Plateformes de télémédecine: des pratiques de plus en plus questionnées

« Le modèle des plateformes de télémédecine et “les dérives de certaines entreprises financiarisées” remis en cause »

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Date de publication : 19 octobre 2026  https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=c746f8fd27a606adf05db83f394a47b2&id_newsletter=24475&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=24475&from=newsletter&slnk=10

Temps de lecture: 4 min


Elodie Papin et Jules Thomas notent dans Le Monde que « les interfaces spécialisées ont cumulé 7 millions de téléconsultations en 2025, assurées par des médecins qui trouvent dans cette activité un complément de revenu. Mais leur modèle économique est fragile et leurs pratiques de plus en plus questionnées ».


Les journalistes citent ainsi Alexandre, médecin généraliste pour Qare : « J’ai été embauché en 2021, sur un contrat à l’acte. J’étais payé 14,67 euros brut par téléconsultation, ça me rapportait jusqu’à 3000 euros pour 15 ou 20 heures dans le mois, en plus de mon emploi principal aux urgences ».


Le médecin ajoute : « Au fil des difficultés financières, ils ont rogné sur certains bonus et, du jour au lendemain, on nous a basculés sur un contrat à 10 euros ».


Elodie Papin et Jules Thomas relèvent que « quelque 300 médecins se sont réunis dans une conversation WhatsApp, et une trentaine d’entre eux ont attaqué Qare aux prud’hommes, en référé, pour demander dans un premier temps la suspension de cette baisse de revenu unilatérale. Le résultat est attendu fin octobre ».
Les journalistes poursuivent : « Fréquemment accusées d’ubériser ou de financiariser la santé, 4 plateformes de téléconsultation sur la vingtaine exerçant en France – Qare, Kry, Tessan et MédecinDirect – ont aussi fait parler d’elles, récemment, pour avoir mis en place des frais «coupe-file» : un supplément de plusieurs euros (…), non remboursé par l’Assurance-maladie, permettant d’accéder à un médecin plus rapidement. Une pratique jugée contraire à la déontologie par le ministère de la Santé, qui a interdit ces frais à partir du 1er octobre. Sans ces derniers, assurent les plateformes, leur modèle économique est en danger ».


Elodie Papin et Jules Thomas ajoutent que « côté professionnels, les sociétés promettent un revenu flexible ». Jean-Pascal Piermé, président de l’organisation Les Entreprises de télésanté, déclare qu’« un médecin ne veut plus travailler 80 heures par semaine dans son cabinet. La plupart veulent faire du télétravail et avoir plusieurs activités ».


Yohan Saynac, vice-président du syndicat MG France, indique pour sa part : « La téléconsultation est un outil que beaucoup de médecins généralistes utilisent ponctuellement pour leurs patients. Mais nous distinguons cet outil de la dérive qu’en ont fait certaines entreprises financiarisées ».


Les journalistes relèvent que « d’après l’Assurance-maladie, «un cadre précis a été fixé par les pouvoirs publics pour les sociétés de téléconsultation, et il doit être respecté». Le secteur a de fait été en partie régulé : depuis 2024, les plateformes doivent disposer d’un agrément – 7 en disposent à ce jour – et notamment s’assurer que leurs médecins n’exercent pas plus de 20% de leur volume d’activité en téléconsultation ».


« Elles sont néanmoins autorisées – cas exceptionnel dans le système de soins français – à facturer des «prestations optionnelles complémentaires (…), sous réserve de l’information préalable du patient de leur caractère optionnel» »,continuent Elodie Papin et Jules Thomas.


Les journalistes soulignent que « seule Medadom, qui tire un revenu complémentaire des locations de cabines de téléconsultation aux pharmaciens, assure être rentable. […] Si les plateformes assurent ne fixer aucun objectif de productivité, les médecins s’estiment face à un dilemme ».


Elodie Papin et Jules Thomas notent que « certains craignent une fuite en avant. L’Union française pour une médecine libre, un syndicat de libéraux, s’est alarmée du nouveau modèle promu par Health Hero, l’entreprise britannique qui détient Qare : le passage de 5 à 15 patients vus par heure «grâce à l’IA», puis à 50 patients, dans un mode «asynchrone» où le médecin n’aurait même plus besoin de voir le patient ».


Sylvie Nhansana, PDG de Qare, précise : « Le modèle n’est pas duplicable en France, où on ne peut pas fournir une prescription sans parler au patient. En revanche, on peut réduire le temps administratif : on propose un agent IA qui prépare le compte rendu de la consultation, et une IA qui pose des questions au patient avant sa téléconsultation ».


« Des orientations qui interrogent certains médecins rencontrés par Le Monde sur le sens de leur activité », concluent les journalistes.

Voir aussi:

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https://environnementsantepolitique.fr/2026/10/13/un-accroc-dans-le-boum-de-la-tele-medecine/

https://environnementsantepolitique.fr/2026/08/31/alors-que-notre-pays-manque-de-medecins-que-des-millions-de-patients-nont-pas-de-medecin-traitant-est-il-pertinent-de-consacrer-plusieurs-millions-deuros-dargent-public/

En 2026, l’accès à un médecin ne devrait plus dépendre du lieu où l’on habite – Un plaidoyer pour les solutions connectées https://environnementsantepolitique.fr/2026/06/07/75314/

https://environnementsantepolitique.fr/2026/04/12/les-jeunes-les-diplomes-et-les-habitants-des-grandes-villes-recourent-davantage-aux-teleconsultations/

Des cabines de téléconsultation d’un nouveau genre sont déployées dans le Tarn https://environnementsantepolitique.fr/2026/03/11/72425/

Dossier sur la financiarisation de l’offre de soins en France https://environnementsantepolitique.fr/2026/03/10/dossier-sur-la-financiarisation-de-loffre-de-soins-en-france/

« Financiarisation de l’offre de soins » (cliniques et hôpitaux privés-labos de biologie-Centres dentaires et d’Ophtalmologie-Radiologie-Centres de soins primaires-Cabines de consultation…) 25/09/2024 https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/wp-admin/post.php?post=53304&action=edit

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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