L’arrêt des éoliennes la nuit réduit la mortalité des chauves-souris de plus de 80 %
Biodiversité | 20.10.2026 | L. Radisson

LES POINTS À RETENIR
- Le bridage nocturne adapté divise par cinq la mortalité des chauves-souris.
- Des algorithmes peuvent optimiser les arrêts d’éoliennes en France.
Le bridage des éoliennes la nuit, lorsque les conditions sont les plus favorables à l’activité des chauves-souris, permet de réduire leur mortalité (1) de plus de 80 %. En revanche, cette mesure n’a pas d’effet sur la mortalité des oiseaux migrateurs nocturnes. Telles sont les conclusions d’une vaste étude réalisée par des scientifiques du Centre d’écologie et des sciences de la conservation (Cesco) relevant du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) et financée par l’Agence de la transition écologique (Ademe).
Publiée dans la revue Journal of Applied Ecology (2) , cette étude a été réalisée à partir de données de suivi de mortalité issues de centaines de parcs éoliens, avant et après la mise en place de mesures de bridage, ainsi que de sites témoins suivis pendant plusieurs années sans bridage.
© MNHN – Andreas Ravache
Sur les parcs où les éoliennes sont arrêtées dans les conditions à risque, c’est-à-dire lorsque le vent est faible et les températures douces, la mortalité des chauves-souris est divisée par cinq, soit une réduction de plus de 80 %. « Cette baisse concerne aussi bien des espèces fréquentant les lisières forestières, comme les pipistrelles, que des espèces volant davantage dans les prairies dégagées ou au-dessus de la canopée, comme la noctule commune », précise le Muséum. La réduction de mortalité est supérieure à celle constatée en cas de bridage à seuil fixe, ce qui montre l’efficacité de l’adaptation des paramètres d’arrêt des éoliennes à l’activité des chauves-souris mesurée localement.
L’adaptation des paramètres peut passer par des algorithmes prédictifs, entraînés sur l’activité acoustique des chauves-souris autour des éoliennes et permettant d’optimiser l’équilibre entre perte de production énergétique et protection des chauves-souris.
Une autre étude, publiée en septembre 2026 dans la revue Journal of Environmental Management (3) et relayée par le Muséum, montre que « des algorithmes intégrant la météo, la saison et l’heure, entrainés à partir de 25 588 nuits de suivi acoustique sur 123 nacelles d’éoliennes en France, permettent d’optimiser les arrêts des éoliennes en protégeant de très fortes proportions de l’activité des chauves-souris tout en limitant la perte de production ».
« Cependant, avertit le Muséum, le bridage ne supprime pas totalement les collisions. Pour limiter au maximum la mortalité, la phase d’évitement reste donc essentielle : il est indispensable de privilégier, dès la conception des projets, les sites où l’impact sur la biodiversité sera le plus faible. »
1. Consulter la tribune de Gabriel Ullmann Éoliennes et biodiversité (3/5) : des systèmes de protection très insuffisants pour les chiroptères<br /><br />
https://www.actu-environnement.com/tribunes/gabriel-ullmann/121/eoliennes-biodiversite-3-5-systemes-protection-tres-insuffisants-pour-chiropteres-815.html
2. Consulter l’étude sur le site du Journal of Applied Technology
https://besjournals.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/1365-2664.705913. Consulter l’étude publiée dans Journal of Environmental Management
https://www.sciencedirect.com/journal/journal-of-environmental-management
Laurent Radisson, journaliste intégré
Rédacteur en Chef de Droit de l’Environnement