Avant de supprimer Parcoursup, remédier à l’insuffisance de l’offre universitaire
OPINION

Article écrit par
Ancien enseignant
24 octobre 2026
Parmi les revendications des lycéens, il y a l’abrogation de Parcoursup, sur lequel on attend des annonces du gouvernement lundi. Stressant, opaque, inégalitaire, ce dispositif créé en 2018 cumule toutes les critiques. Ce serait même « une ignominie », selon Jean-Luc Mélenchon.
Mais suffirait-il de le supprimer pour résoudre tous les problèmes de l’entrée dans le supérieur ? Bien évidemment, non. Parcoursup n’est qu’un voile qui masque une offre universitaire insuffisante. C’est ce problème qu’il faudrait d’abord résoudre, tout en s’attaquant aux principaux défauts de la plateforme.
Dans un temps très lointain, pour s’inscrire à l’université, il fallait patienter à l’aube devant les bureaux de la faculté. Ensuite, Ravel (recensement automatisé des vœux des élèves) a été lancé sur Minitel pour gérer les inscriptions franciliennes. Ce système a fonctionné jusqu’en 2009, date à laquelle il a été remplacé par le portail Admission post-bac (APB).
En mars 2018, la loi relative à l’orientation et à la réussite des étudiants, dite loi ORE, réforme l’accès au premier cycle de l’enseignement supérieur en France et met en place Parcoursup. Il était censé répondre aux lacunes d’APB, dont on avait mis en exergue les failles avec le recours au tirage au sort dans quelques (quatre) formations « en tension ». La loi met fin, de fait, à l’accès inconditionnel à la fac.
Là où APB exigeait de formuler jusqu’à 24 vœux et de les hiérarchiser, Parcoursup demande d’en exprimer dix sans les classer. C’est un processus qui se déroule sur la deuxième moitié de l’année de terminale, et même au-delà pour les 56 000 jeunes qui n’avaient reçu aucune proposition à la clôture du processus, le 10 septembre 2026.
Gestion de la pénurie
En demandant l’abrogation de Parcoursup, on confond la conséquence et la cause. Parcoursup n’est qu’un habillage (qu’on peut retoucher évidemment). Ce n’est rien d’autre qu’une forme de gestion de la pénurie et du manque de moyens accordés à l’enseignement supérieur. Depuis 2010, il y a eu une augmentation de 30 % du nombre d’étudiants alors que la dépense par élève a baissé de 8 %1.
L’offre n’a donc pas suivi la massification. Derrière Parcoursup, ce qu’il faut dénoncer, c’est donc surtout l’impéritie des gouvernements successifs qui n’ont pas su, ou voulu, accompagner le regain démographique des années 2000. On a donc eu une politique malthusienne qui ne répond absolument pas aux enjeux d’un investissement d’avenir. Supprimer Parcoursup ne servirait à rien si l’on n’apportait pas de réponse à cela d’abord.
Stressant, opaque, inégalitaire : telles sont les qualificatifs qui reviennent le plus souvent. La mécanique de Parcoursup est une source de stress puisqu’elle s’inscrit dans une réforme du lycée qui oblige à se projeter dans les études supérieures et à avoir un « projet » dès la fin de la classe de seconde. Qui peut dire qu’il savait ce qu’il voulait faire à seize ans ? Certainement pas l’auteur de ces lignes…
La réforme du lycée transforme alors chaque note ou presque en un élément pris en compte dans la sélection. On accentue la pression scolaire bien souvent au détriment des apprentissages, et l’on crée en effet du stress aussi bien pour les élèves que pour leurs enseignants. L’illisibilité des réponses (« Vous êtes 1 258 e sur la liste d’attente ») s’y ajoute. L’offre en continu dans une procédure assez longue est anxiogène.
Sélection masquée
On critique aussi l’opacité de ce qu’on appelle (abusivement) un « algorithme ». En fait, le code de Parcoursup est connu, le comité d’éthique de la plateforme ayant obtenu cette transparence assez rapidement. En revanche, la promesse de transparence n’est pas tenue par les formations (ce qu’on appelle les « algorithmes locaux ») qui sélectionnent les candidats. Celles-ci font leur « petite cuisine » pour classer les élèves en tenant compte notamment du lycée d’origineet en partant de l’idée que tous les établissements ne notent pas de la même manière.
Si le dispositif est stressant et opaque, c’est parce que bon nombre de lycéens ne vont pas trouver la place qu’ils souhaitent. Et cela renforce le caractère inégalitaire de la procédure
Si le dispositif est stressant et opaque, c’est parce que bon nombre de lycéens ne vont pas trouver la place qu’ils souhaitent. Et cela renforce le caractère inégalitaire de cette procédure avec une sélection qui avance masquée. Car tout le monde n’est pas à égalité devant l’accès à l’information et l’accompagnement à l’orientation, selon le lycée et selon l’origine sociale.
Il y a un phénomène d’ambition différentielle ou, pour le dire autrement, d’autocensure chez les certains lycéens. L’inégalité est renforcée parce que les formations payantes « hors Parcoursup » se sont développées sur un vrai marché de l’angoisse qui n’est pas accessible à tous. Enfin, l’éviction des lycéens professionnels des formations qui leur étaient initialement destinées (les BTS), les pousse vers l’université et accentue le phénomène d’échec en licence – que seul un étudiant sur trois obtient en trois ans.
L’une des « ruses » de Parcoursup, qui semble volontaire, est bien connue de la psychologie sociale : l’illusion du choix. En limitant la hiérarchisation, on laisse entendre que tous les vœux se valent. Et si un lycéen obtient l’un d’entre eux (même si c’était un « plan B » formulé par défaut), il ne pourra pas dire qu’il n’a pas eu ce qu’il voulait ! Mais c’est illusoire car ce sont les écoles et les universités qui choisissent leurs étudiants et pas l’inverse, en réalité.
Contre la logique malthusienne et réactionnaire
Il est possible d’améliorer la transparence du dispositif plutôt que de le détruire. Un rapport de la Cour des comptes en 20202 demandait déjà de rendre public et d’harmoniser les algorithmes locaux. On peut aussi aller vers plus d’équité en agissant sur les quotas de boursiers comme le suggère un rapport récent de l’Institut des politiques publiques3.
Il faut aussi donner du temps aux enseignants pour accompagner les élèves dans l’orientation.
Mais il faut aussi et surtout créer plus de places et donner les moyens de fonctionner à l’enseignement supérieur. Certains peuvent bien dire qu’il y aurait « trop » d’étudiants et que tout le monde ne mérite pas de l’être, mais cette logique malthusienne (et réactionnaire) ne tient pas face à la nécessité de se doter d’une main-d’œuvre qualifiée pour gagner en compétitivité. On ne peut pas afficher un objectif de 50 % d’une classe d’âge au niveau licence et ne pas s’en donner les moyens.
Plus radicalement, on pourrait aussi penser un autre système éducatif, dans lequel les élèves ne seraient pas sommés de se déterminer si tôt. Où ils auraient le droit à l’erreur. Un système qui les laisserait en paix pour se forger une culture générale et une citoyenneté, sans toute cette pression que la réforme du lycée de 2018 n’a fait qu’accentuer.
Alors, faut-il supprimer Parcoursup ? Ce slogan dénonce à la fois un outil et un système. C’est le système avec l’injonction à l’orientation précoce et la compétition permanente qu’il faut questionner.
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