Le rythme de perte de forêts a ralenti en 2025 dans le monde.

Déforestation : des progrès fragiles en Amazonie, mais une aggravation dans le bassin du Congo

Le rythme de perte de forêts a ralenti en 2025 dans le monde. Les avancées ne se concentrent que dans quelques pays seulement. 

Par Delphine Roucaute

Publié hier à 05h00, modifié hier à 12h04

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Une zone déboisée de la forêt amazonienne dans la commune d’Ipixuna do Para, dans l’Etat du Para, au Brésil, le 12 novembre 2025.
Une zone déboisée de la forêt amazonienne dans la commune d’Ipixuna do Para, dans l’Etat du Para, au Brésil, le 12 novembre 2025.  MAURO PIMENTEL/AFP

La déforestation a reculé dans le monde en 2025 mais pas suffisamment pour permettre de mettre fin à cette pratique d’ici à 2030. C’est pourtant la promesse qu’avaient formulée des dizaines de pays en 2014 en signant la déclaration de New York sur les forêts, formalisée une nouvelle fois en 2021 dans la déclaration de Glasgow. Quelque 145 dirigeants de pays représentant plus de 85 % des forêts mondiales s’étaient alors engagés à mettre fin à la déforestation et à restaurer 30 % des écosystèmes forestiers d’ici à 2030.

Or le monde n’est toujours pas sur la bonne trajectoire, souligne un rapport publié mercredi 14 octobre par une coalition d’une vingtaine d’organisations de la société civile et de recherche, quelques jours avant le début de la 17e Conférence des parties (COP17) sur la biodiversité, qui se tiendra du 19 au 30 octobre à Erevan. D’autant que l’intensification du phénomène météorologique El Niño dans les prochains mois fait planer la menace d’incendies intenses.

« Pour la première fois depuis longtemps, notre rapport commence par une bonne nouvelle », souligne Erin Matson, consultante au sein de la société Climate Focus et première autrice du rapport. En 2025, 7 millions d’hectares ont été perdus dans le monde à cause de la déforestation, soit 15 % de moins qu’en 2024. « C’est important, car cela montre à quelle vitesse la perte de forêts peut diminuer lorsque les politiques et leur mise en œuvre vont de pair », avance Erin Matson.

Ces progrès se concentrent dans quelques pays, notamment en Amérique latine, et plus particulièrement au Brésil, où la reprise de la politique environnementale depuis 2023 par le président Luiz Inacio Lula da Silva a porté ses fruits. En 2025, près de 985 000 hectares ont été déboisés dans le pays, selon le réseau de surveillance MapBiomas, en baisse de 20,6 % par rapport à 2024 ; la surface la moins élevée depuis le début des relevés en 2019.

Mais une bonne année ne peut pas en effacer quatre mauvaises. De 2021 à 2024, la surface de forêt arrachée dans le monde est restée d’environ 8,3 millions d’hectares par an, c’est-à-dire l’équivalent de la période 2018-2020, prise comme référence lors de la déclaration de Glasgow. « Les années précédentes ont été particulièrement catastrophiques, cela fait de l’année 2025 une exception plutôt qu’une nouvelle norme », regrette Erin Matson. Si les efforts mondiaux s’étaient dirigés de manière linéaire vers l’objectif de zéro déforestation en 2030, les auteurs du rapport calculent que 10,7 millions d’hectares de forêt seraient encore debout aujourd’hui, l’équivalent de la superficie de l’Islande.

Croissance démographique

En outre, l’Amérique latine reste le principal foyer de destruction des forêts au monde, mais se fait rattraper aujourd’hui par le bassin du Congo, deuxième plus grand bassin forestier après l’Amazonie, qui abrite l’une des plus vastes étendues de forêt tropicale intacte au monde. Quand l’Amérique latine a déboisé 2,5 millions d’hectares en 2025, le bassin du Congo en a perdu 2,4 millions. Mais, à la différence de l’Amérique latine, aucune mesure de contrôle n’est à ce stade mise en place en Afrique centrale.

Les raisons de cette augmentation du rythme de la déforestation dans la région sont connues : croissance démographique, intensification de l’exploitation forestière, expansion de l’agro-industrie, intensification des activités minières et investissements dans de grands projets d’infrastructure. « La déforestation a une conséquence cachée, dont nous avons été témoins en Afrique centrale : son impact massif sur l’identité culturelle et les moyens de subsistance des communautés locales et autochtones », alerte Samuel Nguiffo, avocat et fondateur du Centre pour l’environnement et le développement à Yaoundé, au Cameroun, qui a participé au rapport. Il met en garde contre l’émergence de conflits entre les populations proches des forêts et les nouveaux arrivants, aussi bien défenseurs de la conservation qu’investisseurs, « transformant la forêt en une jungle pour les acteurs les plus démunis ».

En Asie tropicale, la situation est plutôt à la stagnation, avec 1,6 million d’hectares déboisés en 2025, soit une baisse de 12 % par rapport à 2018-2021. Mais « les facteurs structurels de la déforestation demeurent en place », avertissent les auteurs.

Même en Amérique latine, les progrès sont fragiles et vont être très dépendants du résultat de l’élection présidentielle brésilienne, dont le deuxième tour, le 25 octobre, doit se tenir durant la COP17 et pourrait pousser les négociateurs à se mettre plus en retrait en cas de victoire du candidat d’extrême droite Flavio Bolsonaro. Durant le mandat présidentiel de son père, Jair Bolsonaro, de 2021 à 2023, la déforestation annuelle en Amazonie avait augmenté en moyenne de 75 % par rapport à la décennie précédente. En Colombie, le président d’extrême droite Abelardo de la Espriella, investi en août, a promis de relancer l’exploitation minière et pétrolière, deux activités menaçant les forêts.

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Mais la forêt n’est pas seulement détruite, elle est aussi dégradée, aussi bien par les incendies que par les activités d’exploitation forestière. Après le pic exceptionnel d’incendies de 2024, l’année 2025 enregistre une baisse de 34 % de la surface de forêt tropicale dégradée, avec 3,5 millions d’hectares. Mais l’anomalie climatique El Niño devrait atteindre son apogée en novembre, et, avec elle, le risque d’incendie dans la plupart des régions tropicales, notamment en Indonésie, qui lutte déjà depuis des mois contre des feux qui ont ravagé de vastes étendues de forêts et de tourbières, principalement à Bornéo.

Delphine Roucaute

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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