« Il devient urgent d’agir pour stopper le décrochage français »

Vingt-trois grands économistes pressent les élus d’agir enfin pour stopper le décrochage français

Pour la première fois depuis 2014, les 23 membres du Conseil d’analyse économique signent une note collective. Ils appellent à revoir en profondeur les politiques publiques, en commençant par réduire le déficit de 125 milliards d’euros en cinq ans. 

Par Denis Cosnard

Publié aujourd’hui à 11h00 https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/10/08/vingt-trois-grands-economistes-pressent-les-elus-d-agir-enfin-pour-stopper-le-decrochage-francais_6790181_823448.html

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Roland Lescure, ministre de l’économie, et Sébastien Lecornu, premier ministre, à l’issue du conseil des ministres, à Paris, le 1ᵉʳ octobre 2026.
Roland Lescure, ministre de l’économie, et Sébastien Lecornu, premier ministre, à l’issue du conseil des ministres, à Paris, le 1ᵉʳ octobre 2026.  JULIEN MUGUET POUR « LE MONDE »

L’appel a des accents solennels. A sept mois de l’élection présidentielle de 2027, les 23 membres du Conseil d’analyse économique (CAE), un collège d’experts chargés d’éclairer le premier ministre, signent, jeudi 8 octobre, une longue note collective.

La première depuis 2014. Ces spécialistes réputés, comme Emmanuelle Auriol, Antoine Bozio, Xavier Jaravel ou encore Xavier Ragot, y développent un message simple : il devient urgent d’agir pour stopper le décrochage français.

Ces économistes ne figurent pas parmi les plus critiques, comme Thomas Piketty ou Gabriel Zucman. Leur propos, soutenu par le prix Nobel Jean Tirole, pourrait être davantage écouté au sein du bloc central et de la droite : nombre de politiques publiques menées depuis trente ans « ne sont plus tenables », affirment-ils. Il faut les corriger en profondeur. En commençant par réduire massivement le déficit. Sans s’en tenir pour autant aux simples recettes libérales : rénover l’éducation, combattre la pauvreté et réduire les inégalités sont également jugés essentiels. Quitte à augmenter certains impôts.

« Trop d’années ont été perdues, du fait notamment de l’instabilité politique, commente Xavier Jaravel, président délégué du CAE et professeur à la London School of Economics. C’est évident en matière d’éducation, avec six ministres qui se sont succédé en cinq ans. A présent, le temps de l’action est venu. »

Chocs en série

La note des 23 économistes part d’un diagnostic assez sombre. Celui d’une France dont les fragilités s’aggravent d’année en année. Au premier rang figurent logiquement le vieillissement de la population, qui alourdit les dépenses de santé et de retraite, et la dégradation des finances publiques, « une contrainte centrale et d’une intensité inédite », relèvent les auteurs. Avec l’envolée des taux d’intérêt, le pays se trouve exposé à un risque d’« emballement spontané de la dette publique », alertent-ils. Il pourrait alors être contraint de « redresser ses comptes dans l’urgence, selon un rythme et des modalités qu’il ne maîtriserait plus ».

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La photographie montre aussi une « érosion de la productivité », qui a beaucoup moins progressé en France qu’aux Etats-Unis ou ailleurs en Europe. Pour les économistes, « la difficulté à diffuser rapidement et efficacement les technologies numériques dans l’ensemble de l’économie » constitue d’ailleurs « la principale cause du décrochage économique français ». A cela s’ajoutent un « décrochage éducatif », singulièrement en mathématiques, mais aussi une aggravation des inégalités de patrimoine et une hausse de la pauvreté. Des faiblesses d’autant plus alarmantes que la France doit faire face à des chocs en série, du changement climatique à l’offensive commerciale chinoise, en passant par les guerres aux portes de l’Europe et la révolution de l’intelligence artificielle.

Sur cette base, les experts jugent indispensables des « ruptures » dans les politiques actuelles. La plus évidente consiste à assainir enfin les comptes publics. La note recommande de réduire le déficit public de 125 milliards d’euros à l’horizon 2032, dont environ la moitié durant les deux premières années. De quoi regagner en crédibilité auprès des marchés et stabiliser la dette au bout de cinq ans.

Pour y parvenir, le CAE a puisé dans ses rapports précédents et offre aux candidats à la présidentielle une batterie de 150 mesures possibles : gel pendant trois ans du budget de l’Etat hors charge de la dette, gel des dépenses des collectivités locales pendant cinq ans, désindexation des retraites, rétablissement de la taxe d’habitation ou de l’impôt sur la fortune, hausse de la TVA et de l’impôt sur les sociétés, etc. La note préconise aussi de diminuer les aides aux entreprises. Notamment en rabotant le crédit d’impôt recherche, la principale niche fiscale française, « afin de limiter les effets d’aubaine » en faveur des grands groupes.

Muscler l’adaptation climatique

De même, le CAE propose de « réduire ou a minima désindexer » les allègements généraux de charges sociales, qui coûtent 77 milliards d’euros par an. Ces aides publiques ont permis de baisser fortement le coût du travail peu qualifié. Elles doivent être « mieux ciblées », en visant les jeunes, les seniors et ceux qui restent durablement éloignés de l’emploi. De quoi faire hurler le patronat.

En tout état de cause, « il est illusoire de penser qu’une partie minoritaire de la population (ultrariches, fonctionnaires, retraités, étrangers, grandes entreprises, etc.) puisse supporter l’essentiel de l’effort, ou que l’on puisse s’en remettre à une hypothétique croissance future pour résorber le déficit », écrivent les économistes.

L’essentiel, cependant, ne réside pas dans ce plan de rigueur jugé inévitable. Pour le CAE, la priorité consiste à investir 4 milliards d’euros par an dans l’école pour rattraper le retard pris, à faire de la diffusion du numérique et de l’intelligence artificielle une politique à part entière, à lancer un programme France 2040 en faveur de l’innovation, et à muscler les actions d’adaptation au changement climatique. La note conseille aussi d’alourdir la fiscalité sur les grands héritages, notamment en resserrant « profondément » la niche fiscale Dutreil. « Cela permettrait de réduire la pauvreté et les inégalités liées au patrimoine hérité », écrivent les économistes. Tout l’inverse du programme actuel du gouvernement.

Denis Cosnard

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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