Aux urgences du Centre hospitalier d’Albi (Tarn), la colère a laissé place à l’alerte.

TÉMOIGNAGE. Agression au couteau, menaces… « Nous nous sentons en danger » : aux urgences d’Albi, les soignants au bord de la rupture

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Faits divers,  Santé,  Sécurité

Publié le 02/10/2026 à 15:01 https://www.ladepeche.fr/2026/10/02/temoignage-agression-au-couteau-menaces-nous-nous-sentons-en-danger-aux-urgences-dalbi-les-soignants-au-bord-de-la-rupture-13579949.php#=

Article rédigé par  Nawel Omara

Nawel Omara

Journaliste

Aux urgences du Centre hospitalier d’Albi (Tarn), la colère a laissé place à l’alerte. En grève depuis le 2 septembre, les soignants dénoncent une situation devenue explosive depuis la fermeture des urgences psychiatriques du Bon Sauveur : patients en crise, agressions répétées, équipes démunies et sentiment d’insécurité grandissant. Face à une tension qui ne retombe pas, ils refusent désormais de continuer à travailler avec la peur au ventre. 

L’épuisement est imminent. « Nous nous sentons en danger », déplorent les soignants des urgences du Centre hospitalier d’Albi. En grève depuis le 2 septembre 2026, ils dénoncent la dégradation de leurs conditions de travail depuis la fermeture des urgences psychiatriques du Bon Sauveur (Caps).

En 2023, l’ARS demande le regroupement de cette activité à l’hôpital. Pour accompagner cette réorganisation, la Fondation du Bon Sauveur met en place une équipe de liaison psychiatrique chargée d’appuyer les équipes hospitalières. Un infirmier spécialisé intervient de 8 heures à 21 heures et peut se déplacer aux urgences sur demande la nuit. Un psychiatre peut également être sollicité à tout moment.

Le 1er octobre, les salariés du CH d'Albi lancé une procédure de danger grave et imminent.

Le 1er octobre, les salariés du CH d’Albi lancé une procédure de danger grave et imminent. DR

Mais pour les personnels des urgences du CH, ce dispositif ne suffit pas. Depuis le regroupement, ils prennent en charge davantage de patients psychiatriques, sans se sentir suffisamment formés. « La psychiatrie est un choix. Là, c’est imposé. Dans nos formations, on l’aborde, mais succinctement. Nous ne sommes pas armés pour ça. »

Une tension devenue quotidienne

Une situation qui pèse sur des équipes déjà confrontées à une forte activité. Et avec la prise en charge de ce public, le temps d’attente s’allonge. De quoi exacerber les tensions. « Une personne qui présente des troubles psy n’a pas la même patience. Sauf qu’à côté, il y a parfois des urgences vitales », expliquent les soignants. Au fil des semaines, les incidents se multiplient : agressions physiques et verbales, coups de poing, insultes, décompensations…

Mercredi 30 septembre 2026, au matin, l’un des soignants aurait été menacé avec un couteau. Un autre, quelques semaines plus tôt, aurait dû être escorté jusqu’à son véhicule par un équipage du Smur à sa débauche, tétanisé par la crainte. Pour les équipes, ces épisodes témoignent d’une situation devenue difficilement supportable.

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Même le box présenté comme sécurisé ne rassure plus. Selon les soignants, il aurait été incendié et sa porte cassée. Les dispositifs en place ne permettraient plus de garantir leur protection face aux situations les plus tendues. « Les faits sont de plus en plus rapprochés », alertent-ils. Dans le service, les fiches d’événements indésirables se multiplient.

Des agressions qui laissent des traces

Derrière les signalements, les conséquences restent parfois longtemps après l’agression. L’un des soignants est aujourd’hui suivi par la Cellule d’urgence médico-psychologique (Cump) après avoir été violemment agressé. « Il en porte encore des stigmates », racontent ses collègues. « Nos revendications ne sont pas pécuniaires. Nous avons peur. On met notre vie en jeu et nous demandons seulement que des choses soient faites pour notre sécurité. »

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La crainte concerne aussi les usagers. Les équipes rapportent que des patients psychiatriques entrent parfois dans des box occupés par des enfants. Elles évoquent notamment le cas d’un patient qui aurait secoué une mère qui tenait son enfant dans les bras. Alors à leur sens, l’enjeu dépasse donc leurs seules conditions de travail : c’est la sécurité de tous qui est en jeu.

Une entrevue à l’ARS

Aujourd’hui, les soignants estiment que le Bon Sauveur ne prend pas ses responsabilités en n’envoyant pas davantage d’effectif. « L’autre problème, c’est que leur personnel présent fait ce qui relève plus de la consultation que de l’urgence. » Deux réunions ont eu lieu depuis le préavis de grève. « Mais leur direction n’est jamais venue. On en a marre, on veut des réponses et surtout, des échelles temporelles. »

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À la suite de nos sollicitations, le Bon Sauveur rappelle le dispositif existant, mais ne répond pas aux questions soulevées par les soignants sur l’organisation des urgences psychiatriques. Face à une situation qui se tend, la directrice de l’ARS Occitanie, Cendrine Blazy, recevra les deux directeurs d’établissement ce lundi 5 octobre. « Nous allons voir comment nous pouvons les aider. Le mouvement se durcit, et l’objectif, c’est que ça s’apaise rapidement. »

La direction de l’hôpital soutient

De son côté, Alexandre Fritsch, le directeur de l’hôpital, espère sortir de ce rendez-vous avec des pistes. S’il partage et dit comprendre l’inquiétude du personnel, il se retrouve dans une impasse : « Nous n’avons pas l’autorisation d’exercer la psychiatrie. Donc je ne peux pas embaucher des personnes supplémentaires pour soutenir mes équipes face à cette situation. La clé est entre les mains du Bon Sauveur. »

Parce qu’en attendant, les solutions mises en place ne sont pas pérennes. Plusieurs milliers d’euros de travaux vont être engagés pour sécuriser un box, « mais ça ne servira pas à calmer les patients. » Même limite pour le bouton d’alerte récemment installé : lorsqu’il est déclenché, c’est que la situation a déjà commencé. « Et c’est précisément ce qu’il faut éviter. »

Commentaire Dr Jean SCHEFFER:

Nous avions prévenu que le transfert des urgences de l’hôpital psychiatrique du « Bon Sauveur » vers l’hôpital général n’avait qu’un seul but, faire des économies, et que les conséquences surtout pour le personnel des urgences risquaient d’être lourdes mais aussi pour les patients présentant un tableau d’urgence psychiatrique.

Le personnel des urgences n’est pas formé pour prendre en charge ce type de patients.

Nous avions connu le problème avant la création des urgences psychiatriques par l’ancien Directeur du Bon Sauveur Mr Christian Brunet et le Dr Passamar, création qui avait soulagé l’hôpital général et permis la prise en charge immédiate des malades psychiatriques dans les meilleures conditions. Inversement les malades psychiatriques mélangés aux autres patients et sans la présence permanente de psychiatre étaient source de conflits.

Comme actuellement, la prise en charge par du personnel soignant du Bon Sauveur était déficiente, les deux établissements se renvoyant la balle.

L’ARS doit reconnaître son erreur et donner les moyens au Bon Sauveur de réouvrir les urgences psychiatriques.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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