Manque de documentation concernant le projet de réacteur nucléaire modulaire de Newcleo et de son usine de combustible.

Nouveau nucléaire : un débat public qui soulève plus de questions qu’il n’obtient de réponses

Le débat public sur le projet de réacteur nucléaire modulaire de Newcleo et de son usine de combustible a souligné un besoin de clarifications de la part des maîtres d’ouvrage. Le modèle économique et les impacts environnementaux sont peu documentés.

Energie  |  01.10.2026  |https://www.actu-environnement.com/ae/news/newcleo-debat-public-nucleaire-generation4-cndp-48595.php4#ntrack=cXVvdGlkaWVubmV8NDA5MQ%3D%3D%5BNDExMDgz%5D

  S. Fabrégat

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Nouveau nucléaire : un débat public qui soulève plus de questions qu'il n'obtient de réponses

© NewcleoA terme, trois unités de production de combustible permettraient d’alimenter soixante réacteurs

LES POINTS À RETENIR

  • Newcleo prévoit un réacteur de 30 MW en Indre-et-Loire et une usine de combustible dans l’Aube.
  • L’approvisionnement en plutonium reste la question centrale non résolue du débat.

Les participants au débat public et la commission nationale du débat public (1) (CNDP) sont restés sur leur faim. Les échanges, organisés du 2 avril au 30 juillet 2026, pour faire la lumière sur les deux projets portés par Newcleo sur le nucléaire de quatrième génération dans l’Aube et en Indre-et-Loire, n’ont pas permis d’apporter les réponses attendues sur le modèle économique du projet, ses impacts environnementaux ou encore sa pertinence technologique.

Peut-être est-ce lié à « la date choisie par le maître d’ouvrage pour saisir la CNDP, jugée prématurée » par certains participants. L’absence de prototype opérationnel sur le réacteur et la non-assurance que ces projets bénéficieront du combustible nécessaire et/ou de la filière aval de retraitement des combustibles MOX usés à ce stade ont été pointés du doigt. Le fait que l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) ait rendu son avis sur les options de sûreté sur le projet d’usine de combustible le 2 juillet, autrement dit sur la fin du débat, et que les études environnementales n’étaient pas achevées n’ont pas aidé à la clarté du débat. Enfin, plusieurs annonces intervenues en cours sur de possibles développements de Newcleo aux États-Unis ont conduit le porteur de projet à opposer des règles de confidentialité aux questions sur son modèle économique.

Les maîtres d’ouvrage disposent désormais de trois mois pour apporter des réponses à la CNDP. Des éléments sont donc attendus d’ici le 30 décembre.

Les grandes questions à éclaircir

Les deux projets soumis au débat sont présentés par Newcleo comme indépendants, mais pourtant intrinsèquement liés.

Le premier porte sur la construction d’un réacteur expérimental à neutrons rapides refroidi au plomb de 30 mégawatts (MW), situé sur les communes de Beaumont-en-Véron et de Savigny-en-Véron (Indre-et-Loire). Le second est une usine de fabrication de combustible spécifique à la technologie de Newcleo, située à Pont-sur-Seine et Marnay-sur-Seine (Aube). Ce dernier doit donc alimenter le réacteur expérimental, mais pas seulement : la première tranche permettrait d’alimenter une vingtaine de réacteurs de 200 MW, souligne la CNDP. Soit les réacteurs qu’envisage de construire Newcleo à l’horizon 2040. À terme, les trois unités de production prévues dans cette usine permettraient d’alimenter soixante réacteurs…

Pourtant, lors du débat, le porteur de projet n’est pas parvenu à démontrer que les approvisionnements nécessaires à ses projets étaient sécurisés. « Cela reste une question centrale et qui conditionne la faisabilité du projet : si l’obtention des quantités modestes nécessaires à la fabrication des combustibles pour le réacteur 30 MWe paraît possible, la position de l’État, qui renvoie sur les propriétaires de la matière et l’absence du débat du principal propriétaire du plutonium, EDF, n’ont pas permis d’avancer sur ce sujet », souligne la CNDP. La place du projet dans la politique énergétique française n’a pas non plus été précisée. Les opposants n’ont pas plus obtenu de réponse sur la gestion des déchets spécifiques au combustible usé.

La CNDP demande donc à Newcleo de préciser l’origine du plutonium qui alimenterait l’usine de Pont-sur-Seine (volumes, prix, modalités, calendrier), l’état des discussions avec l’État, EDF et Orano, et de préciser s’il dispose d’une alternative en cas d’échec des discussions. Elle lui demande également de fournir des informations « sur le plan de gestion des déchets spécifiques aux projets (combustibles MOX usés, plomb activé, déchets de démantèlement), en distinguant les filières existantes de celles qui restent à identifier et à construire ». La CNDP interroge également l’État sur la place des projets de Newcleo dans la stratégie énergétique nationale.

Le débat n’a pas non plus permis d’avoir une idée précise de la solidité du modèle économique de Newcleo. La CNDP demande donc de fournir des données, « en particulier la justification du prix annoncé de l’énergie, incluant le coût des matières premières, la trajectoire de financement sur dix ans et les scénarios en cas d’arrêt ». Des informations sont également demandées sur les emplois envisagés (nombre, calendrier…). La CNDP souhaite aussi des éclaircissements sur « les conséquences juridiques pour le projet du développement, annoncé en cours de débat, des activités de Newcleo aux USA : les deux projets auront-ils une vie indépendante, ou au contraire auront-ils des conséquences sur l’un ou l’autre des projets, en particulier s’agissant des capacités financières de l’entreprise à les mener de front ».

Enfin, alors que les études environnementales n’étaient « qu’ébauchées lors du débat », la CNDP demande au porteur de projet de fournir des éléments de calendrier et des précisions sur la diffusion envisagée des résultats. Elle demande également d’éclaircir les impacts des projets sur la ressource en eau.

1. Consulter le compte-rendu du débat
https://www.debatpublic.fr/sites/default/files/2026-09/NEWCLEO-compte-rendu.pdf

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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