Etat des bâtiments, taille des classes, heures non assurées, dépenses par élève… la situation de l’enseignement secondaire en France est disparate. Mais la multiplicité des griefs nourrit le mouvement en cours.
Xavier Molénat, le 6 octobre 2026
5 min

Des lycéens manifestent à Pau contre l’état de délabrement de l’Education nationale, le 6 octobre 2026.© QUENTIN TOP / HANS LUCAS VIA AFP
Voilà une semaine que les lycéens manifestent et bloquent leurs établissements pour protester contre la condition qui leur est faite. Les revendications, disparates, touchent à plusieurs domaines. Au souci d’emplois du temps jugés trop chargés – conséquence de la réforme du lycée engagée par Jean-Michel Blanquer en 2018 – et au stress généré par Parcoursup, s’ajoutent des critiques sur les conditions matérielles d’études : classes surchargées, toilettes hors d’état, absence d’isolation thermique…
Le fait que la mobilisation soit partie d’un lycée de Créteil ne saurait surprendre. Sans être nécessairement déshéritée, l’académie de Créteil fait face à des difficultés spécifiques.
« Ils réclament une augmentation des profs, mais la démographie scolaire ne fait que de baisser ! », a déclaré, visiblement interloqué, le député macroniste des Côtes-d’Armor à nos confrères de Mediapart. Une généralisation trompeuse : l’académie de Créteil, comme sa voisine de Versailles (la plus grosse académie en termes d’effectifs scolaires) échappe encore et toujours au mouvement de baisse démographique qui frappe les établissements scolaires en conséquence de la diminution du nombre de naissances depuis 2010.
Dans certaines académies comme Créteil, les effectifs du secondaire continuent de croître
Evolution des effectifs du secondaire entre 2024 et 2025, par académie

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Source : Ministère de l’Education nationale
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Las, l’évolution des effectifs enseignants n’a pas suivi cette démographie restée soutenue, avec une stagnation observable dès 2017 – et, il est vrai, un certain rattrapage dans les récentes années. Et l’on sait par ailleurs, comme l’a rappelé l’économiste Youssef Souidi dans un billet publié l’an dernier1 , que Créteil comme Versailles font partie des académies peu attractives, ce qui engendre un déficit d’enseignants expérimentés ainsi que de candidats au concours et, de l’autre, une surreprésentation des jeunes et des contractuels.
En Ile-de-France, dans le secondaire, le nombre d’enseignants n’a pas suivi l’évolution du nombre d’élèves
Evolution du nombre d’élèves et d’enseignants dans le secondaire au sein des académies de Versailles et Créteil, base 100 en 2015

Source : Données ministère de l’Education nationale, calculs Alternatives Economiques
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Concernant les conditions matérielles d’études et l’état des locaux, on peut également souligner – même si les données manquent pour faire un état des lieux précis – que la région Ile-de-France (qui, comme ses homologues, a la charge des lycées sur son territoire) est celle qui investit le moins par lycéen.
La région Ile-de-France est celle qui investit le moins dans les lycées
Dépenses totales par lycéen et par an des régions et collectivités territoriales uniques (CTU) entre 2021 et 2023, en euros constants de 2023

Source : Ministère de l’Education nationale
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Plus généralement, le bâti lycéen est marqué par son ancienneté, plus de la moitié des établissements ayant été construits avant les années 1980. En comparaison, les collèges sont en moyenne plus récents. Outre les problèmes d’entretien et de rénovation que cela peut engendrer, la question de l’adaptation de ces locaux au changement climatique se pose dans les établissements. Nombre d’entre eux (pas tous anciens d’ailleurs) se transformant en fournaise lors des pics de chaleur, comme il en a été douloureusement fait l’expérience lors des canicules de cette année.
Les lycées, un bâti qui date
Epoque de construction des bâtiments de l’enseignement secondaire public en 2021-2022

Source : Ministère de l’Education nationale, Sénat
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La situation peut devenir d’autant moins soutenable qu’en vingt ans, presque deux élèves sont venus s’ajouter à la taille moyenne d’une classe en lycée général ou technologique. Seul motif de réjouissance, celles du lycée « pro » ont en revanche connu un allègement des effectifs.
Des classes de plus en plus chargées dans les lycées généraux et technologiques
Evolution de la taille moyenne des classes dans les lycées

Source : Ministère de l’Education nationale
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Les tensions sur les postes d’enseignant génèrent par ailleurs un important volume d’heures non assurées dans les lycées : sur l’année scolaire 2024-2025, près de 10 % des enseignements (20 millions d’heures) n’ont tout simplement pas eu lieu, car l’enseignant concerné n’est pas remplacé, que ce soit pour raison de santé, de congé parental, de formation, de « fonctionnement du système » (participation à des concours ou des commissions diverses) ou tout simplement parce que l’établissement est fermé (organisation d’examens, problèmes de sécurité, grèves…). Selon les données du ministère de l’Education nationale, ce taux d’heures non assurées a atteint ou a même dépassé les 19 % pour le dixième des établissements les plus touchés !
Ce taux dépend peu toutefois du niveau socio-économique des élèves, même si Youssef Souidi relevait des écarts « modérés » de taux de remplacement dans le secondaire entre les diverses académies d’Ile-de-France : 93 % pour l’académie de Créteil, 94 % pour celle de Versailles et 97 % pour l’académie de Paris.
Dans le secondaire, une heure d’enseignement sur dix n’est pas assurée
Proportion d’heures d’enseignement non assurées selon les types d’établissements en 2024-2025 (en %)

Source : Ministère de l’Education nationale
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Historiquement, la France se singularise pourtant par une dépense par lycéen nettement plus élevée que pour les autres niveaux d’enseignement. Cela tient en bonne partie, selon les économistes, aux salaires plus élevés des professeurs agrégés, qui se rapprochent de ceux des enseignants de pays comparables, alors que les rémunérations des professeurs des écoles et des certifiés sont faibles.
Cette dépense élevée ne traduit en tout cas pas mécaniquement un meilleur encadrement. Ce d’autant plus que cette dépense par lycéen stagne depuis dix ans, alors que la dépense par élève du primaire a fortement progressé, sous l’effet notamment du dédoublement des classes.
En comparaison internationale, la dépense française par lycéen (19 530 dollars PPA2) se situe certes nettement au-dessus de la moyenne OCDE (15 290), mais significativement en-deçà de pays comme l’Allemagne (23 650) ou la Norvège (22 440).
Les dépenses pour le lycée stagnent depuis 10 ans
Evolution de la dépense par élève selon le niveau, base 100 en 2015

Source : Ministère de l’Education nationale
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Au-delà des enseignants, de nombreux postes d’accompagnement des élèves sont manquants : accompagnants d’élève en situation de handicap (AESH) – malgré des recrutements en nombre –, psychologues scolaires, mais aussi médecins scolaires, dont le nombre tend à devenir famélique.
La médecine scolaire désertée
Nombre de médecins scolaires en équivalent temps plein (EQTP)

Source : Ministère de l’Education nationale, Sénat
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Lycéens et étudiants ont fait connaître les dix « mesures d’urgence »3 qu’ils souhaitent voir appliquer dans le projet de loi de finances (PLF) pour 2027, allant d’un plan d’urgence pour la rénovation des bâtiments scolaires et universitaires à la fin de la répression policière, en passant par des embauches massives et la fin de la sélection via les plateformes Parcoursup et MonMaster.
Pour l’heure, le PLF 2027 prévoit une hausse des crédits de l’Education nationale de 1,2 milliard d’euros, avec la création de 1 300 postes d’AESH, 200 de conseillers principaux d’éducation (CPE), 304 de personnels médico-sociaux, mais aussi la suppression de 836 postes d’enseignants dans l’enseignement secondaire public.

Journaliste