Le plein-emploi devait être l’un des grands héritages économiques d’Emmanuel Macron.

Retour à la case départ : en 2027, le chômage remontera au niveau du début du macronisme

Le chômage pourrait atteindre 8,8 % fin 2027, contre 8,4 % fin 2026, selon les prévisions de l’Institut français d’économie. Une hausse qui s’expliquerait par la faiblesse de la croissance, le recul de l’emploi salarié et les limites des politiques de l’emploi menées sous Emmanuel Macron.

Camille Labbé

17 octobre 2026 à 15h05 https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/171026/retour-la-case-depart-en-2027-le-chomage-remontera-au-niveau-du-debut-du-macronisme?utm_source=quotidienne-20261017-194137&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20261017-194137&M_BT=115359655566

Le plein-emploi devait être l’un des grands héritages économiques d’Emmanuel Macron. Mais à l’approche de la fin de son second quinquennat, c’est plutôt le chômage qui pourrait retrouver ses niveaux d’antan.

Selon les prévisions publiées mercredi 14 octobre par l’Institut français d’économie (IFE), le taux de chômage devrait atteindre 8,8 % fin 2027, contre 8,4 % fin 2026 et 8 % fin 2025 – soit environ 300 000 chômeurs et chômeuses supplémentaires en deux ans –, un retour à un niveau comparable à celui de la fin 2018.

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Une agence France Travail à Dammarie-les-Lys, Seine-et-Marne, le 23 avril 2024.  © Photo Geoffroy Van der Hasselt / AFP

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Les prévisions de l’IFE reposent d’abord sur un scénario de croissance faible : 0,4 % en 2026, puis 0,5 % en 2027. C’est beaucoup plus pessimiste que les prévisions du gouvernement dans son projet de loi de finances pour 2027, qui table sur une croissance de 1 % du produit intérieur brut (PIB).

Du fait de cette faible croissance, l’institut anticipe environ 200 000 destructions nettes d’emplois salariés dans le secteur marchand entre fin 2025 et fin 2027. « Ces destructions résultent d’abord d’une activité peu dynamique, conjuguée à la poursuite des gains de productivité, qui limite les besoins en main-d’œuvre des entreprises », précise le rapport.

Pour les économistes de l’IFE, « la hausse [du chômage] reflète un emploi trop peu dynamique pour absorber la croissance de la population active » de 280 000 personnes entre fin 2025 et fin 2027.

Preuve aussi que, depuis 2017, la politique de l’offre de l’exécutif macroniste, qui a consisté à privilégier les allègements fiscaux, la baisse du coût du travailet les mesures favorables au capital pour que les entreprises investissent et embauchent davantage, n’a pas eu les effets escomptés.

L’apprentissage en berne

Dans le détail, la catégorie de population la plus touchée par la remontée du chômage est celle des jeunes. Au deuxième trimestre 2026, le chômage des 15-24 ans atteignait 21,6 %, contre 15,1 % en moyenne dans la zone euro. Il a augmenté de 2,5 points en un an, quand leur taux d’emploi reculait de 1 point.

« Les alternants sont particulièrement affectés », relève l’IFE, qui ajoute que la part de l’alternance sur l’emploi total des 15-64 ans a reculé de 0,2 point en un an, à 2,3 %. L’institut pointe notamment la réduction des soutiens publics àl’emploi. Parmi eux, l’apprentissage, pierre angulaire de la politique économique des années Macron.

Massivement soutenu depuis 2018 par des aides aux employeurs et employeuses, il a permis d’augmenter rapidement le nombre de jeunes en formation et en emploi, avec plus de 1 million d’apprenti·es en 2023, selon l’Insee. Cette politique a même expliqué 38 % des créations d’emplois salariés dans le secteur marchand entre fin 2018 et fin 2023 en France.

Ce succès reposait sur un financement public considérable : jusque 24,1 milliards d’euros sur la seule année 2024, selon l’économiste à l’OFCE Bruno Coquet. Mais depuis lors, le contexte budgétaire tendu contraint le gouvernement à réduire ces aides. Résultat, les recrutements de jeunes apprenti·es ralentissent.

L’IFE intègre ainsi dans ses prévisions d’emploi pour 2027 « la réduction des dispositifs de politique de l’emploi, notamment l’alternance (− 60 000 apprentis) ».

En Espagne, l’emploi salarié progresse

Alors que le chômage français augmente, l’Espagne a vu le sien reculer de 12,9 % à 10,1 %. De l’autre côté des Pyrénées, 567 000 emplois salariés supplémentaires ont ainsi été créés entre mi-2025 et mi-2026. Depuis 2021, le gouvernement espagnol a, il faut dire, engagé plusieurs réformes du marché du travail qui semblent aller dans le bon sens.

Celle de décembre 2021 a limité le recours aux contrats temporaires, tandis que la Ley Rider (« loi des riders »), entrée en vigueur le 12 août de la même année, a introduit une présomption de salariat pour certain·es livreurs et livreuses des plateformes numériques. Selon l’IFE, cette dernière « peut avoir contribué à des transferts de l’emploi indépendant vers l’emploi salarié ».

Mais l’Espagne bénéficie également d’une croissance économique plus soutenue. Sa population en âge de travailler augmente fortement, portée notamment par l’immigration. L’IFE souligne ainsi que « les créations d’emplois ont permis d’absorber une population active elle-même en forte progression ».

Une autre explication de la hausse actuelle du taux de chômage en France résulte des effets pervers de la réforme des retraites de 2023. Celle-ci contribue à maintenir davantage de seniors sur le marché du travail, sans que tous et toutes parviennent à rester en emploi. Par exemple, au deuxième trimestre 2026, le taux d’activité des 55-64 ans avait progressé de 0,8 point sur un an, contre seulement 0,4 point pour leur taux d’emploi, relève l’IFE.

Ces chiffres dévoilent l’un des effets de bord préoccupants de la réforme Borne : repousser l’âge légal de départ à la retraite peut avoir comme effet négatif de prolonger la période passée au chômage pour celles et ceux qui ont perdu leur emploi avant de partir à la retraite.

C’est, du reste, peu surprenant quand on sait que les seniors se heurtent à des difficultés de recrutement : une étude de la Dares publiée en avril 2026 met en évidence des discriminations quasi systématiques à leur embauche.

Seul l’autoentrepreneuriat résiste

En fait, sur le terrain de l’emploi, la seule éclaircie pointée par l’Institut français d’économie concerne l’emploi non salarié, principalement constitué de microentrepreneurs et microentrepreneuses.

Au seul premier semestre 2026, le nombre d’emplois non salariés était en hausse de 70 000, et ce chiffre devrait grimper à + 100 000 emplois en 2027. Ce phénomène s’accélère depuis fin 2023, sous l’impulsion de la politique de l’exécutif favorable au statut d’autoentrepreneur.

Ainsi, en moins de trois ans, le nombre de non-salarié·es en emploi a progressé de 256 000. Leur part dans l’emploi total est passée de 11 % à 11,8 % et pourrait atteindre 12,2 % fin 2027.

Bémol : « ces emplois ne correspondent pas nécessairement au même volume de travail qu’un emploi salarié », avertit Ismaël Ramajo, économiste à l’IFE. Il rappelle que les microentrepreneurs et microentrepreneuses représentaient en 2024 plus de la moitié des non-salarié·es non agricoles.

Aussi, un tiers d’entres elles et eux cumulent cette activité avec un emploi salarié, et leur revenu d’activité non salariée s’établissait en moyenne à seulement 680 euros par mois en 2024.

Ismaël Ramajo souligne un autre effet pervers : « Des travaux sur le lien entre chômage et entrepreneuriat suggèrent que le travail indépendant peut jouer un rôle de “refuge” lorsque les débouchés salariés se dégradent », estime-t-il. Alors que le salariat offre une plus grande sécurité : rémunération encadrée, congés payés, assurance-chômage et protection contre les licenciements.

Autant de garanties dont les microentrepreneurs et microentrepreneuses ne bénéficient pas dans les mêmes conditions, tout en supportant eux-mêmes et elles-mêmes les fluctuations de leur activité.

Camille Labbé

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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