membres de l’UE suscite une forte inquiétude au sein des institutions européennes

Sous le couvert de l’anonymat, diplomates et commissaires se disent soucieux de la possible arrivée au pouvoir du RN en France en 2027 et de la montée de l’AfD en Allemagne. Les extrêmes pourraient, comme l’Italienne Giorgia Meloni, tirer parti des institutions communautaires ou, au contraire, les bloquer.

Par Sophie Fay (Bruxelles, bureau européen) et Philippe Jacqué (Bruxelles, bureau européen)

Publié le 22 octobre 2026 à 20h00, modifié le 23 octobre 2026 à 08h56 https://www.lemonde.fr/international/article/2026/10/22/la-montee-des-extremes-droites-dans-les-etats-membres-de-l-ue-suscite-une-forte-inquietude-au-sein-des-institutions-europeennes_6798659_3210.html

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Alice Weidel, codirigeante du parti Alternative pour l’Allemagne (AfD) et du groupe parlementaire de l’AfD, à Berlin, le 6 octobre 2026.
Alice Weidel, codirigeante du parti Alternative pour l’Allemagne (AfD) et du groupe parlementaire de l’AfD, à Berlin, le 6 octobre 2026.  ANNEGRET HILSE/REUTERS

En moins d’une semaine, les dirigeantes du Rassemblement national (RN) et d’Alternative pour l’Allemagne (AfD), deux partis d’extrême droite et eurosceptiques, se sont invitées au cœur des institutions européennes. Marine Le Pen était à Bruxelles à la veille du Conseil des chefs d’Etat et de gouvernement des 15 et 16 octobre. Alice Weidel est venue au Parlement, à Strasbourg, mercredi 21 octobre, pour donner une conférence devant ses partisans sur sa vision de l’Union.

La première, en tête des sondages à six mois de l’élection présidentielle en France, a promis à ses électeurs la tête d’Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, institution qu’elle veut transformer en simple secrétariat du Conseil des chefs d’Etat et de gouvernement. Elle veut aussi sabrer dans la contribution de la France au budget. La seconde, qui bat des records de popularité en Allemagne, est sur la même ligne : rétrécir la Commission, ne plus payer pour les autres, sortir des politiques européennes dans lesquelles son pays ne serait pas gagnant. Elle ne veut même plus d’un Parlement élu au suffrage universel.

Que se passerait-il pour les institutions européennes si plusieurs partis eurosceptiques gagnent les élections à venir ou intègrent des coalitions au pouvoir ? Les élections en Espagne sont prévues fin novembre, celles en France, en Italie et en Pologne auront lieu en 2027, tandis que celles en Allemagne sont attendues en 2029. A Bruxelles, Strasbourg ou Luxembourg, fonctionnaires, diplomates et commissaires, qui ne peuvent pas être cités en raison de leur fonction, ne cachent pas leur inquiétude.

Hypothèse d’une « mélonisation » des approches

Dans une note publiée le 28 août, intitulée « géopolitique d’une Union eurosceptique », publiée en anglais et non traduite, Thomas Laffitte, chercheur invité au Brussels Institute for Geopolitics, s’est livré au jeu des scénarios si plusieurs dirigeants d’extrême droite se retrouvaient à la table du Conseil européen. C’est « plausible, estime-t-il. Entre 2009 et 2024, le poids des partis d’extrême droite – tous ceux qui siègent à la droite du parti conservateur, le Parti populaire européen [PPE], au Parlement – est passé de moins de 10 % à 25 % au Parlement européen ».

Il fait alors deux hypothèses. La première est une « mélonisation » des approches politiques de Marine Le Pen ou d’Alice Weidel, en référence à l’évolution de Giorgia Meloni, la présidente du conseil des ministres italien. Qui s’est très vite adaptée aux institutions pour bénéficier des fonds de relance post-Covid-19, tout en instrumentalisant la thématique de la migration pour se différencier des pro-européens. Elle s’est mise en scène comme une dirigeante influente à la table du conseil. Elle pousse même pour que les chefs d’Etat se réunissent à Rome quelques semaines avant les élections en Italie, afin de fêter les 70 ans du Traité de Rome, en mars 2027.

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Réfléchissant à voix haute, un eurodéputé libéral – qui ne souhaite pas être cité – ne voit pas d’autre solution : « La situation économique et géopolitique sera si catastrophique en 2027 qu’il n’y aura pas d’autre option, même pour un parti eurosceptique, que de resserrer les rangs avec ses voisins pour surmonter la crise. » Déjà, ni Marine Le Pen ni Alice Weidel ne parlent plus de sortir de l’euro, ni de quitter l’Union européenne (UE).

Pour Thomas Laffitte, cette option, la moins mauvaise pour les institutions, ne serait toutefois pas sans risque : même europragmatiques, les dirigeants eurosceptiques chercheront à affaiblir la Commission et à en faire un bouc émissaire. « Il est certain qu’il y a de plus en plus d’Etats autour de la table, dont la majorité a changé depuis l’installation de la Commission von der Leyen, qui ne verraient pas d’un mauvais œil un renouvellement de l’institution à mi-mandat pour installer des personnalités plus proches d’eux politiquement », note un expert politique du PPE.

L’hypothèse d’une « mélonisation » de Marine Le Pen fait lever les yeux au ciel à Thierry Mariani, eurodéputé Patriotes pour l’Europe, le groupe où siègent les eurodéputés du RN. Il rappelle que les institutions européennes ont tout fait, selon lui, pour mettre fin à la carrière politique de Marine Le Pen avec le procès sur les assistants parlementaires européens du Front national (FN, l’ancien nom du RN) et qu’elle n’est pas près de se plier aux conditions posées par Manfred Weber, le président du PPE, le premier groupe au Parlement, pour se normaliser comme l’ont fait les élus du mouvement de Giorgia Meloni : « Etre pro-européen, défendre l’Etat de droit et soutenir l’Ukraine. » Pour Thierry Mariani, Marine Le Pen tiendra sa promesse de faire primer le droit national sur le droit européen, comme le veut aussi Alice Weidel. Ce qui déclencherait un « Frexit ».

Dissensions sur les questions migratoires

Cela donne du poids au deuxième scénario de Thomas Laffitte : celui où les dirigeants d’extrême droite défendent leurs intérêts nationaux, comme le préconise Alice Weidel, sans faire de compromis. « Avec la montée des nationalismes, l’esprit européen au sein même des institutions se perd. Ce phénomène est déjà à l’œuvre », juge un diplomate. L’Europe serait alors bloquée. « La France n’est pas l’Italie, constate ce diplomate, très sombre sur les perspectives, et si elle cesse d’être à l’initiative, si elle laisse passer au niveau national des législations contraires au droit européen ou remet en question les normes communes, c’est la fin du marché unique. L’Europe s’effondrerait de l’intérieur. » Ce serait encore plus rapide si l’AfD applique son programme, qui permettrait à chaque pays de sortir d’une politique communautaire ne lui profitant pas directement.

Les dissensions s’observent déjà, ne serait-ce que sur les questions migratoires : les autres Etats reprochent à l’Italie de ne pas reprendre les réfugiés déboutés entrés par ses frontières. En matière d’affaires étrangères, les désaccords seraient importants, entre des partis historiquement russophiles, comme l’AfD et le RN, et la Pologne, anti-Russe, plus proche des Etats-Unis. « Les différends seraient exacerbés par les Etats-Unis, la Russie ou la Chine, pour pousser leurs intérêts et mieux affaiblir l’Union européenne », prévient Thomas Laffitte.

Le sort de l’Ukraine serait encore plus incertain. Sur les questions budgétaires européennes, les lignes divergeront aussi. « Si un Etat demande un rabais, il faudra que les autres le lui accordent. Et cela rouvrira la boîte de Pandore, alors que l’on voit déjà la difficulté actuelle à s’entendre pour s’entendre sur un budget pour les sept prochaines années », glisse un diplomate européen. Au risque de retarder les versements de la politique agricole commune ou des fonds de cohésion aux régions.

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Quant aux questions monétaires, si la dirigeante de l’AFD ne veut plus sortir de l’euro, elle entend réformer sa gouvernance en imposant à la Banque centrale européenne de cesser d’acheter les obligations de pays en difficulté pour éviter que leurs taux d’intérêt s’envolent. Ce qui irait contre l’intérêt de la France, mais aussi de l’Espagne et l’Italie. « Si personne ne s’entend autour de la table, il ne faut pas sous-estimer la résilience des institutions européennes, comme on l’a vu lors de la crise de l’euro », plaide un bon connaisseur du fonctionnement du Conseil. Au bord du précipice, au milieu des années 2010, les points de vue ont fini par converger pour ne pas tout perdre.

La manière la plus efficace de renforcer la résilience des institutions européennes serait de s’accorder sur un budget pluriannuel pour les années 2028-2034, avant la vague d’élections de 2027. C’est l’objectif du président du Conseil européen, le social-démocrate Antonio Costa. Lors de la dernière réunion des chefs d’Etat et de gouvernement, les 15 et 16 octobre, le chef de l’Etat français, Emmanuel Macron, et le chancelier allemand, Friedrich Merz, se sont accordés sur ce point. Dix jours avant ce conseil, ils ont réussi à rapprocher leurs positions pour être plus fermes commercialement vis-à-vis de la Chine et ils ont conclu un accord sur l’automobile, avec le soutien d’une « majorité von der Leyen » – formée des conservateurs (PPE), des centristes (Renew) et des Verts – au Parlement. Signe que le sentiment d’urgence est bien là.

Sophie Fay (Bruxelles, bureau européen) et Philippe Jacqué (Bruxelles, bureau européen)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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