Sivens, 12 ans après, la gestion de l’eau continue de diviser.

TARN. Douze ans après la mort de Rémi Fraisse, que reste-t-il de la résistance au barrage de Sivens ?

Société. Douze ans après la mort de Rémi Fraisse, tué par une grenade lors d’une manifestation contre le barrage de Sivens, dans le Tarn, la gestion de l’eau continue de diviser. Alors qu’un projet de retenue est à l’étude dans la vallée du Tescou, les opposants défendent des alternatives agricoles et écologiques.

Publié le 21/10/2026 à 17h00 https://www.letarnlibre.com/actualite-15287-tarn-douze-ans-apres-la-mort-de-remi-fraisse-que-reste-t-il-de-la-resistance-au-barrage-de-sivens?utm_medium=email&utm_source=newsletter&utm_campaign=NL_2026-10-21&utm_content=bloc3

– Par Laura Vaillant

TARN. Douze ans après la mort de Rémi Fraisse, que reste-t-il de la résistance au barrage de Sivens ?
Chaque année, à la date anniversaire de la mort du militant, un hommage est rendu à Rémi Fraisse. – © Thierry Tchukriel / Archives Le Tarn libre

La vallée du Tescou s’en souvient encore. Il y a 12 ans, dans la nuit du 25 au 26 octobre 2014, Rémi Fraisse, jeune botaniste de 21 ans, meurt alors qu’il manifeste contre le barrage de Sivens, sur le site même des travaux. Il est tué par l’explosion d’une grenade OF-F1, tirée par un gendarme. Résultat ? Sa mort provoque une onde de choc et contribue à la remise en cause du projet. Le chantier est arrêté et une controverse politique voit le jour sur les méthodes de maintien de l’ordre et les violences policières. La mort du militant entraîne l’interdiction des grenades OF-F1 en 2017 ainsi que l’arrêt du barrage de Sivens et l’instauration de méthodes de concertation autour des projets de retenues d’eau. Mais plus d’une décennie plus tard, où en sommes-nous ?

En février 2025, la Cour européenne des droits de l’homme condamne la France pour violation du droit à la vie, dans le cadre de la mort de Rémi Fraisse. Elle estime qu’il y a eu des lacunes dans le cadre juridique et administratif de l’opération de maintien de l’ordre menée par la gendarmerie. Et aujourd’hui, sur le terrain, les débats autour de la gestion de l’eau et des projets de retenues sont toujours présentes. « Rien n’est perdu, mais rien n’est gagné non plus », confie Christian Pince, membre du collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet, créé sous forme associative en 2011. Car si le chantier est abandonné, un projet de retenue d’eau à Sivens est bien dans les tuyaux. Retour sur les 12 dernières années.

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Un projet de retenue ravive les tensions dans la vallée du Tescou

En mars 2015, les zadistes qui occupent la zone lèvent le camp et dès décembre 2017 une instance de co-construction (ICC), regroupant des représentants d’agriculteurs, des collectivités et de l’État ainsi que des associations de défense de l’environnement, commence à travailler sur un nouveau projet de territoire pour gérer l’eau du Tescou. En juin 2023, lors d’une réunion organisée sous l’égide du préfet du Tarn de l’époque, François-Xavier Lauch, la maire de Lisle-sur-Tarn, Maryline Lherm, appelle à privilégier le terme de « retenue »à celui de « barrage », estimant nécessaire d’envisager plusieurs options pour parvenir à un compromis. La mobilisation des retenues existantes et la possibilité de nouveaux aménagements figurent parmi les pistes évoquées.

Mais les tensions refont surface en novembre 2024, lors de la commission Thématique « Eau », où est présenté un cahier des charges pour une étude d’aménagement portant sur la création d’une retenue ou de plusieurs petits réservoirs pour des besoins évalués à 800 000 m3. Un coup de massue pour les opposants au barrage, qui craignent une « atteinte à la zone humide » et qui estiment que leurs « propositions n’ont pas été prises en compte ».

Les opposants proposent un scénario agro-écologique

Car en octobre 2020, le collectif propose des alternatives telles que l’accompagnement des agriculteurs de la vallée vers des cultures et des pratiques moins gourmandes en eau et adaptées à la ressource disponible en période de sécheresse mais aussi la mise en place de solutions de sobriété, de réhabilitation d’anciennes retenues ou de microstockages déjà existants. « Au sein du projet de territoire, nous sommes quelques structures à travailler ensemble pour promouvoir le scénario de l’agro-écologie », précise Françoise Blandel, membre du collectif.

Mais « aujourd’hui, il y a encore deux visions à concilier, explique Alexandre Lesbats, également membre du collectif. D’abord celle d’un scénario que l’on propose puis celle de la construction d’un barrage ». En clair, plus d’une décennie de discussions plus tard, dans cette vallée du Tarn, les tensions entre défenseurs de l’environnement et partisans de réserves n’ont visiblement pas disparu. D’un côté, les opposants dénoncent les conséquences écologiques de ces aménagements et défendent la préservation des zones humides. De l’autre, les besoins en eau de l’agriculture, particulièrement sensibles lors des périodes de sécheresse, continuent d’alimenter le débat.

De l’avenir de la vallée du Tescou à l’héritage de Sivens, une lutte toujours d’actualité

En juillet 2025, la régie du Tescou, l’organisme public local chargé de la gestion du cours d’eau, lance une étude de faisabilité pour examiner les possibilités de stockage de l’eau dans le bassin du Tescou. En mai 2026, le collectif Testet publie, avec le concours de l’atelier Le Vent se lève et dans la continuité du scénario « agro écologie et ressources en eau » proposé dans le cadre du PTGE* Tescou en octobre 2020, une revue d’anticipation. Au fil de la trentaine de pages, les associations qui composent le collectif imaginent un projet possible pour la vallée du Tescou, d’ici à 2040.

Alors que cette histoire semble appelée à se prolonger, la mémoire de Rémi Fraisse reste étroitement liée aux débats qui traversent encore la vallée du Tescou. 12 ans après sa mort, le collectif Sivens Acte 2 appelle au rassemblement ce dimanche 25 octobre à la Maison départementale de la Forêt, pour lui rendre hommage mais aussi pour se mobiliser « autour des luttes pour le partage de l’eau, contre l’accaparement des terres et les violences policières ». Un rendez-vous qui débutera dès 12 h, pour se souvenir du jeune militant, mais aussi pour rappeler que les questions soulevées par la lutte contre le barrage restent, elles aussi, d’actualité et que Sivens a été le laboratoire d’une lutte qui s’est structurée dans bien d’autres zones du territoire français, confrontées à des problématiques du même ordre.

*Projet de Territoire pour la Gestion de l’Eau.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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